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Equité professionnelle Les agricultrices recherchent une oreille attentive...

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... Et pourraient l’avoir trouvée en la personne du ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem que la commission des agricultrices de la FNSEA, présidée par Karen Serres, rencontrait le vendredi 21 septembre, dans le Lot.

«Puisque nous avons du mal à sensibiliser le ministre de l’Agriculture sur les problématiques des agricultrices, nous avons sollicité Najat Vallaud-Belkacem, auprès de qui nous avons toujours trouvé une oreille attentive », explique Karen Serres, la présidente de la commission des agricultrices de la FNSEA. Les deux femmes n’en sont pas à leur première rencontre : Haut conseil de la famille, Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, table ronde sur l’équité professionnelle entre les femmes et les hommes lors de la conférence sociale les 9 et 10 juillet : « À chaque fois, la ministre s’est montrée attentive à nos problématiques ». L’organisation d’une matinée d’échanges sur une exploitation du Lot a paru ainsi évidente à la commission syndicale, et urgente dans la perspective du prochain comité interministériel de l’égalité entre les femmes et les hommes qui se tiendra la troisième semaine d’octobre. Ce rendez-vous donnera lieu à un plan d’action pour les droits des femmes. Et les agricultrices ne souhaitaient pas une nouvelle fois être laissées sur le bas-côté.

Des aides économiques « discriminantes »

Des avancées ont récemment eu lieu en matière d’égalité professionnelle entre les deux sexes, a reconnu Karen Serres, avec par exemple l’instauration d’une nouvelle règle de représentativité dans le cadre des élections à venir aux chambres d’agriculture. Mais les femmes veulent sur ce point davantage : la commission des agricultrices souhaite en effet que cette règle devienne la norme et s’étende progressivement aux conseils d’administration des instances agricoles qui reçoivent des financements de l’Etat et/ou des collectivités territoriales, avec une représentation d’au moins 25% dans les trois prochaines années et d’au moins 30% au terme de cinq ans, « voire plus si la réalité locale le justifie », argumente Karen Serres. Autre priorité : rendre égaux tous les exploitants agricoles en matière d’accès aux aides économiques, en particulier celles allouées au titre du deuxième pilier de la Pac. Si les évolutions législatives ont effet amélioré le statut des agricultrices avec la création notamment en 1985 des EARL qui a permis à un couple d’agriculteurs d’avoir chacun un statut de chef d’exploitation, les règles qui régissent la mise en œuvre des soutiens publics du deuxième pilier de la Pac ne permettent pas de prendre en compte l’ensemble des associés au sein d’une même exploitation, dénonce la commission syndicale. L’indemnité compensatoire de handicaps naturels est ainsi plafonnée à 50 hectares par exploitation située en zone de montagne défavorisée, « or, ce plafond ne tient pas compte du nombre d’exploitants ayant chacun un statut de chef d’exploitation sur ladite exploitation, explique Karen Serres. Un couple d’agriculteurs reçoit donc la même aide qu’un exploitant individuel : ceci est perçu comme une véritable discrimination notamment pour les agricultrices installées dans le cadre d’une EARL avec leur conjoint ». Dans plus de 80% des cas, la deuxième personne à s’installer en EARL est une femme. Même iniquité pour les mesures agro-environnementales, soulignent les agricultrices, lorsqu’elles font l’objet d’un plafonnement des surfaces engagées.

Une rencontre interministérielle attendue sur le congé maternité

« On veut aussi revoir la copie du congé maternité », poursuit Karen Serres qui demande sur ce volet que le dispositif du congé pathologique applicable aux agricultrices soit aligné sur celui des femmes salariées en agriculture. Par ailleurs, la commission réclame dans ce cadre un remplacement incluant les week-ends tout en maintenant une durée de prise en charge identique à celle des salariées. « D’autres avancées sont attendues sur ce point. C’est pourquoi nous demandons une réunion de travail entre les ministères de l’Agriculture et des Droits des femmes, la MSA et nous ». Les agricultrices veulent aussi que les modalités de leur retraite soient réexaminées, notamment « une forfaitisation de la bonification pour enfant tout régime confondu » car le système actuel – un pourcentage basé sur la retraite perçu – pénalise les petites retraites.
Plus globalement, la commission des agricultrices de la FNSEA veut qu’une réflexion soit conduite avec le ministère des Droits des femmes « pour valoriser le métier de l’agricultrice et promouvoir la mixité en agriculture », ajoute Karen Serres qui semble avoir placé le dossier des agricultrices entre de bonnes mains. Najat Vallaud-Belkacem a en effet pris la tête d’un ministère qui avait disparu depuis 26 ans. Nul doute qu’elle ait envie d’affirmer sa légitimité.

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