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Liste paritaire Les agricultrices ont-elles vraiment envie du pouvoir ?

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La réflexion sur l’égalité homme/femme progresse en agriculture avec désormais l’obligation de mixité sur les listes des candidats aux élections aux chambres. Mais dans certains départements où les femmes sont rares à être déjà engagées sur ce terrain, le quota imposé peut poser problème.

Le débat est national et devrait occuper une partie des échanges ces 9 et 10 juillet lors de la grande conférence sociale organisée par le gouvernement : une des sept thématiques qui donneront lieu à une table ronde est consacrée à l’égalité professionnelle hommes/femmes, avec la ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Pour la préparer, la ministre a réuni le 21 juin les membres du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, durant laquelle les syndicats des salariés, le Medef, la CGPME et l’UPA ont pu exposer leur position. A leurs côtés, pour la première fois, Karen Serres, présidente de la commission nationale des agricultrices de la FNSEA, a été questionnée sur les avancées mais aussi les résistances de la profession en matière d’égalité. « J’y ai notamment défendu l’utilité de légiférer sur la répartition des postes à pouvoir ». Et pour illustrer son propos : le décret du 29 juin 2012 relatif aux élections aux chambres d’agriculture impose désormais la mixité pour l’ensemble des collèges pour les élections aux chambres départementales, et pour les collèges 2 et 5 pour les chambres régionales. Concrètement, le texte de loi oblige la présence sur les listes d’au moins un candidat de chaque sexe par tranche de trois candidats. Soit, a minima, une femme sur trois. « Ce qui reprend une proposition de la FNSEA concernant une équité de représentation entre les agricultrices et agriculteurs », estime Karen Serres. Seulement la parité dans le monde agricole a ses limites : 30%. « Nous n’avons en effet pas soutenu l’idée des 50%. Une représentativité légiférée à cette hauteur aurait été injuste puisque nous ne représentons que 30% des votants. La représentativité nous paraît plus logique et juste ».

Une parité très progressive
Si la parité à hauteur de 30% est ainsi estimée « plus juste » et donc suffisante, elle risque paradoxalement de paraître excessive dans certains départements où peu de femmes sont engagées syndicalement. « Le fait que par le passé, nos homologues masculins n’aient pas toujours cherché à encourager et à soutenir les femmes sur cette voie va peut-être aujourd’hui poser problème », considère l’exploitante lotoise, également présidente du groupe consultatif des femmes rurales à la Commission européenne. Certains départements ont malheureusement mis trop peu d’énergie à soutenir leur commission agricultrices. Rappelons cependant que la FNSEA est le seul syndicat à avoir une commission agricultrice inscrite dans ses statuts ». Cependant, relativise Karen Serres, « le même problème s’était posé pour les élections régionales. Lorsque la parité a été imposée je me souviens d’élus politiques de gauche et de droite me dire : “c’est n’importe quoi! On va avoir des conseillères régionales incompétentes, qui n’ont pas envie d’y aller, etc.” Et évidemment, ils ont eu raison pour la première mandature : si des femmes compétentes ont été élues, d’autres étaient là en revanche seulement par opportunité ou par accident et d’autres enfin se demandaient ce qu’elles faisaient là... Mais ça n’a été vrai que pour la première mandature. Dix ans après, personne ne dit qu’une conseillère régionale a été élue parce que c’est une femme ».

15% d’exploitantes élues dans les chambres
En 1974, 70% des Français ne voulaient pas d’une femme présidente. Ils sont plus de 90%, aujourd’hui, à l’accepter. Une révolution suscitée en partie par la loi sur la parité du 6 juin 2000, votée sous le gouvernement de Lionel Jospin, qui a imposé l’égalité hommes-femmes pour les élections régionales, municipales (dans les communes de 3 500 habitants et plus), sénatoriales (dans les départements à la proportionnelle) et européennes. Lors des dernières élections aux chambres d’agriculture en 2007, seulement 15% de femmes élues ont été recensées pour le collège des exploitants. Aucune ne siège à l’APCA puisqu’aucune ne préside une chambre départementale.

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