La nouvelle loi agricole des États-Unis et ses subventions représentent pour le Brésil une menace plus inquiétante que les récents changements apportés à la Pac par l'UE, selon la confédération nationale des agriculteurs qui se base sur une étude qu'elle a commandée. Le soja, le maïs, le coton, les produits laitiers et le sucre seraient les plus affectés par ces concurrents sur le marché international
LA politique agricole des États-Unis et de l'Union européenne : impact sur l'agrobusiness brésilien : ainsi titrée, une étude commandée par la Confédération brésilienne de l'agriculture et de l'élevage (CNA) conclut notamment, selon cette dernière, que « la performance positive du Brésil dans le commerce extérieur des produits agricoles au cours de ces dernières année est plus menacée par le nouveau Farm Bill américain que par les récents changements de la politique agricole commune de l'UE ».
Le soja, le maïs, le coton et le blé sont parmi les produits brésiliens les plus inquiétés par les subventions américaines, précise la CNA, tandis que, dans le cas de l'UE, les principales préoccupa-tions concernent les subventions dans les secteurs du lait et du sucre.
Les États-Unis à l'origine de distorsions prévisibles du marché
« Avec la technologie, la qualité et les prix de nos produits agricoles, notre pays est compétitif sur tous les marchés. Mais nous ne pouvons pas concurrencer les subventions qui créent une concurrence inéquitable », a commenté la sénatrice Katia Abreu, président de la CNA depuis 2008.
Au cours des cinq dernières années, l'influence des politiques de subventions sur les échanges internationaux a été plus faible car les prix agricoles étaient à des niveaux plus élevés, analyse la confédération brésilienne. La tendance, toutefois, est à la baisse des prix internationaux du fait d'une augmentation de la production, notamment aux États-Unis, et aussi de l'accumulation de stocks élevés dans différents pays.
Dès lors, poursuit la CNA, les chances s'accroissent de voir les Américains activer leurs mécanismes de soutien des prix et du revenu, ce qui risque d'« amplifier les distorsions de marché ». Ainsi, précise-t-elle, pour la récolte 2014/2015, les prix du maïs et du blé devraient régresser de 15 %, tandis que ceux du soja chuteraient de 30 %, selon les prévisions du département américain de l'agriculture.
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Des prix internationaux plus bas
Approuvée en février, la loi agricole américaine prévoit des dépenses annuelles de 12,8 à 19,8 milliards de dollars de 2014 à 2018 « pour financer une politique qui fausse les échanges », affirme la confédération brésilienne. Elle prévoit des programmes qui maintiendront la production du pays dans les niveaux qu'ils atteignent aujourd'hui, ce qui « aboutira à des prix internationaux plus bas, et donc à des distorsions de marché ».
La CNA souligne aussi que les États-Unis n'ont pas réglé la question du différend sur le coton, et restent, au lieu de cela, à l'origine de distorsions qui ont déjà été condamnées par l'OMC sur la base d'une plainte du Brésil.
Nouvelle Pac : un progrès, mais...
« La politique agricole européenne de 2013 a éliminé les subventions à l'exportation et transformé une grande part des soutiens en paiements aux producteurs sans tenir compte des différents niveaux et types de production », note par ailleurs la CNA. Cependant, regrette-t-elle, bien que ces changements dans la Pac soient un progrès, ses effets sur les secteurs du sucre et du lait sont inquiétants. Pour ces produits, « l'attention du Brésil sera centrée sur la nécessité de poursuivre les réformes afin de déterminer si ces changements peuvent se traduire par des distorsions du marché international ».
Quoi qu'il en soit, « même avec un soutien quatre fois plus important que celui des États-Unis, l'effet de la nouvelle politique de l'UE pour les produits exportés par le Brésil est tempéré par le fait que ce soutien est partagé entre les pays et leurs producteurs, sans se concentrer sur des produits spécifiques », conclut la Confédération brésilienne de l'agriculture et de l'élevage, qui regroupe 27 fédérations au niveau des États et 2 300 syndicats au niveau des municipalités.