Le secteur bovin, poussé par ses détracteurs, est le premier à pouvoir dévoiler des fermes zéro carbone. Dans les autres filières, dont certaines n’ont pas encore d’outil d’évaluation, l’objectif semble aujourd’hui beaucoup plus lointain.
Au-delà du secteur bovin, la neutralité carbone est encore loin, préviennent les instituts techniques. Car si le climat et la réduction des émissions sont un souci de toutes les filières, en lien avec la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) ou la directive nitrate, les outils d’analyse manquent encore pour beaucoup de productions.
Les professionnels manqueraient-ils d’engagement envers les gaz à effet de serre ? Comme le secteur bovin, ils répondent simplement en priorité à l’agenda fixé pour eux par les consommateurs et la société civile. Les grandes cultures, le porc, la volaille ou l’arboriculture travaillent donc aujourd’hui avant tout sur les enjeux pour lesquels elles sont les plus critiquées, les produits phytosanitaires et le bien-être animal, au risque de retarder leur transition climatique.
Rien d’établi en arboriculture
De toutes les filières agricoles, l’arboriculture est celle qui aurait pu sembler la plus à même d’atteindre la neutralité carbone. Impossible cependant de savoir si de telles exploitations existent, car aucune méthode n’est encore disponible à grande échelle. « Nous sommes convaincus que nous avons une carte à jouer, mais nous n’avons encore rien d’établi au niveau collectif. Les méthodes sont complexes à élaborer », regrette Stéphanie Prat, directrice de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF). Seuls les projets de plantation d’amandiers développés par Arnaud Montebourg pourraient bientôt obtenir leur méthode bas-carbone prochainement, avec des chiffres et analyses à la clé sur les émissions et le stockage.
L’impossible neutralité des grandes cultures
Du côté des grandes cultures, Baptiste Soenen, responsable du service Agronomie-Economie-Environnement au sein d’Arvalis, prévient : « La neutralité stricte sera compliquée. » La filière, poursuit-il, a cependant bien avancé sur ces enjeux, et devrait bénéficier sous peu du label bas-carbone du ministère de la Transition écologique. Couverts végétaux, réductions des engrais de synthèse, légumineuses, diversification des cultures : « Les leviers de réduction sont bien identifiés, et nous avons travaillé sur des systèmes qui parviennent à baisser leurs émissions jusqu’à 30 %. Mais le stockage ne compense toujours pas les émissions », détaille Baptiste Soenen.
Les expériences les plus avancées en la matière, dévoile-t-il, sont celles du projet Syppr, mené avec Terres Innovia et Arvalis. Une expérience qui souligne les défis des céréales zéro carbone : la diminution des apports d’engrais, qui permet de contrôler les émissions, a des conséquences négatives pour le stockage. « En réduisant la production de biomasse, on diminue la capacité des sols à capter le carbone. C’est un compromis à trouver », explique Baptiste Soenen.
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Raboter l’empreinte du porc, sans l’annuler
« Contrairement aux bovins, nous n’avons pas de prairies, et nous aurons des difficultés à atteindre la neutralité carbone sur les seuls ateliers porcins », confie Sandrine Espagnol, ingénieure d’étude au sein de l’Ifip. La filière, rappelle-t-elle, dispose depuis 2014 d’un outil nommé Geep, qui a permis de réaliser 600 diagnostics de performance environnementale auprès de 450 utilisateurs. Mais la neutralité, prévient Sandrine Espagnol, sera une mission quasi-impossible pour le porc. Une meilleure gestion des effluents, ainsi qu’une valorisation des travaux en cours sur l’efficacité et la nature des aliments utilisés pourraient toutefois permettre de diviser par deux l’empreinte carbone moyenne du porc pour atteindre 1,5 kg de CO2/kg de viande. « Ce serait déjà une très belle performance », souligne-t-elle.
Un nouveau module volaille pour Cap2ER
« Le poulet zéro carbone ne devra pas rester une niche, ce devra être une nécessité », lance Maxime Quentin, directeur scientifique de l’Itavi. Une nécessité qui est cependant encore loin d’être atteinte, reconnaît-il, alors que la filière a démarré les travaux pour adapter l’outil Cap2ER. Objectif : évaluer les conséquences climatiques des efforts réalisés sur l’alimentation des volailles, et mesurer les capacités de stockage sous les prairies et les arbres des parcours de plein air. Mais le dépôt d’une méthode bas-carbone n’est pas encore à l’ordre du jour, indique Maxime Quentin.
Comme la FNSEA, il attire lui aussi l’attention sur la nécessité de prendre en compte dans les futurs outils d’analyse les autres dimensions environnementales des productions. « Les fermes polonaises de poulet de chair, qui produisent leur propre aliment, ont énormément d’atouts en matière de productivité par rapport aux fermes françaises. Et donc une empreinte carbone sans doute réduite au kilo si on ne regarde que par cette lorgnette-là. Il faut viser un zéro carbone qui soit respectueux de toutes les dimensions environnementales, sociales, et économiques », défend Maxime Quentin.
En arboriculture, « les méthodes sont complexes à élaborer »
En porc, « contrairement aux bovins, nous n’avons pas de prairies »