Les producteurs, industriels et distributeurs bio ont été reçus le 16 septembre par Julien Denormandie. Au programme : problèmes de débouchés, rémunération des services environnementaux et recherche et développement. Avec en ligne de mire une éventuelle révision du plan Ambition bio.
« C’est la première fois que l’on fait une réunion comme ça depuis huit ans », reconnaît Jérome Caillé, président de la commission bio de la Coopération agricole. Des syndicats aux distributeurs en passant par les industriels, et l’Agence bio et les syndicats, tous les acteurs de la bio étaient présents le 16 septembre autour de Julien Denormandie
« Sur les constats, nous sommes tombés d’accord », résume Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA en charge de l’agriculture biologique, à l’issue de la rencontre des acteurs de la bio avec Julien Denormandie le 16 septembre. « Le rendez-vous était très large, le ministre voulait nous interroger sur des questions de développement économique, et sur l’adéquation entre l’offre et la demande », détaille Philippe Camburet, président de la Fnab.
Pour certains des acteurs présents, le rendez-vous pourrait représenter une prise de température en vue de la révision du plan Ambition bio 2022 lors d’un éventuel second mandat d’Emmanuel Macron. « Nous n’avons pas le choix : alors que l’Union européenne a rehaussé les ambitions sur la bio, le PSN français n’était pas forcément très ambitieux sur le sujet. Tout dépendra de ce qui reviendra de Bruxelles », prévoit Jérôme Caillé de la Coopération agricole.
Conditionner les aides à des engagements contractuels
Les discussions se sont rapidement orientées vers les récents embouteillages constatés en lait, œuf ou pomme de terre. « La dynamique de conversion est là, et nous avons réussi à dépasser l’Espagne en termes de surface agricole utile (SAU) bio, mais les filières ne doivent pas se retrouver en difficulté », estime Étienne Gangneron. Pour espérer faciliter l’adéquation entre offre et demande, le syndicat majoritaire aurait donc proposé au ministre de l’Agriculture de conditionner les aides à la conversion à un engagement avec un opérateur.
Une idée fraîchement accueillie par la Fnab, qui demande avant tout l’application de la loi Egalim pour tirer la demande. « Nous sommes seulement à 4 % de bio dans les cantines, alors que l’objectif des États généraux de l’alimentation était de 20 %. Pour le développement de la bio, la restauration collective est une autre réponse possible, et nous devons avant tout nous donner les moyens d’atteindre l’objectif », défend Fiona Marty, en charge des affaires européennes à la Fnab.
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Les acteurs de la bio ont aussi une nouvelle fois plaidé pour une meilleure rémunération des services rendus par l’agriculture biologique en matière de protection de l’eau, ou de qualité de l’air. « Nous avons compris que l’État ne veut pas apporter sa contribution à la défense de ces bien communs par le PSN. Mais nous devons maintenant trouver l’articulation avec d’autres types de financeurs, comme les agences de l’eau, ou les régions », espère Philippe Camburet, le président de la Fnab.
Le ministre de l’Agriculture aurait par ailleurs indiqué son souhait de recycler l’éventuel surplus d’aide à la conversion (enveloppe totale : 340 M€) vers des aides à l’investissement, alors que la Fnab aurait souhaité pour voir le surplus réorienté vers des aides directes de type aide au maintien.
Les perspectives à moyen et long terme
Les acteurs ont pu revenir sur les besoins en recherche et développement spécifique à la bio. « Nous avons encore énormément de retard et d’impasses, sur le cuivre par exemple, mais aussi sur le biocontrôle. Le trichogramme a été développé il y a déjà trente ans, et le changement climatique appelle d’autres réponses », lance Étienne Gangneron. Un point sur lequel la Fnab partage l’analyse du syndicat majoritaire, en demandant un outil de recherche et développement « fort et novateur et utile ».
Au cours de la réunion, l’Agence bio aurait enfin rappelé son ambition de travailler sur cahier des charges bio aux ambitions rehaussées. « La vraie question, c’est de redonner une notoriété au logo AB français, avec des caractéristiques locales et éthiques », affirme Étienne Gangneron. Le syndicat majoritaire se montrerait même favorable, à terme, à des logos bio régionaux qui mettraient en avant la proximité des producteurs.
Les facteurs d’embouteillage dans la bio
Pour la coopération agricole, les problèmes observés actuellement dans certains secteurs seraient plutôt conjoncturels. « En lait, les 10 % déclassés sont avant tout liés à une bonne pousse de l’herbe, qui a augmenté le volume collecté, tout en baissant les charges des éleveurs », analyse Jérôme Caillé pour la Coopération agricole. La Fnab, elle, les attribue également à l’influence des grands acteurs mixtes conventionnels et bio sur les marchés. « Les encombrements sont observés dans les filières longues, où les conversions se sont faites de manière rapide sans engagement des partenaires pour sécuriser ses situations », complète Philippe Camburet, président de la Fnab. En œuf, détaille-t-il, les problèmes pourraient être réglés par la demande des industriels, qui continue pour l’heure de privilégier les ovoproduits conventionnels. Mais en légumes ou en viticulture, les dynamiques de conversion semblent pour la Fnab alignées avec les demandes croissantes des acheteurs.