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Les biocarburants de deuxième génération, au seuil de l’industrialisation

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Futurol (programme de développement des biocarburants), qui doit terminer sa pré-industrialisation, est en train de relever le défi de la compétitivité des biocarburants de deuxième génération, a-t-on appris lors d’une table ronde sur la bioéconomie, le 2 octobre.

En moins de dix ans, les biocarburants se sont imposés comme une alternative sérieuse au carburant fossile. La pré-industrialisation des biocarburants de deuxième génération est un succès. « Elle a démarré en juin sur bois. Aujourd’hui, nous travaillons sur la paille. On est très satisfaits des résultats », a affirmé Frédéric Martel, directeur du programme Futurol (démarré en 2008), lors d’une table ronde sur la bioéconomie organisée par l’Afja (journalistes agricoles) à Paris, le 6 octobre. Un des objectifs du programme est de produire des biocarburants de seconde génération (à partir de bois, paille, biodéchets) compétitifs. « Le challenge est remporté. […] Le prix de revient rejoint celui des biocarburants de première génération (produit à partir de cultures alimentaires) », développe Frédéric Martel. Claude Roy, président du club des bioéconomistes, va même plus loin : « A terme, l’éthanol sera moins cher que l’essence ». Ce dernier conclut : « C’est un des programmes (Futurol) qui a le plus de chance de passer à l’industrialisation. »

S’adapter à l’industrie

L’enthousiasme ambiant reste encore dans le cercle des professionnels. Car d’autres défis, au seuil de l’industrialisation, font face au monde des biocarburants. La biomasse (paille, bois, biodéchets) n’est pas toujours adaptée aux attentes des industriels. « La paille est un marché très spéculatif. Les industriels de l’énergie n’aiment pas cela. Ceux des biocarburants devraient être déçus », admet Claude Roy. Néanmoins, Frédéric Martel rappelle que l’objectif est de diversifier au maximum les ressources, justement pour faire face à cette volatilité. L’autre difficulté est aussi de mobiliser la biomasse existante. Christophe Doukhy de Boissoudy, DG de Novamont France, déplore que pour l’heure, une partie de la biomasse ne soit pas valorisée : « Les biodéchets sont brûlés ou mis en décharge… »

Couvrir les territoires

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Le changement d’échelle aussi sera un vrai défi. Pour l’heure, chaque année, le monde produit 2 milliards de litres de carburants dont 50 millions de biocarburants et 0,5 million de seconde génération. Encore dans une niche, le potentiel des biocarburants de seconde génération n’en reste pas moins astronomique. « Nous avons du temps avant d’être important. Autant bien faire les choses », affirme F. Martel. L’approvisionnement en biomasse doit se faire sur un territoire restreint : « Le transport est un coût important. » À long terme, l’idée est donc de mailler le territoire de bioraffineries. Elles seraient ainsi un moteur de la ré-industrialisation du pays. En Italie, c’est déjà le cas. « On y installe les bioraffineries sur d’anciens sites de raffineries », témoigne C. Doukhy de Boissoudy.

Claude Roy : « L’éthanol sera moins cher que l’essence »

La bioéconomie doit donner des garanties aux agriculteurs

Les biocarburants sont un des secteurs de la bioéconomie, qui promeut la décarbonation de l’économie actuelle. Ainsi, les agriculteurs, en tant que producteurs de biomasse, sont la première pierre de ce nouveau modèle. Jusqu’à quand ? La question a été posée aux cadres de la bioéconomie réunis lors d’une table ronde organisée par l’Afja à Paris, le 6 octobre. Claude Roy, président du club des bioéconomistes, a donné des éléments de réponse : « Il faut des mécanismes d’amortissement sinon les agriculteurs vont faire marche arrière ». De fait, quelles garanties existe-t-il pour un agriculteur qui décide de commercialiser sa production pour alimenter la filière des biocarburants ? Claude Roy prend pour exemple le groupe Avril : « Ils se sont organisés ». L’AGPB également, selon lui. « Ces mécanismes doivent être internes au monde agricole », souligne-t-il. L’objectif est de garantir un revenu aux agriculteurs, à l’image des revendications d’autres filières agricoles (lait, viande, etc.)