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Les accords commerciaux avec l’Océanie créent des risques pour les filières animales européennes

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Des opportunités limitées et des risques de déstabilisation des marchés européens en cas d’accords commerciaux entre l’UE et la Nouvelle-Zélande et l’UE et l’Australie. Telles sont les conclusions de l’étude de l’Abcis, bureau d’études créé par les instituts techniques Ifip, Idèle et Itavi, commandée par le ministère de l’Agriculture.

« En valeur, les produits animaux issus des filières laitière, ovine, bovine, porcine et volaille représentent 41 % des exportations néo-zélandaises totales » tous secteurs confondus. Dès lors, il apparaît que l’Océanie aurait plus à gagner de l’ouverture des marchés européens que l’inverse, conclut une étude commandée par le ministère de l’Agriculture à l’Abcis, bureau d’études créé par les instituts techniques Ifip, Idèle et Itavi, pour « identifier les enjeux pour les filières animales ». Mélanie Richard, économiste de l’institut de l’élevage, confirmait lors d’une récente conférence à Paris : « Les opportunités sont sans commune mesure avec les risques pour la filière laitière mais aussi pour tous les autres secteurs. »

Des opportunités pour les filières océaniennes

Poids lourds sur les marchés mondiaux des produits laitiers et carnés, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont la particularité d’exporter une part très importante de leur production. Ainsi, l’Australie est numéro un mondial pour la viande ovine et numéro trois pour la viande bovine, productions qu’elle exporte à plus de 60 %. Ce taux grimpe à 95 % pour lait néo-zélandais qui inonde les marchés mondiaux, 86 % et 85 % pour l’agneau et le bœuf néozélandais.

Toutefois, le rapport souligne que « ces exportations de produits animaux sont de plus en plus dirigées vers les pays asiatiques », qui sont leurs plus proches voisins. Ainsi, « le marché européen apparaît comme secondaire » mais « la réciproque s’avère tout à fait différente ». En effet, en cumul, ces deux pays fournissent 25 % des importations européennes de produits laitiers, bovins et ovins. Plus particulièrement, la Nouvelle-Zélande fournit 86 % de la valeur des importations européennes de viande ovine, 22 % des importations de produits laitiers, 4 % des importations de viande bovines. Et l’Australie compte pour 9 % des importations de viandes bovines et ovines.

Aussi, « en cas d’élimination drastique des droits de douane, alors l’UE rentrerait dans le portefeuille des clients facilement accessibles de la Nouvelle-Zélande et cela induirait un développement probable de flux réguliers », assure Mélanie Richard. De plus, l’économiste affirme qu’il existe « un risque d’envoi opportuniste, en cas de hausse des prix européens ou en cas de fermeture d’autres marchés ou de saturation du marché mondial ». Cela « gommerait les pics de prix européens et accentuerait la baisse des prix en période de crise ».

Face à un marché plutôt restreint

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« On est face à des pays où la taille des marchés est relativement limitée », souligne-t-elle. L’Australie compte 24,5 millions d’habitants et la Nouvelle-Zélande 4,6 millions d’habitants. Les débouchés pour les filières animales européennes sont donc plutôt limités et « on pourrait ne pas y gagner grand-chose ».

Pourtant, le début des négociations de ces deux accords commerciaux entre l’Union européenne et la Nouvelle Zélande et l’Union européenne et l’Australie est prévu pour la fin de l’année avec l’ambition affichée de les finaliser avant les prochaines élections européennes de juin 2019.

« Les opportunités sont sans commune mesure avec les risques pour la filière laitière mais aussi pour tous les autres secteurs »

Il existe « un risque d’envoi opportuniste, en cas de hausse des prix européens ou en cas de fermeture d’autres marchés »

Une réglementation sanitaire pas vraiment harmonisée

Dans son rapport dédié aux risques et opportunités en cas d’accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie, le bureau d’études ABCIS, créé par les trois instituts techniques Ifip, Idèle et Itavi, concède que « les réglementations encadrant les filières animales en Australie et en Nouvelle-Zélande diffèrent des exigences européennes ». Les normes de traçabilité des animaux tout comme la réglementation des temps de transport sont moins strictes que dans l’UE et « l’utilisation d’hormones de croissance et la décontamination chimique des carcasses sont des pratiques autorisées en Australie et Nouvelle-Zélande » Mais les produits destinés à l’Union européenne ne peuvent y avoir recours. Et finalement, l’efficacité des politiques de gestion sanitaires est jugée « sensiblement équivalente aux dispositifs mis en œuvre au sein de l’UE ».