Près de 8 000 betteraviers européens sont allés exprimer leur mécontentement sous les fenêtres de la Commission européenne. Mais, selon les pays, les délégations n’ont pas les mêmes revendications : les Espagnols et les Italiens s’opposent farouchement au projet de réforme, alors que les Français disent ne pas manifester contre la réforme mais pour la compléter. Pour autant, la CIBE, confédération des betteraviers européens, affiche ses revendications.
«Les planteurs de betteraves européens veulent un avenir » : sous ce slogan, près de 8 000 betteraviers des 21 pays producteurs de l’UE ont manifesté, de façon pacifique, le 18 juillet à Bruxelles au nom des 320 000 planteurs européens. Au même moment, le Conseil agricole de l’UE procédait à son premier échange de vues sur la réforme du secteur du sucre proposée le 22 juin par la Commission.
La proposition de la Commission, « qui coûte à chaque planteur européen l’équivalent de 6 500 euros de recette potentielle et qui détruit 80 sucreries et plus de 150 000 emplois directs et indirects, profite essentiellement au Brésil, au négoce international et aux grandes sociétés de l’agroalimentaire et des boissons », a déclaré Otto von Arnold (Suède), le président de la Cibe, Confédération internationale des betteraviers européens.
« Nous ne manifestons pas contre la réforme mais pour qu’elle soit corrigée et complétée», a nuancé pour sa part, au nom des betteraviers français qui s’étaient déplacés dans la capitale belge, le président de la Confédération nationale des planteurs de betteraves (CGB), Dominique Ducroquet. « Nous refusons que la production européenne de sucre devienne la variable d’ajustement du marché de l’UE, faute de volonté de contrôler les importations et de garder la possibilité d’exporter sur le marché mondial», a-t-il ajouté.
Un petit groupe de producteurs de canne à sucre de pays ACP avait tenu à se joindre à la manifestation européenne. Le projet de réforme du secteur du sucre, qui « frappe aussi très durement » les pays en développement fournisseurs (Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, pays les moins avancés), « n’assure pas l’équilibre du marché européen du sucre, fait disparaître en 2 ou 3 ans 120 000 planteurs de betteraves et affaiblit considérablement les revenus de ceux qui resteront », affirme la (Cibe), organisatrice de la manifestation à Bruxelles.
Les « victimes inconnues de la réforme »
Se présentant comme les « victimes inconnues de la réforme » du secteur du sucre, les entrepreneurs de travaux agricoles, réunis au niveau européen au sein de la Ceettar, estiment que « des dizaines de milliers d’emplois sont menacés et que des milliers d’entreprises de services agricoles seront poussées à la faillite » à cause des mesures préconisées par la Commission de Bruxelles.
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« Dans certains pays, 70 à 90 % du travail dans le secteur sucrier est effectué par ces entreprises et non par les producteurs de sucre proprement dits », rappelle la Ceettar, ajoutant que, « pourtant, ce sont seulement les agriculteurs, les planteurs de betterave ainsi que les usines qui, comme toujours, bénéficieront des compensations proposées » par Bruxelles.
Les entrepreneurs de travaux agricoles demandent donc « une assistance financière pour leur retrait des affaires, comme cela doit être fait pour les raffineries de sucre ».
Manifestations en Allemagne
Quelque 40 000 agriculteurs, betteraviers et salariés allemands de l’industrie du sucre avaient déjà manifesté le 15 juillet dans 50 villes d’Allemagne contre la proposition de réforme du secteur du sucre. « Le projet de l’UE va mettre fin à l’existence de 46 000 betteraviers et menace plus de 26 000 emplois dans l’industrie du sucre et les activités annexes », a averti le président du syndicat de l’industrie alimentaire (NGG), Franz-Josef Möllenberg. Les manifestants ont procédé à un lâcher de 70 000 ballons dont le message s’adressait aussi à la ministre allemande de l’Agriculture, Renate Künast, qui est globalement favorable à la proposition de la Commission européenne. « Ce n’est pas possible de maintenir artificiellement les prix du sucre à un niveau trois fois plus élevé que celui du marché mondial», a-t-elle déclaré au quotidien Netzeitung.
La CPE pour une « régulation cohérente » de la production et des importations
La Coordination paysanne européenne (CPE), la Plate-forme européenne pour la souveraineté alimentaire et le syndicat agricole espagnol Coag (Coordinadora de Organizacion de agricultores y granaderos) ont plaidé le 18 juillet à Bruxelles « pour une autre réforme du régime européen du sucre ».
Ces organisations demandent au Conseil agricole de l’UE de choisir une option qui « maintienne des prix rémunérateurs et une production de sucre durable dans les différents pays européens ». « Une réforme basée exclusivement sur une baisse drastique des prix, comme proposée par la Commission européenne, serait fatale aux producteurs européens », souligne le dossier intitulé Propositions alternatives pour une réforme durable et solidaire du régime sucrier européen auquel la Confédération paysanne a contribué. La réforme doit aussi « réduire la production européenne et mettre fin aux exportations, tout en contingentant l’accès au régime du sucre pour les PMA et les pays ACP ». Une telle réforme bénéficierait aussi aux pays ACP. Par ailleurs, « les producteurs des PMA devraient pouvoir avoir accès au régime du sucre dans les mêmes conditions que celles réservées aux pays ACP », estiment-elles.