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Mandats locaux Les agriculteurs se détournent des nouvelles instances décisionnelles

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En Deux-Sèvres, les agriculteurs peinent à s’engager dans les nouvelles formes de gouvernance notamment intercommunales, observe l’enseignant Philippe Bidet-Emeriau qui mène depuis six ans une thèse sur les maires agriculteurs du département.

«Les maires agriculteurs risquent de perdre de nombreuses responsabilités de délégations, au profit des maires urbains et périurbains », explique Philippe Bidet-Emeriau. Cet enseignant en économie au sein de l’établissement Sevreurope, à Bressuire, étudie depuis six ans l’engagement des agriculteurs deux-sévriens dans les mandats politiques locaux, l’objet de sa thèse qu’il devrait déposer en 2014. Or, la réforme territoriale en cours, qui prévoit de donner plus d’autonomie aux intercommunalités, donne lieu à « des difficultés de repositionnement des maires en général » et des maires agriculteurs en particulier, observe-t-il. « Le pouvoir politique local est bouleversé », résume le chercheur. Le département des Deux-Sèvres passera en 2014 de 25 communautés de communes à 17. Certaines concentreront jusqu’à 70 communes. « L’enjeu pour les maires agriculteurs va être de se positionner dans ces intercommunalités », indique Philippe Bidet Emeriau. Aujourd’hui, les conseillers communautaires sont invariablement des conseillers municipaux élus par leurs pairs. À partir des élections municipales de mars 2014, les conseillers communautaires des communes de plus de 3 500 habitants seront élus au suffrage universel direct, dans le cadre des élections municipales. Les représentants des communes de plus petite taille resteront élus, en leur sein, par les conseils municipaux.
Questionnement similaire autour du redécoupage des cantons d’ici à 2015. Dans le département, leur nombre va être divisé par deux (et passer de 33 à une quinzaine). De nombreux maires ruraux sont aujourd’hui aussi conseillers généraux. A partir de 2015, à l’issue d’élections non plus cantonales, mais départementales, ils seront remplacés par des conseillers territoriaux siégeant à la fois au conseil général et au conseil régional. « Les maires auront-ils la volonté et le temps de s’engager ? », questionne l’enseignant.
 
Des agriculteurs déjà accaparés
« L’on s’aperçoit dès aujourd’hui que les maires qui sont agriculteurs s’intéressent très peu aux nouvelles formes de débat, de gouvernance et de décision que sont les intercommunalités, les Pays, les régions et les agglomérations urbaines. Les agriculteurs sont déjà très peu présents dans ces instances », constate le sociologue angevin, Roger le Guen, par ailleurs directeur de la thèse de Philippe Bidet-Emeriau.
Le phénomène se ressent tout particulièrement parmi les jeunes agriculteurs : avec un métier de moins en moins représenté dans leur commune et accaparés par le fonctionnement économique d’exploitations conséquentes, ils sont moins disposés et disponibles que leurs aînés pour briguer ces mandats. Le département des Deux-Sèvres n’échappe pas en effet au déclin des agriculteurs à la tête des municipalités : s’ils représentaient un maire sur deux en 1983, ils sont aujourd’hui un maire sur quatre (contre 17% pour l’ensemble du pays). Leur nombre a surtout diminué dans les petites communes autour des villes, comme Bressuire, Thouars et Parthenay. Mais leur nombre baisse aussi dans les petites communes rurales, bien que la profession continue à être sur-représentée par rapport à son nombre effectif au sein de la population.
« Ce sont surtout les maires avec des niveaux de formation moins élevés et sur de petites exploitations individuelles qui sont en recul », constate Philippe Bidet-Emeriau. En revanche, ceux qu’ils qualifient d’entrepreneur, sur de grandes exploitations, ou encore au sein de Gaec familiaux, et avec un niveau de formation de bac +2 à +4, sont les plus présents à la tête des municipalités aujourd’hui. Et, contrairement au département de la Somme (lire notre précédent numéro, n°3420), ces nouveaux maires agriculteurs sont souvent « peu positionnés sur les mandats syndicaux ».
 
Le foncier en jeu
Leur temps de mandat dans le premier fauteuil de la commune s’est aussi écourté. En 1983, les maires agriculteurs étaient 25% à poursuivre leur mission au-delà de quatre mandats (11 agriculteurs avaient assuré au moins six mandats en 1983). Depuis 2008, ils ne sont plus que 8% à avoir plus de quatre mandats. Avec une exception à souligner : un exploitant agricole deux-sévrien se positionnera en 2014 pour un 6e mandat.
Deux seules données restent toutefois constantes : les maires agriculteurs sont majoritairement de droite (38%), 24% se disent sans étiquette, 23% de proximité gauche (dont un écologiste) et 11% au centre. Et la profession demeure la première à la tête des mairies, suivie, dans le département, par les cadres, puis les employés. Une première place qu’elle devrait cependant bientôt se voir ravir au regard des évolutions depuis trente ans et de la réforme territoriale en cours. L’enjeu est de taille : le pouvoir local glisse en effet progressivement entre les mains d’experts urbains ou périurbains, et avec lui, le devenir de la terre.

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