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Les Argentins consomment désormais du blé OGM

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Depuis quelques semaines, les Argentins consomment des produits issus de blé OGM – une première mondiale. Plusieurs pays, comme le Brésil et les États-Unis, pourraient suivre rapidement.

Interrogée par Agra Presse le 10 août, la société de biotechnologie argentine Bioceres a annoncé – exclusivité – que sa récolte 2022 de blé transgénique – la première à avoir été commercialisée dans le monde, 124 188 tonnes – a été transformée et vendue localement. « Notre récolte de blé HB4 a été transformée par des meuniers argentins, lesquels sont libres d’en disposer », a déclaré à Agra Presse Gabino Rebagliati, directeur de communication de Bioceres. Cotée à la Bourse de New-York, Bioceres a développé des variétés de blé transgéniques dites HB4 – porteuses d’un gène de tournesol qui leur conférerait une forte résilience au stress hydrique. Le germoplasme de ces variétés avait été apporté par le semencier français Florimond Desprez dans le cadre d’une joint–venture (Trigall Genetics) nouée avec Bioceres il y a une dizaine d’années.

Jusqu’ici, les mises en cultures de blé OGM de Bioceres étaient autorisées à des fins expérimentales. Mais le 12 mai, le gouvernement argentin a pris un décret autorisant la culture et la consommation. Une première mondiale. Le texte n’impose toutefois pas d’obligation d’étiquetage auprès des consommateurs finaux. « La récolte de blé OGM de Bioceres 2021/2022 a été moulue par des meuniers qui restent dans l’anonymat par peur d’être la cible d’activistes anti-OGM », confie d’ailleurs Gustavo Idígoras, le président du Centre des exportateurs de céréales (CEC) de l’Argentine.

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Brésil, Nigéria, Etats-Unis…

D’autres pays pourraient commercialiser la prochaine récolte, selon Gabino Rebagliati : « Bioceres a obtenu l’autorisation d’importer des farines de blé HB4 auprès du Brésil, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, de la Colombie, et enfin auprès du Nigéria ». En outre, « la Food and Drug Administration (FDA) états-unienne aurait également fourni son aval à ce blé OGM », rapporte le chargé de communication. « Les choses ont très vite changé avec la guerre en Ukraine. La priorité des investisseurs est désormais la sécurité alimentaire. Or, notre innovation y apporte une réponse ».

Au Brésil qui concentre la moitié des exportations de blé argentin, la filière était d’abord réticente. Mais elle semble avoir changé de posture. Interrogé par la radio argentine Radio Colonia, le 16 juillet, le président de l’association des meuniers brésiliens (Abitrigo), Rubén Barbosa, déclarait : « Les plus récentes études de marché montrent qu’au Brésil, 70 % des personnes interrogées sur l’incorporation éventuelle de blé OGM à leur régime n’y verraient pas l’inconvénient. Un changement d’habitudes de consommation est en cours et elle est accompagnée par une intégration régionale des politiques en faveur du développement des variétés de blé OGM ».

Commercialisé sans étiquetage auprès des consommateurs argentins