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Sommet de l’élevage Les bovins français à l’assaut des pays du Maghreb

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Du port de Sète, des milliers de bovins partent chaque année par cargo en direction des pays du Maghreb. Ces nouveaux marchés n’en restent pas moins à reconquérir en permanence.

«Le contexte du contentieux sur la filière fruits et légumes ne doit pas freiner le développement des synergies entre le nord et le sud de la Méditerranée », a déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA, lors de la 3e édition des rencontres Elevages France Pays méditerranéens, au Sommet de l’élevage à Clermont-Ferrand, le 2 octobre. L’invité d’honneur, la Turquie, a rappelé ses besoins, en termes de génétique notamment. « Nous avons une grande diversité en races ovines. En races bovines, c’est beaucoup moins le cas», explique Irfan Daskiran, responsable du secteur de l’élevage au ministère de l’Agriculture turc. L’amélioration génétique et le renouvellement du cheptel bovin sont une préoccupation majeure pour les éleveurs des pays du Maghreb. En Algérie, les importateurs achètent des génisses laitières pleines aux éleveurs français. « Ils achètent des petites génisses qui pendant trois ans sont élevées en France. Lorsqu’elles sont pleines, elles transitent au port de Sète en direction de l’Algérie », raconte Simon Nozière, responsable du secteur bovins laitiers du CER (Centre d’économie rurale) du Cantal. Le courant est encore « marginal », mais il semble précurseur de marchés en plein développement.
Si l’élevage laitier est plus développé que l’élevage bovin allaitant dans le sud de la Méditerranée, les besoins en viande bovine sont en pleine croissance. Pour faire face à la demande de la population, les pays du Maghreb ont deux stratégies : développer l’engraissement via l’importation d’animaux maigres et améliorer les qualités bouchères de leurs animaux laitiers en important des génisses laitières.
 
Offre française diversifiée
Historiquement, les animaux dits « maigres » destinés à être engraissés sont envoyés vers l’Italie et l’Espagne. Huit broutards sur dix traversent la frontière alpine chaque année. Mais depuis quelques années, un léger décrochage de la demande italienne a mis la puce à l’oreille des exportateurs français, d’autant que les marchés du Maghreb sont demandeurs. Les races françaises les plus demandées sont les charolaises et les limousines. 45% des animaux maigres en partance pour les pays tiers viennent du Massif Central. Jean-Marc Chaumet, responsable de projet au département Economie de l’Institut de l’élevage a rappelé qu’en races à viandes, les charolaises représentent 39% des naissances françaises et les limousines 25%. Au-delà de ces races pures, les animaux croisés représentent 16% des naissances du troupeau allaitant français. Les animaux maigres sont disponibles toute l’année et cela est en partie lié à la diversité des races et à la saisonnalité des vélages. Entre diversité et disponibilité de l’offre, la France est le deuxième exportateur mondial d’animaux maigres.
Ils ne sont pas les seuls à transiter par le port de Sète. En termes de génétique, les envois de génisses vont aussi bon train. Toufik Kouadi, un importateur algérien, achète depuis 1999 des génisses laitières françaises. Ses besoins annuels sont de 2 000 têtes. « Il en a importé 800 depuis janvier 2013 », explique UbiFrance, chargé de mettre en relation les parties prenantes de ces échanges commerciaux. L’idée est de renouveler et d’améliorer la génétique du cheptel.
 
Abandonner la culture du « lourd »
Reste que ces nouveaux débouchés doivent être conquis en permanence face à la concurrence. Sur le marché de la génétique, les éleveurs français se retrouvent face à l’Uruguay qui envoie, notamment, des taureaux vers la Turquie. En outre, l’offre française ne répond pas encore totalement aux attentes des pays du Maghreb sur le marché du maigre. « Nos broutards sont adaptés au marché italien. Mais une adaptation de l’offre est nécessaire pour les opportunités de marché sur le pourtour méditerranéen », a appuyé Emma Sanne, chef de projet système d’élevage à l’Institut de l’élevage, le 2 octobre. Pour Simon Nozière, l’heure est au « changement des mentalités ». En France, la culture du « lourd » ne correspond pas à la demande d’animaux plus légers des pays du Maghreb. Il précise qu’il s’agit surtout « d’élargir la gamme d’animaux » élevés dans les exploitations françaises pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs que ce soit, d’ailleurs, à l’export ou sur le marché national.

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