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Lait Les 27 débattent de régulation, l’interprofession est resoudée de force

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La question laitière est revenue à la surface et dans les agendas. A cause de l’échéance du 1er avril, il s’agissait en France de savoir à quel prix le lait serait payé aux producteurs par les entreprises de transformation sur le deuxième trimestre : malgré le « clash » interprofessionnel de ces derniers jours, le ministre de l’agriculture vient à nouveau d’imposer un maintien provisoire des modes de calculs en vigueur depuis juin 2009. A Bruxelles, les 27 ont également débattu à partir de la « situation du marché laitier » présentée par la Commission, une occasion saisie par Bruno Le Maire pour mettre en garde contre un vent d’optimisme qui dispenserait de mettre en place les outils de régulation nécessaires. Il reste à voir si la promesse du Commissaire Ciolos de légiférer en ce sens d’ici juin sera tenue.

Ce serait un signal fort donné à ceux qui oeuvrent à la réorganisation de la filière qui occupe tant de propos de tribune mais qui ne s’inscrit pas assez nettement dans les faits.
Après le « clash » qui est survenu au sein de l’interprofession laitière la semaine dernière, les risques d’un nouvel incendie dans les campagnes, aux entrées des usines et des supermarchés étaient réels. Les industriels avaient contesté l’application mathématique au-delà du 1er avril des modes de calcul du prix du lait décidés le 3 juin 2009. En réalité, beaucoup étaient prêts à s’y rallier sur le terrain mais leur fédération, la FNIL, voulait absolument avoir l’assurance qu’une nouvelle règle du jeu serait en place en juin. C’est précisément ce qui ressort du round organisé d’urgence par le ministre le 30 mars.


Prochaine prise en compte des prix allemands
Un accord a finalement été obtenu entre producteurs et industriels pour le deuxième trimestre, s’est félicité Bruno Le Maire qui avait demandé un peu plus tôt à la filière de sortir dans la journée de sa partie de bras de fer dans laquelle elle était engagée depuis le 18 mars. En appliquant la hausse de 5,5 à 5,8 % prévue selon les indices en vigueur depuis juin, les prix devraient se situer ce trimestre entre 9 et 10 % en moyenne au-dessus de ceux du deuxième trimestre 2009, a commenté Henri Brichard, président de la Fédération des producteurs (FNPL). « Sur le court terme, ce compromis doit calmer les producteurs », a-t-il affirmé.
Aux termes de ce nouveau compromis, clairement perçu comme provisoire, producteurs et transformateurs doivent aussi ouvrir des négociations destinées à fixer de nouveaux indices, bases de calcul du prix du lait pour les prochains trimestres. Celles-ci doivent aboutir avant le 31 mai. Les prix du lait pour les trimestres suivants devront être fixés en fonction de ces nouveaux indices, qui devront tenir compte de l’écart de prix entre le lait français et le lait allemand, mais aussi des coûts de production et des cours mondiaux du beurre et de la poudre.

« Attention aux excès d’optimisme », avertit Bruno Le Maire
A Bruxelles, 24 heures plus tôt, le Conseil agricole européen s’était réuni autour des problèmes de la filière laitière lors de la présentation du rapport trimestriel de la Commission européenne sur la situation du marché laitier. A l’issue de cette réunion, le ministre français Bruno Le Maire, a pris quelque distance avec cette analyse de la Commission : « On a trop longtemps dit aux producteurs européens « vous êtes sortis d’affaire car les prix remontent (…) La crise laitière exige de nous que nous prenions des décisions rapides et fortes sur l’organisation de tous les marchés et le marché du lait en premier lieu ».
« Ce serait une erreur majeure de ne pas tirer toutes les conséquences de la crise laitière de 2009 », a insisté le ministre français à l’issue des travaux du Conseil le 29 mars. En effet, le rapport trimestriel de la Commission européenne sur la situation du marché du lait en Europe fait état d’une certaine amélioration du marché durant les derniers mois. Les derniers chiffres montrent que les prix moyens du lait à la production « ont atteint un niveau d’environ 28 centimes le litre, ce qui représente un niveau proche de la moyenne saisonnière à long terme ». Commentant ce rapport devant la presse, Bruno Le Maire a souligné que selon lui, « la solution n’est pas dans un pari qui serait fait sur la remontée des prix, la solution réside au contraire dans les instruments de régulation des marchés qui stabiliseront les prix et les revenus ». Il estime que ce serait faire preuve « d’irresponsabilité politique » que de ne pas mettre en œuvre ces instruments. « J’ai parfois le sentiment qu’une fois la crise passée on se dit : ce n’est pas la peine de mettre sur pied des instruments de régulation, que les prix remontent et que tout va bien ». Non, dit-il, « tout ne va pas bien et tout n’ira pas bien tant que nous n’aurons pas installé les instruments pour stabiliser et les prix et les revenus des producteurs que ce soit les producteurs laitiers ou les autres ». Le ministre français a tenu à cette occasion à saluer le fait que la présidence espagnole ait fait avancer le dossier de la régulation des marchés dans ce sens ainsi que l’initiative prise par Dacian Ciolos, le nouveau commissaire européen à l’agriculture, de préparer une nouvelle législation européenne sur les marchés du lait d’ici au mois de juin 2010 sur la base des travaux du Groupe de haut niveau sur le lait de l’UE.

Des conclusions au séminaire laitier promises pour mai
Face à la crise du secteur laitier, la Commission s’est engagée en mai 2009 à faire rapport tous les trois mois sur la situation du marché laitier. Elle a également mis en place un Groupe à haut niveau chargé d’examiner des arrangements à moyen et long termes; ce groupe devrait rendre ses premières conclusions en mai 2010. Outre les travaux menés au sein du groupe à haut niveau, la Commission a également organisé à Bruxelles, le 26 mars, une conférence intitulée « Quel avenir pour le lait ? », afin de mener des consultations plus larges. Au cours des débats de ce séminaire qui a rassemblé plus de 300 personnes, Werner Buck, le président de European Dairy Association (EDA), le lobby de l’industrie laitière, a souligné que l’UE « ne devrait pas légiférer sur les contrats entre producteurs et industriels car cela créerait un cadre restrictif qui freinerait le développement de l’industrie ». Selon lui, « de simples lignes directrices souples et non prescriptives devraient suffire ». Sur le modèle idéal d’organisation des producteurs, EDA estime que « les coopératives de producteurs existantes se sont révélées être un franc succès et que la force et la crédibilité des coopératives reposent sur l’appropriation complète du lait cru de leurs membres. Tout nouveau modèle pour les organisations de producteurs ne doit pas s’écarter de ce principe ». EDA considère aussi « qu’une plus grande transparence des prix pourrait augmenter l’efficacité du marché au bénéfice des consommateurs ». Pour Xavier Durieux, secrétaire général d’EuroCommerce, le secteur européen du commerce de gros et de détail est favorable « à toute solution souple et axée sur le marché comme la contractualisation à condition que celle-ci respecte les règles de concurrence, la législation sur la protection des consommateurs et les principes du marché libre (intervention publique limitée) ». EuroCommerce se dit également favorable « à tous les outils qui augmenteraient la compétitivité du secteur agro-industriel ». En revanche pour Romuald Schaber, président d’European Milk Board (EMB), « pour définir une quantité de lait qui respecte les intérêts sociaux d’une alimentation durable en lait de grande qualité et qui garantisse la couverture des coûts des prix des producteurs de lait, la Commission de l’UE devrait instituer un service européen responsable de la configuration du marché du lait ». A ses yeux, seul un tel service pourra constituer « le cadre pour une péréquation des intérêts entre les producteurs de lait et l’industrie du lait et prévenir tout abus, mais aussi garantir que l’on respecte les intérêts de l’ensemble de la société ». Tous les acteurs du marché du lait devraient être impliqués dans ce service européen responsable de la configuration du marché du lait (producteurs, transformateurs, politique, société civile). Pour assurer le bon fonctionnement de ce service, le leader de l’EMB considère qu’il sera nécessaire « d’adopter des statuts qui régissent sans ambigüité la définition du corridor de prix cible sur la base des coûts de production et qui stipulent les objectifs de la configuration du marché du lait pour le bien de la société ».

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