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Environnement Les biocarburants bien notés sur les rendements et l’effet de serre

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L’étude très attendue de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) sur les bilans énergétiques et environnementaux des biocarburants de première génération vient de sortir. Les grandes lignes : les biocarburants sont bien notés sur les rendements énergétiques et sur les émissions de gaz à effet de serre, qui sont les deux critères majeurs de durabilité. Ils présentent toutefois des résultats moins bons sur des critères environnementaux comme le potentiel d’eutrophisation des milieux aquatiques.

L’Ademe a rendu publique le 9 octobre son étude sur les bilans énergétiques et environnementaux des biocarburants de première génération. Cette étude compare les résultats des biocarburants « du champ à la roue » à ceux de l’essence et du gazole « du puits à la roue ». En septembre 2008, le Grenelle de l’Environnement avait confié à l’Ademe la mission d’étudier le cycle de vie des biocarburants pour trancher le débat sur leurs bilans énergétiques et environnementaux, rappelle Proléa.

Bilans énergétiques : les biocarburants doublent la mise
Il ressort en premier lieu de cette étude que le critère de rendement énergétique des éthanols et plus encore des esters est favorable : globalement, pour une joule (mesure de l’énergie) investie, les biocarburants en restituent deux. La question du rendement énergétique des biocarburants est justement celle qui a le plus alimenté la polémique, sur le thème « il faut beaucoup de pétrole, sous forme de fertilisants notamment, pour produire des biocarburants ».
Les éthanols ont des rendements de 1,7 en incorporation directe dans l’essence : pour une joule investie, le produit en restitue près de deux après les étapes du champ et de l’usine. L’essence, elle, a un bilan inférieur à un : une joule fossile ne fait ressortir, à la sortie de la raffinerie, que 0,82 joule. Les esters ont des rendements de 2,2 pour le colza, et de 4,2 pour les huiles et graisses usagées.

Vers une production sans énergie fossile
L’étude indique que les rendements énergétiques peuvent encore s’améliorer. « Cet état n’est pas figé », précise-t-elle. En effet, « on assiste à une utilisation plus poussée d’énergie biomasse pour les filières françaises. On peut même imaginer à terme des filières sans consommation d’énergie non renouvelable ».
En second lieu, les biocarburants entraînent des économies d’émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 60 et 80% de ce qui est émis par l’essence et le gazole. L’éthanol de blé réduit de 57,4% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à l’essence. L’éthanol de maïs les réduit de 63,7%, l’éthanol de betterave de 72,9% et l’éthanol de canne à sucre de 77,8%, montre l’étude. Dans la filière du gazole, l’ester de colza réduit les émissions de 60% (par rapport au gazole), l’ester de tournesol de 72,6% et l’ester d’huiles alimentaires usagées de 91,25%, fait apparaître l’étude.
Le point faible des biocarburants en matière d’émissions de GES est le poste « engrais », notamment à travers les protoxydes d’azote émis au champ.
Là où les biocarburants sont parfois moins bons, c’est sur trois autres critères par rapport aux carburants fossiles : deux ayant trait à l’impact sur la santé humaine, et un ayant trait à l’effet sur les milieux aquatiques.
Le premier indicateur sur la santé humaine, le « potentiel d’oxydation photochimique » (1) des esters d’huiles végétales, « semble légèrement plus émetteur de molécules à pouvoir photo-oxydant » que le gazole. En revanche l’éthanol a un effet positif dans les mélanges avec l’essence car il corrige l’effet photo-oxydant des mélanges.
Le « potentiel de toxicité humaine », second indicateur sur la santé, concerne les apports de pesticides et de traces métalliques dans les engrais.
Quant au facteur environnemental, libellé « potentiel d’eutrophisation », l’effet des biocarburants sur les nappes phréatiques, les lacs et les cours d’eau est supérieur en France à celui du pétrole, « ce qui est évident » font remarquer les professionnels dans leur ensemble. Pour être exact, « il faudrait examiner toutes les nuisances de l’extraction pétrolière », note un expert de l’agro-industrie.

Pour les professionnels, l’étude « confirme » les atouts des biocarburants
Aussi bien dans la filière de l’éthanol que dans celle du biodiesel, les professionnels estiment que l’étude « confirme » les atouts des biocarburants.
« Nous ne sommes pas surpris qu’une nouvelle étude indépendante confirme le bon bilan environnemental et énergétique de la filière bioéthanol. Le bioéthanol est définitivement reconnu comme une énergie renouvelable et doit donc, à ce titre, être exempté de la taxe carbone », a déclaré Éric Lainé, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB).
Alain Jeanroy, directeur général de la CGB, s’étonne du « silence du ministère de l’Agriculture et du MEEDDM (ministère de l’Écologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer) » sur cette étude. Un silence « assourdissant sur un sujet autant d’actualité que les biocarburants, et d’autant plus que le bioéthanol est la solution de masse immédiatement disponible pour diminuer les émissions de GES de l’essence ».
Pour Philippe Pinta, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), « les céréaliers accueillent avec intérêt les résultats de l’étude » qui viennent « conforter le caractère renouvelable du bioéthanol issu des céréales ».
Dans la filière du biodiesel, on se félicite que « le bénéfice environnemental du biodiesel » soit « confirmé ». En effet, d’une part cette étude « conclut à un bilan énergétique des biocarburants nettement favorable par rapport aux carburants fossiles ». Et d’autre part « ces résultats satisfont pleinement aux critères de durabilité définis par la directive énergies renouvelables (ENR) de la Commission ». Ces critères imposent au biodiesel de réduire d’au moins 35 % les émissions de CO2 par rapport à un carburant traditionnel, taux qui sera porté à 50 % en 2017.
Les résultats de cette étude « confortent les choix de la filière biodiesel qui a investi plus de 800 millions d’euros depuis 3 ans », explique Philippe Tillous-Borde, directeur général de Sofiprotéol et Président de Diester Industrie.

Réseau Action Climat : une étude « édulcorée et tronquée »
De son côté, le Réseau Action Climat, qui regroupe des ONG comme Les Amis de la Terre, Oxfam France, Greenpeace, affirme que l’Ademe a publié « en catimini une synthèse très édulcorée et largement tronquée » du rapport qui lui a été remis en juin dernier par le bureau BioIS sur les bilans énergétiques et d’émissions de Ges. « Même en sous-évaluant les dépenses énergétiques de plusieurs étapes de fabrication, ce rapport aboutit à des efficacités énergétiques et des réductions d’émissions de Ges pour certaines filières très médiocres », selon Diane Vandaele, chargée de mission au Réseau Action Climat.
Pour Jean-Denis Crola, d’Oxfam France-Agir ici, la promotion des agrocarburants pour assurer la sécurité énergétique dans les pays riches entraîne une ruée vers les terres fertiles d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, « provoquant des catastrophes humaines dans les pays du Sud » : « Les agrocarburants demeurent une fausse solution : en plus d’émettre beaucoup de CO2, leur développement a des conséquences catastrophiques sur les paysans des pays du Sud, qui sont expulsés de leurs terres ».

(1) Oxydation photochimique : phénomène d’oxydation de l’azote atmosphérique sous l’action des rayons du soleil, qui génère de l’ozone.

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