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Focus Palestine Les agriculteurs palestiniens résistent malgré les restrictions israéliennes

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En Palestine, les agriculteurs se sont vus retirer leurs terres agricoles et restreindre l’accès à l’eau par l’Etat d’Israël. Malgré ces restrictions, les agriculteurs palestiniens poursuivent leurs activités, un moyen de « résister pacifiquement à l’occupation ».

«S’ils ne vendent pas leur produits, les agriculteurs palestiniens perdent leur seul moyen de résister pacifiquement aux colons israéliens », explique David Erhart, responsable des relations avec les partenaires Sud pour l’ONG d’Artisans du monde. L’organisation travaille sur la commercialisation équitable des productions palestiniennes : elle travaille notamment dans les Territoires palestiniens occupés et dans la bande de Gaza. Les restrictions israéliennes portent notamment sur les terres agricoles et sur la ressource en eau. « Dans la vallée du Jourdain, les Palestiniens ne peuvent creuser des puits qu’à 300 mètres de profondeur, alors que les Israéliens peuvent aller jusqu’à 1 500 mètres », raconte David Erhart. Au-delà des restrictions sur la profondeur des puits, le nombre de puits sur les Territoires palestiniens sont en chute libre passant de 254 en 1967 à 24 en 2010. « Et depuis 1967, les Palestiniens n’ont plus accès au fleuve Jourdain », soutient David Erhart. Pourtant, les conditions climatiques sont très contraignantes pour les activités agricoles. « Les maraîchers palestiniens ont besoin d’eau pour produire des tomates par exemple », explique-t-il.
 
Déplacement entravé
L’accès limité aux ressources naturelles n’est pas le seul obstacle au développement de l’agriculture palestinienne. La population palestinienne qui vit sous occupation est quotidiennement entravée dans ses déplacements. En 2003, 16% de la population palestinienne travaille dans l’agriculture. « Pour les agriculteurs, c’est étouffant. Tout le long des routes, ils doivent passer des check point mis en place par l’armée israélienne », poursuit David Erhart. Les agriculteurs qui ne sont pas concernés sont ceux qui habitent au cœur de la Cisjordanie. « Mais ceux qui sont en contact avec le mur ont d’énormes difficultés pour se déplacer », précise-t-il.
Ces ralentissements quotidiens s’accompagnent de grandes difficultés pour commercialiser les productions agricoles. En 2008-2009, l’Opération plomb durci lancée par l’armée israélienne dans la bande de Gaza s’est accompagnée d’une fermeture totale des frontières. « Depuis, il est quasiment impossible pour les Palestiniens de la bande de Gaza d’exporter leurs productions », ajoute David Erhart. Pour les exportations depuis la Cisjordanie vers Israël, les contraintes sont aussi pesantes : « Les productions sont parfois entièrement déchargées des camions pour des question de sécurité. Les chauffeurs palestiniens ne peuvent pas toujours entrer en Palestine : des chauffeurs israéliens doivent alors prendre le relais ».
 
Commerce avec l’UE
Si les agriculteurs palestiniens continuent de produire, c’est de moins en moins pour les exportations tant les obstacles sont nombreux. « Une cargaison d’huile d’olive palestinienne à destination de l’Union européenne est resté coincée six mois au port de départ », explique David Erhart pour illustrer ces difficultés. Néanmoins, Artisans du monde accompagne des projets de commerce équitable pour les exportations de productions agricoles palestiniennes. En outre, David Erhart rappelle qu’un certain nombre d’associations israéliennes sont impliquées dans le soutien de l’agriculture palestinienne dans les Territoires occupés. Parallèlement, l’Union européenne reste le principal partenaire commercial de l’Etat d’Israël. En 2010, 59% des exportations agricoles israéliennes étaient à destination de l’Union européenne, 12% vers la Russie et 11% vers les Etats-Unis. L’ambassade de France à Jérusalem ajoute : « Pour décourager le développement des colonies, l’UE a imposé l’utilisation de codes barres pour les productions en provenance des territoires colonisés. Les productions ainsi marquées n’entrent pas dans le cadre de l’Accord de libre-échange entre l’UE et Israël. C’est un premier pas ». Le 16 juillet, l’UE a adopté une directive concernant les futurs accords de coopération entre l’UE et Israël. Selon cette décision, les colonies israéliennes ne pourront plus bénéficier des nouveaux projets de coopération économique, financements, bourses, programmes de recherches ou prix émanant de l’UE ou de ses Etats membres. Pour David Erhart, « c’est un nouveau pas vers la reconnaissance du droit international qui condamne la colonisation israélienne ».

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