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BIÈRE/SYNDICAT Les brasseurs indépendants font sécession

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Ne se reconnaissant plus dans les instances des Brasseurs de France, le seul syndicat professionnel existant, quelque 200 brasseurs indépendants ont voté à l'unanimité le 8 avril la constitution d'une fédération syndicale plus représentative. Les statuts devraient être déposés au plus tard le 1er juillet.

Auparavant réunis au sein du syndicat des Brasseurs de France, 200 brasseurs indépendants viennent de décider de lancer une fédération syndicale représentative. Le putsch qui couvait depuis des mois s'est concrétisé le 8 avril, lors du Salon du Brasseur à Saint-Nicolas-de-Port (Lorraine) où « 200 brasseurs ont adopté à main levée et à l'unanimité cette fédération », indique le communiqué du 13 avril, qui souligne que 400 brasseurs s'étaient déjà exprimés en faveur de cette fédération via un sondage en ligne. Sa mission : défendre les intérêts des brasseurs indépendants auprès des pouvoirs publics, coordonner des actions régionales, travailler sur le statut propre au brasseur artisan, développer un label pour promouvoir l'image de la bière artisanale française, travailler sur l'étiquetage des bières et la transparence vis-à-vis des consommateurs, proposer une veille et un service juridique...

UN SYNDICAT PLUS REPRÉSENTATIF

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Jean-François Drouin, des Brasseurs de Lorraine et membre du comité provisoire chargé de la mise en place de ce nouveau syndicat professionnel, explique la genèse de ce mouvement. « Pendant trois ans, en tant que représentant des brasseurs artisanaux au sein du directoire des Brasseurs de France, j'ai demandé que l'on travaille sur les statuts des artisans brasseurs, il ne s'est rien passé. » Pire, au début de l'année, Heineken a annoncé se positionner sur le marché en pleine ébullition des bières artisanales, pour relancer sa marque Mort Subite. C'en était trop pour Jean-François Drouin qui a démissionné du puissant syndicat le 18 février. Reconnaissant le travail qui a pu être fait sur certains aspects par Brasseurs de France au fil des années, Jean-François Drouin déplore également le peu d'attention qui était donnée aux brasseurs indépendants, dont les modes de fabrication, autant que les intérêts économiques, n'ont rien à voir avec ceux des grands groupes industriels, bien représentés chez Brasseurs de France. « Nous voulions bâtir quelque chose qui nous ressemble et qui nous rassemble », insiste Jean-François Drouin. En effet, « si plus de 90% des ventes de bière en France sont réalisées par six brasseurs industriels (Carlsberg, Heineken, Inbev, Méteor, Karlsbrau et Champigneul), les 800 indépendants représentent eux 98% des brasseurs français », indique Jean-François Drouin. Autre élément de crispation entre petits et gros brasseurs, le fait qu'ABInBev, numéro un mondial de la bière siège parmi les membres des Brasseurs de France alors qu'il ne dispose d'aucun site de production dans l'hexagone... Cette future Fédération nationale des brasseurs indépendants a promis de se doter de statuts au plus tard le 1er juillet, mais « les choses pourraient aller plus "vite », selon Jean-François Drouin.