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Fruits Les bananes des Dom sous pression sanitaire

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Encore au moins cinq ans de recherches sont nécessaires avant la mise au point de variétés de bananes résistantes aux maladies et de bonne qualité gustative. C’est ce qu’a indiqué l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN), le 30 mars, un an et demi après le « plan banane durable » lancé par Michel Barnier en décembre 2008.

Les planteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique savent qu’ils devront trouver des variétés résistantes à la cercosporiose noire, une redoutable maladie du bananier, et que ces nouvelles variétés devront être suffisamment productives et gustatives, face à la concurrence de la banane-dollar. « On estime qu’au moins cinq ans de recherche sont encore nécessaires », ont indiqué Sébastien Zanoletti, directeur du développement durable de l’UGPBAN, et François Côte, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), lors d’une conférence de presse organisée le 30 mars, quinze mois après le lancement du « plan banane durable » par Michel Barnier.

Des croisements avec des bananiers sauvages
La cercosporiose noire, maladie des feuilles du bananier, due à des champignons, s’est installée dans les îles voisines, notamment Sainte-Lucie. « Nous savons que la maladie arrivera chez nous tôt ou tard », a averti Sébastien Zanoletti. Mais les producteurs espèrent que les variétés résistantes arriveront à temps : « La maladie peut mettre deux à trois ans pour arriver. Puis deux à trois ans pour s’installer. Les variétés résistantes devraient être au point dans cinq à six ans », escompte le directeur du développement durable de l’UGPBAN.
Un dispositif quasi-militaire est prévu pour retarder sa nocivité une fois qu’elle sera arrivée : zone « focus » (l’endroit infesté sera sous surveillance et les bananiers détruits), zone de sécurité (5 km autour de la zone focus) et zone tampon (20 km autour de la zone de sécurité). Les producteurs ont prévu le financement de l’indemnisation des bananiers détruits par une cotisation, en espérant un co-financement de l’État. Pour sélectionner des bananiers résistants à la cercosporiose ainsi qu’aux autres maladies, une plate-forme de sélection variétale, sous l’égide du Cirad, de l’ITBAN (Institut technique de la banane) et de l’UGPBAN, opère des croisements de variétés de bananiers sauvages qui sont naturellement résistants à cette maladie. La recherche travaille aussi sur cet axe en Afrique du Sud, en Israël et au Brésil.

Convaincre les consommateurs
Mais « il nous reste à affiner quelques réglages pour que les variétés résistantes soient productives », a précisé François Côte, car la concurrence est rude avec la banane produite en monoculture dans les pays d’Amérique Latine, notamment l’Équateur et le Costa Rica, leaders mondiaux de la banane. Les nouvelles variétés devront en même temps convaincre les consommateurs par leur arôme et leur texture.
La profession a de bons échos d’une série de variétés, sous le nom de code 930, qui serait proche de ce qu’attendent les consommateurs européens. « Nous espérons beaucoup de la série 930. Nous n’en sommes plus très loin. Nous aurons touché le jackpot quand nous aurons obtenu des variétés à la fois résistantes, productives et gustatives », a évoqué Sébastien Zanoletti. Les planteurs de banane sont étroitement associés à la sélection des critères gustatifs, a témoigné Damien Frair, producteur guadeloupéen.
Les bananes issues de cette sélection seront différentes de la Cavendish, la variété qui représente l’essentiel du marché mondial. « Des bananes plus sucrées ? Plus acidulées ? Plus fondantes ? On ne le sait pas encore ». On sait qu’elles seront de plus petite taille. Mais « nous n’avons pas de souci immédiat pour écouler la banane antillaise », qui représente une production de 250 000 tonnes par an, pour un marché français de 550 000 tonnes.

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