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Les Banques alimentaires candidates au chèque alimentaire

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Le réseau national des banques alimentaires se propose comme intermédiaire pour la distribution du chèque alimentaire promis par Emmanuel Macron. Elles mettent en avant leur capacité d’accompagnement social, de préservation de l’anonymat, et d’achat auprès des agriculteurs locaux.

À l’occasion d’une audition par la mission d’information sur la précarité, le 6 avril au Sénat, le président-bénévole des Banques alimentaires, Claude Baland (ancien directeur général de la police nationale), a déclaré que son réseau était « candidat pour être bénéficiaire du dispositif de chèque alimentaire », promis en décembre par le président de la République. En cours d’élaboration par le gouvernement, le projet devrait être dévoilé dans les prochains mois. Dans le cadre de l’examen du projet de loi Climat, les députés ont d’ores et déjà demandé au gouvernement, dans un délai de deux mois suivant la promulgation du texte, la remise d’un « rapport intermédiaire sur les modalités, les délais et les actions mises en place pour instaurer un chèque alimentation durable ».

Les soixante-dix-neuf banques alimentaires françaises collectent 39 % de l’aide alimentaire dans le pays, qu’elles distribuent majoritairement par l’intermédiaire d’associations (environs 6 000). Leur président Claude Baland propose que ces structures puissent « recevoir une partie des chèques alimentaires pour les distribuer […] à des personnes ou des associations, à qui nous donnons (déjà) des produits secs, afin qu’elles puissent acheter des compléments de produits frais ».

Donner et accompagner

Il propose d’assortir ce schéma d’une « obligation d’acheter aux agriculteurs locaux », comme cela serait déjà en place dans certaines régions. La région Nouvelle Aquitaine aurait récemment accordé des crédits au réseau des banques alimentaires à condition que 25 % soient fléchés vers des achats aux producteurs locaux. Pour les banques alimentaires, le chèque alimentaire serait une occasion d’améliorer l’équilibre nutritionnel des dons de son réseau, qui contiennent « trop de féculents, trop de sucre, et de produits cuisinés », a expliqué Claude Baland.

Le réseau a mis en avant le besoin d’intermédiaires sociaux pour la distribution de ce chèque. Contrairement à un simple envoi de chèque par voie postale ou électronique, le passage par une association permet aux bénéficiaires d’accéder à un accompagnement social, met-il en avant. Selon un sondage réalisé en 2020, 70 % des bénéficiaires de l’aide alimentaire disent avoir besoin d’un accompagnement social (ex. aide à la recherche d’emploi). « C’est un des risques du chèque alimentaire : créer une aide qui court-circuiterait l’accompagnement social », estime Claude Baland. Il a par ailleurs mis en avant qu’une obligation qui serait faite au bénéficiaire final d’acheter local pourrait poser des problèmes de « pudeur », notamment en zones rurales. Le réseau connaît lui-même des difficultés dans ces régions, où il développe actuellement des dons itinérants. Mais quand le bus arrive dans un hameau, « les rideaux s’ouvrent », a-t-il résumé.

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Augmentation de la demande

Ce projet intervient alors que le réseau des banques alimentaires est en pleine mutation, face à une demande croissante soulevée par les mesures sanitaires. Le nombre des associations auxquelles elle a distribué ses aliments a augmenté de 6 % en un an, passant de 5 300 à 6 000. À la demande des régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie, les banques alimentaires ont commencé à distribuer des aliments directement aux bénéficiaires, alors qu’elles ne passaient jusqu’ici que par l’intermédiaire d’associations. Il s’agissait de répondre à l’explosion des besoins chez les étudiants, à qui quarante-sept banques alimentaires distribuent désormais des denrées en direct.

Ces associations, présentes également lors de l’audition au Sénat, font elles-mêmes état d’une augmentation de la fréquentation. Elles comptent ainsi 30 % de bénéficiaires supplémentaires au Secours populaire en 2020, tout comme aux épiceries solidaires de l’Andes. Les nouveaux publics sont souvent des personnes seules (étudiants, précaires, travailleurs au noir…), mais aussi des familles monoparentales. Ces associations ont bénéficié d’aides conséquentes de l’État en 2020 (fonds européens, plans d’urgence, plan de relance). Mais elles s’interrogent sur leur pérennité. Membre du bureau des Restos du cœur, Yves Merillon rappelle que « la crise précédente, celle de 2008, s’était traduite pour les Restos du cœur par l’arrivée au bout de deux ans de 25 % de personnes en plus ». Pour Louis Cantuel, responsable des relations institutionnelles, « la partie la plus massive risque d’arriver dans les prochaines années ».

70 % des bénéficiaires de l’aide alimentaire disent avoir besoin d’un accompagnement social

+30 % de bénéficiaires au Secours populaire en 2020

L’effondrement de la « ramasse » chamboule le financement des Banques alimentaires

Lors de son audition au Sénat, le président des Banques alimentaires Claude Baland a fait état d’une « baisse brutale de la ramasse », entamée avant la crise sanitaire. La « ramasse », ce sont les produits retirés des rayons mais propres à la consommation, récupérés « à l’arrière des Auchan, Carrefour », a-t-il rappelé. En avril 2020, les volumes collectés nationalement via la ramasse avaient baissé de 47 % sur un an. La raison, expliquent les Banques alimentaires : « Une meilleure gestion des stocks, les grandes surfaces ont toutes ouvert des solderies. Et puis il y a la concurrence d’autres associations et démarches » diverses. Pour le réseau des Banques alimentaires, cette évolution « accentue l’institutionnalisation des dons ». En 2020, 77 % des volumes de denrées données provenaient d’une redistribution, contre 100 % en 2019. Désormais, 23 % des dons proviennent « de fonds européens, de l’État, de mairies » … Dans ce contexte, Claude Baland a profité de cette tribune pour demander une simplification de la procédure de marchés publics de France AgriMer pour l’utilisation des fonds européens. Il assure que « cinq appels d’offres se sont révélés infructueux en 2020 », occasionnant notamment des manques d’huile et de lait.