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Santé Les agriculteurs sont de (trop) grands buveurs

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16,6% des agriculteurs et des pêcheurs consomment quotidiennement de l’alcool. Ce qui les place parmi les professionnels les plus « accros », selon une enquête de l’Institut national de prévention et d’éducation parue lundi 16 janvier.

Pour la première fois, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) a étudié la consommation de substances psychoactives en milieu professionnel. 14 795 personnes actives ont ainsi été observées du 22 octobre 2009 au 3 juillet 2010 dans leurs usages face à l’alcool, le tabac, le cannabis, la cocaïne, l’ecstasy, les poppers et les champignons hallucinogènes. Les résultats de l’étude sont étonnants : chaque milieu professionnel possède en quelque sorte son fléau, sa substance psychoactive de prédilection. Autrement dit, si les professionnels de l’hébergement et de la restauration sont de très gros fumeurs de tabac (44,7% contre 33,5% pour l’ensemble des actifs de 16 à 64 ans), si les responsables communication et les journalistes ont tendance à être les plus grands consommateurs de cannabis, tout comme les artistes qui présentent par ailleurs un goût prononcé pour la cocaïne (9,8% contre 3,8% sur l’ensemble des actifs), l’alcool a lui aussi son milieu professionnel consacré. A savoir : les secteurs de l’agriculture et de la pêche (indifférenciés dans l’étude). 16,6% consomment en effet de l’alcool au moins une fois par jour (ils sont 7,7% sur l’ensemble des travailleurs). 30,7% en consomment de façon ponctuelle et importante, ce qui signifie qu’ils boivent au moins six verres ou plus lors d’une même occasion au moins une fois par mois. Un bilan accablant, surtout pour les hommes : l’étude souligne en effet que cette surconsommation est exclusivement masculine. Même constat dans le secteur de la construction qui talonne l’agriculture et la pêche en matière d’alcool, avec en plus pour ces professionnels hommes un usage fréquent de cannabis, de cocaïne et de champignons hallucinogènes. On constate que ces drogues illicites ont jusque là plutôt épargné les secteurs de l’agriculture et de la pêche qui affichent des pourcentages en la matière en-dessous de la moyenne nationale. Même constat pour le tabac : ils sont 31,5% à fumer au moins une fois par jour contre 33,5% sur l’ensemble des actifs. Mais l’agriculture et la pêche sont loin, cependant, d’être aussi modèles que quatre secteurs plus significativement exemplaires : l’administration publique, l’enseignement, le milieu de la santé humaine et de l’action sociale ainsi que les activités de services de ménages présentent en effet des consommations de substances psychoactives plus faibles que le reste des actifs.

Le travail protège des conduites addictives

La deuxième partie de l’enquête, qui ne distingue plus les secteurs, est tout aussi intéressante. On apprend ainsi que plus du tiers des fumeurs réguliers, 9,3% des consommateurs d’alcool et 13,2% des consommateurs de cannabis déclarent avoir augmenté leurs consommations en raison de problèmes liés à leur travail ou à leur situation professionnelle au cours des douze derniers mois. On note aussi que la consommation d’alcool sur le lieu de travail concerne 16,4% des actifs occupés (18,9 % des hommes et 10,3 % des femmes). Ces résultats ne doivent cependant pas occulter, selon le rapport, le fait que l’exercice d’une activité professionnelle reste globalement un facteur de protection des conduites addictives, comparée à la situation de recherche d’emploi. Autre paramètre favorable à la sobriété, selon l’enquête : l’installation en couple, la naissance du premier enfant ou encore l’entrée dans le monde du travail semble être l’occasion d’un abandon des consommations de substances psychoactives pour une majorité des personnes consommatrices au cours de leur jeunesse. Des conduites sans effet ? On peut se poser la question au regard des résultats inquiétants d’une étude épidémiologique (voir encadré), menée par Agrica : cette enquête montre en effet que les retraités agricoles sont les plus touchés par les affections de longue durée.

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