En fixant des objectifs ambitieux de recyclage de la matière organique des déchets, le Grenelle de l’environnement pourrait faire doubler d’ici 2015 le volume de compost produit par les collectivités locales et l’industrie des déchets. Les agriculteurs pourront-ils – et voudront-ils – absorber cette nouvelle manne organique ? La prudence est de mise.
Quatre millions de tonnes. Tel pourrait être le volume de compost à valoriser d’ici 2015 en France – deux fois plus qu’aujourd’hui – si les engagements adoptés dans le cadre du Grenelle de l’environnement sont honorés. Le « Grenelle » fixe en effet comme objectifs de diminuer de 15% d’ici 2012 l’ensemble des déchets mis en décharge ou incinérés, et d’augmenter le taux de recyclage matière et organique à un niveau de 35 % en 2012 et de 45% en 2015 (contre 24% en 2004). La production de compost pourrait donc faire un bond.
Il est peu de dire que cette perspective laisse perplexe une bonne partie des acteurs de la filière, comme a pu le montrer la table ronde organisée le 26 novembre à l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), dans le cadre des journées nationales « Missions déchets ».
Les collectivités demandent de la visibilité
« Les collectivités locales sont partiellement perdues dans le débat », avoue sans ambages Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce, une association qui regroupe 250 collectivités territoriales et 115 professionnels dans le souci de promouvoir une bonne gestion des déchets et de l’énergie. « Va-t-on doubler ou tripler ce qu’on va mettre sur les sols agricoles, ou non ? Il faut savoir ce qui est faisable ou pas ! », interroge-t-il en direction des professionnels agricoles. « On a besoin que vous nous disiez ce que vous attendez comme qualité agronomique et en matière d’innocuité », ajoute le délégué général d’Amorce, fustigeant par la même occasion l’absence régulière de l’Ania (Association des industriels de l’agroalimentaire) à ces discussions. La visibilité demandée sera-t-elle au rendez-vous ? Rien ne permet de le savoir, admettent eux-mêmes les pouvoirs publics. « Dans le contexte européen, on n’est pas totalement à l’abri d’une limitation de l’utilisation du compost sur les terres agricoles d’ici quelques années », estime Charles Thiébaut, le représentant du ministère de l’Ecologie. Tout le débat tourne autour de la qualité du compost mis sur le marché. Et visiblement, des progrès peuvent être faits. « Il est faux de dire que les agriculteurs sont satisfaits des composts qu’ils ont », déclare Marie-Josèphe Guilhou (ministère de l’Agriculture).
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Les industriels des déchets préfèrent, eux, positiver. « Non, il n’y a pas de crise de confiance généralisée. Il y a une demande très forte sur les composts. On n’a jamais eu autant d’agriculteurs demandeurs », répond Yves Coppin, co-président du collège « valorisation biologique » de la FNADE (Fédération des métiers de la dépollution et de l’environnement). A ses yeux, les industriels ont surtout besoin d’une pérennité des dispositifs et des normes en matière de qualité des composts. La FNADE entend également lancer un label sur les pratiques de compostage des installations.
Créer un fonds de garantie ?
Et le monde agricole, qu’en pense-t-il ? Echaudés durant la dernière décennie par le dossier des boues d’épandage, les agriculteurs ne veulent pas prendre de risque. « La pression énorme qui pèse actuellement sur les collectivités locales (en matière de valorisation des matières organiques NDLR) ne doit pas aboutir à un transfert sur le monde agricole d’un problème qui ne serait pas maîtrisé », indique Louis Cayeux (sous-direction Développement durable de la FNSEA). « Menons le combat de la qualité » lance-t-il en direction de ses partenaires, ajoutant qu’il sera nécessaire d’engager un débat « de cohérence » sur l’utilisation des matières organiques dans la politique foncière. La FNSEA n’écarte pas l’idée de proposer la création d’un fonds de garantie spécifique, à l’instar de celui sur les boues d’épandage, pour « sécuriser » le monde agricole à l’égard de l’utilisation des composts. L’APCA appelle pour sa part à développer les partenariats entre les collectivités et le monde agricole et ce, afin d’améliorer l’adéquation entre les besoins et les produits, ainsi que les démarches de qualité. Les chambres d’agriculture appellent également à améliorer la transparence des pratiques et à assurer « une certaine traçablité » des produits.