Ils sont venus du Proche-Orient, d'Afrique du Sud, du Brésil ou de Grèce : réunis à Lorient du 28 au 30 avril, tous veulent contrer la « mainmise sur les semences » que s'efforcent d'imposer à leurs yeux des multinationales, notamment à travers les OGM, et préserver la souveraineté alimentaire des peuples.
« Dans ma province, à l'est du Cap, toute la région est affectée par la pauvreté car les OGM sont partout. Des gens tombent dans la misère et se détournent de l'agriculture car ils n'ont pas les moyens d'acheter ces semences » qu'ils sont contraints de renouveler chaque année, contrairement aux semences traditionnelles, dénonce Aviwe Biko, venue d'Afrique du Sud.
Comme elle, environ 130 personnes, venues d'une trentaine de pays, ont participé aux 2e Rencontres Internationales des Résistances (RIR) aux OGM, organisées à Lorient (Morbihan), après celles de 2016 qui se sont tenues à Ouagadougou (Burkina Faso).
« Il faut un permis pour détenir des semences traditionnelles. Moi, je ne vais pas aller demander un permis pour conserver ces semences qui sont notre histoire ! » poursuit la Sud-Africaine qui se définit comme une « seeds saver », une sauveuse de semences. La Libanaise Lilia Ghanem, anthropologue et rédactrice en chef de la revue « Badael » (« Alternatives »), rapporte une autre histoire : comment les OGM se sont imposés en Irak dans la foulée de l'intervention américaine, à travers une ordonnance (N°81) de l'administrateur américain Paul Bremer en 2004, portant notamment sur « la diversité des plantes ». « Les paysans qui se transmettent des semences anciennes sont désormais passibles de prison. Les Américains sont partis d'Irak, mais Monsanto est toujours là », accuse-t-elle. « C'est un enjeu vital : si on abandonne ce petit segment économique qu'est la semence aux multinationales, ça veut dire qu'on abandonne l'alimentation aux multinationales », s'inquiète Jean-Pierre Lebrun, du réseau Semences paysannes.
« Convergence des luttes »
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Le constat établi, que faire ? D'abord une meilleure information des populations. « Les paysans n'ont pas vu le côté pervers des OGM. Ils n'y ont vu de prime abord qu'un moyen de développement potentiel, avec un travail des champs moins pénible », relève le représentant du Burkina, quand sa collègue équatorienne observe, à propos des communautés amazoniennes dans son pays : « Elles n'ont pas accès à l'information, elles ne savent pas ce qui se passe en dehors ».
Un autre objectif est de proposer une option alternative à l'agrochimie, en particulier à travers l'agroécologie, comme y travaille au Burkina Faso l'association Tinga Neere (« Terre meilleure ») avec l'appui de l'association bretonne Ingalañ (« Partager »), l'une des organisatrices des rencontres de Lorient. « On y obtient de très bons résultats, particulièrement sur le soja », assure Hervé Le Gall, cheville ouvrière des rencontres. Mais il s'agit aussi d'analyser « nos forces et nos faiblesses, face à leurs forces et leurs faiblesses », explique-t-il, en vue de construire « une convergence des luttes » par-delà les diversités culturelles, juridiques et financières des cinq continents, en faisant notamment évoluer le droit international.
Et ce, dans la lignée des travaux du tribunal citoyen informel de La Haye qui a rendu, le 18 avril dernier, un avis consultatif visant à faire évoluer ce droit international. Certains évoquent ainsi une forme de « droit opposable », un projet de convention sur le droit des paysans en matière de semences, mais aussi d'eau ou de foncier. « Ça pourrait prendre la forme d'une convention de l'ONU que signeraient les gouvernements », suggère Jean-Pierre Lebrun.
Faire évoluer le droit international est un des objectifs affichés