Les apiculteurs des Pyrénées-Orientales et de l'Ariège ont lancé un appel aux dons d'essaims d'abeilles pour reconstituer les cheptels. Ils jugent inadaptées les mesures d'aides mises en place par le ministère de l'Agriculture.
D eux organisations apicoles ont lancé un appel aux dons d'essaims pour aider les apiculteurs de l'Ariège et des Pyrénées Orientales à reconstituer leurs colonies. L'hiver dernier avait été particulièrement léthal pour les abeilles. « Puisque l'État est déficient sur le sujet, on lance une opération de solidarité », a annoncé Alain David, coordinateur de la Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP) à l'AFP, le 12 novembre.
Et ça commence à fonctionner. La branche spécialisée apicole de la Confédération paysanne est aussi impliquée. Près de 150 promesses de dons sont déjà enregistrées : les essaims doivent arriver en Ariège et dans les Pyrénées Orientales par camions en mars 2015 pour le début de la saison apicole. « Ce sont des transhumances de solidarité », insiste Alain David. Les donateurs viennent de Bretagne, de Franche-Comté et de Rhône-Alpes. « Je vais donner une dizaine de colonies », témoigne Joël Catherine, apiculteur depuis trente ans en Bretagne à Rostrenen (22).
Le prix d'un essaim peut varier entre 150 et 200 euros. Joël Catherine estime le coût de son geste de solidarité à 1500 euros. « Pour nous apiculteurs, il s'agit aussi de montrer que les services de l'Etat ne répondent pas présents quand il le faut. On est obligés de prendre le relais », regrette-t-il.
Mesures inadaptéesDans les faits, l'Etat n'a pas été absent pour les apiculteurs des Pyrénées-Orientales et d'Ariège après les sinistres constatés l'hiver 2013/2014. Le ministère de l'Agriculture rappelle que deux dispositifs d'aides ont été mis en place. Le premier : un prêt de trésorerie à taux bonifiés est disponible depuis juillet dernier. Le second : le prolongement du délai de demandes des aides FranceAgriMer à l'achat de reines et d'essaims d'abeilles. Oui, mais ils n'ont été que très peu utilisés, selon les apiculteurs. L'inadaptabilité des mesures est citée en premier lieu.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La trésorerie des apiculteurs sinistrés est déjà dans le rouge à cause de la mauvaise saison. Ils sont frileux à l'idée de « s'endetter » pour reprendre leur terme, même à taux zéro. « Ce mode d'indemnisation calqué sur d'autres filières ne fonctionne pas en filière apicole », soutient Christophe Michelotti, jeune apiculteur ariégeois, désabusé. Il a perdu 50% de son cheptel en 2013/2014. « Je devais passer de jeune agriculteur à chef d'exploitation cette année. Ce n'est plus possible. Il me faut un minimum de 200 ruches. Je ne les ai plus », souffle-t-il. Joël Catherine, plus ancien dans la profession, soutient la même chose : la mesure est inadaptée.
Par ailleurs, la saison apicole commence en mars et se termine en septembre-octobre. « Nous n'achetons jamais les essaims en hiver, plutôt au printemps », explique Sylvie Humbert, apicultrice d'Ariège. Prolonger la possibilité de déposer une demande d'aides FranceAgriMer jusqu'en décembre est aussi inadapté selon les professionnels. « Nous touchons cette aide sur facture, poursuit l'apicultrice, qui va acheter des essaims si proche de l'hiver ? C'est trop risqué ».
Les traitements antiparasitaires pointé du doigtUne réunion entre les services de l'Etat, représentés par François Gerster, inspecteur général de santé publique vétérinaire, et les apiculteurs notamment, est prévue le 17 novembre à Foix (09). Des annonces sont attendues, entre autres sur la mise en place d'un protocole de surveillance des abeilles à partir d'août 2015. « Il s'agit d'un report. Il devait être mis en place en août 2014 », rappelle Sophie Cluzeau-Moulay, directrice de l'Itsap (institut technique de l'abeille).
Et surtout, les résultats d'une analyse très attendue seront révélés. Il s'agit de l'analyse d'échantillons prélevés sur les exploitations apicoles sinistrées l'hiver dernier dans les Pyrénées orientales et l'Ariège… « il y a onze mois », relève Christophe Michelotti. Les apiculteurs montrent du doigt les traitements antiparasitaires appliqués sur le bétail comme une des sources de la surmortalité des abeilles l'hiver dernier dans les Pyrénées. Mais « les apiculteurs vont être mécontents des résultats », révèle une source proche du dossier.