L’Office des céréales se montre déçu du montant des restitutions accordées en blé, lors du comité de gestion du 2 février, et voudrait que le rythme des adjudications s’intensifie nettement. Pour le directeur général de l’office des céréales, il faudrait que 350 000 tonnes de blé par semaine soient adjugées pour pouvoir atteindre les objectifs d’exportations pays tiers au niveau européen. Pourtant, les volumes offerts à l’intervention sont considérables et l’on s’attend déjà à une future récolte 2005 importante, sauf accident climatique.
« La montagne a accouché d’une souris », a lancé Christian Lapointe, président de l’office des céréales après le comité permanent du 9 février. « La Commission a bien donné son feu vert pour des restitutions à l’exportation de blé tendre, mais ce n’est pas avec seulement 4 euros par tonne que nous pouvons améliorer significativement notre compétitivité sur les marchés pays tiers », s’est-il insurgé. « Si nous voulons atteindre nos prévisions, il faudrait que l’UE exporte 11,2 millions de tonnes de blé vers les pays tiers. Pour cela, il faudrait un rythme d’adjudication de 350 000 tonnes de blé par semaine. On est loin du compte avec 134 000 t la semaine passée », a analysé Daniel Perrin, directeur général de l’Onic. Pourtant, il y avait 600 000 t de blé proposées lors du comité de gestion du 3 février, mais à des niveaux de restitution bien plus élevés que 4 euros/tonne. La situation est similaire pour l’adjudication du 10 février : les opérateurs français avaient offerts 552 500 t de blé avec une restitution allant de 2,97 E/t à 14,49 E/t et seulement 185 000 t ont été adjugées. Pas étonnant que la Commission se base sur des offres à un faible montant si les opérateurs les proposent !
Un créneau de vente très étroit
Selon Daniel Perrin, il y a urgence à adjuger des quantités significatives de blé car le créneau de commercialisation sur les pays tiers est étroit. Les céréales ukrainiennes, qui n’étaient pas disponibles pour des raisons de logistique en hiver, vont revenir sur le marché, d’autant que le prix des céréales ukrainiennes est en baisse. La Russie peut aussi être un concurrent. L’Argentine, quant à elle, a déjà vendu 1,5 million de tonnes à l’Afrique du Nord et vient de réévaluer sa production de blé : elle serait à 16,1 Mt contre 14,5 Mt en 2003/2004. Certains analystes parlent même de 20 Mt, « mais il y a encore des opportunités de marché notamment vers l’Egypte, le Maghreb et la Chine », a assuré Christian Lapointe. Selon une revue américaine (WIP), le blé européen intégrant la restitution de 4 E/t arrive dans les ports égyptiens à 160 $/t. Il est plus compétitif que le blé d’Amérique du Nord qui se situe à 189 $/t, pénalisé par les coûts de fret. En revanche, le blé argentin arrivé en Egypte (C&F) reste moins cher, à 159 $/t. Et le blé ukrainien ou russe vaut seulement 153 $/t.
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Des stocks abondants
La filière céréalière craint que l’Union européenne croule sous les stocks. Trois mois après l’ouverture de la campagne d’intervention 2004/2005, l’UE recense déjà près de 8,4 Mt de céréales offertes à l’intervention, dont environ deux tiers en provenance des nouveaux Etats membres, notamment la Hongrie (3,7 Mt) et la République tchèque (1 Mt). Les offres de l’Allemagne sont aussi conséquentes à 2,1 Mt. La France, quant à elle, a offert à l’intervention 583 000 t de blé, 88 500 t d’orge et 49 000 t de maïs. Et la récolte mondiale 2005 s’annonce déjà abondante. Selon le CIC, les premières estimations de surfaces des semis de blé seraient en hausse de 3 millions d’hectares pour atteindre 215 millions d’hectares. La hausse est nette dans l’UE, au Canada, en Russie (+ 4 %), en Ukraine (+ 12 %) et en Chine (+ 3 %). En revanche, les surfaces aux Etats-Unis sont en baisse de 4 %.