Qu’ils aiment ou pas les biocarburants, les pétroliers n’ont pas le choix : les carburants issus de la biomasse sont incontournables, a montré un débat organisé le 1er février à Paris par l’Institut français du pétrole.
Dans un exposé très balancé, Michel Bénézit, directeur général du raffinage et du marketing chez Total, a soufflé le chaud et le froid. Vantant la position de leader de son groupe dans le secteur des biocarburants en France, il n’a pu s’empêcher de faire ressortir les aspects négatifs de ces nouveaux types de carburants, lors de son intervention. Les biocarburants font monter les prix de l’alimentation dans les pays pauvres, comme le Mexique (le prix des tortillas a doublé, du fait des grandes quantités de maïs américain utilisées pour la fabrication d’éthanol). En outre, les pétroliers sont « punis » par la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes), lorsqu’ils en incorporent au-dessous des taux prévus par la loi. Enfin, leur développement répond pour une grande part à des considérations électorales et de politique en faveur des agriculteurs.
PSA : « nous sommes prêts à leur généralisation »
Malgré ces propos, il apparaît que les biocarburants s’imposent bon gré mal gré au monde pétrolier, et que celui-ci a bien intégré cet état de fait.
« Les prix du pétrole sont élevés à terme », a indiqué Olivier Appert, président de l’IFP, pour toutes sortes de raisons, notamment politiques, qu’il a résumées sous le terme de « montée du nationalisme pétrolier » de pays comme l’Iran, le Vénézuéla, l’Équateur, la Bolivie et l’Algérie. Dans ce contexte, le monde du pétrole au sens large, c’est-à-dire aussi bien les pétroliers au sens strict (les compagnies pétrolières) que l’IFP et les constructeurs automobiles, préparent l’après-pétrole. Michel Bénézit l’a dit lui-même : il estime que « cela fait partie de notre métier que de préparer l’après-pétrole ».
Les biocarburants « font partie intégrante de la politique de développement durable de PSA», a déclaré Pierre Macaudière, responsable du suivi des carburants chez PSA, avant d’ajouter : « Les biocarburants sont une réponse adaptée, nous sommes prêts à leur généralisation». En Chine, PSA fait rouler des véhicules avec de l’ester d’huile de friture recyclée.
Dans le même esprit, Alice de Brauer, directrice du plan « environnement » chez Renault, a souligné : « Nous nous sommes clairement engagés dans le développement des biocarburants. Les biocarburants sont une des pièces incontournables ».
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Olivier Appert : « Ce serait une erreur d’oublier la première génération »
Le directeur général du raffinage et du marketing chez Total a tenté d’opposer les biocarburants de seconde génération à ceux de première génération, qui ont l’inconvénient de prélever des ressources destinées à l’alimentation, comme le blé, le colza, la betterave, le maïs ou la canne. « Il est dommageable que ce soit la même partie de la plante que tout le monde se dispute. Dans un monde idéal, il serait normal que le grain aille chez le meunier et que la tige du blé soit transformée en éthanol». Total a un projet d’usine en grandeur réelle de biocarburants utilisant la fraction non alimentaire de plantes, a-t-il précisé.
Mais opposer les biocarburants de seconde génération à ceux de première génération n’est pas un argument qui convaint tout le monde, même dans l’univers pétrolier. « Ce serait une erreur d’oublier la première génération », a répondu le président de l’IFP, faisant le parallèle avec le nucléaire. « Certains considèrent qu’il faut arrêter tous les programmes nucléaires de première génération et attendre le nucléaire de quatrième génération, qui est pour les années 2030. En clair, ce sont des anti-nucléaires ».
Michel Bénézit a voulu également opposer l’éthanol de canne à sucre brésilien à l’éthanol de céréales ou de betteraves, produit en Europe ou aux Etats-Unis. « Un litre d’éthanol n’est pas égal à un litre d’éthanol, selon qu’il est fabriqué avec de la canne ou du maïs », a-t-il affirmé.
Olivier Appert a rappelé que l’Inra « émet les doutes les plus sérieux » quant aux vertus de l’éthanol brésilien au regard du développement durable.