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Syndicalisme majoritaire Les candidats président testés à l’oral

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À l’issue de son congrès de Brest, le 30 mars, la FNSEA avait proposé au Caf, conseil qui réunit les deux syndicats (FNSEA, JA), l’APCA (chambres d’agriculture) et le mutualisme (Coopération, Crédit agricole et Groupama) d’inviter les candidats à la présidentielle. Objectif : venir présenter leur programme concernant l’agriculture et répondre aux questions de l’assemblée. Sept candidats ont répondu positivement et se sont livrés à cet exercice. Dix minutes d’exposé, un peu plus pour répondre aux questions de la salle et à celles des ténors professionnels, Christiane Lambert (FNSEA), Jérémy Decerle (JA), Michel Prugue (Mutualisme) et Claude Cochonneau (APCA). Comme pour un débat télévisé, les spectateurs furent intéressés et attentifs mais peu auront sans doute trouvé matière à changer leur vote.

François Fillon : « la France ingrate vis-à-vis de son agriculture »

« La France est ingrate vis-à-vis de son agriculture » reconnaissait d’emblée François Fillon vantant les capacités d’adaptation et de modernisation des agriculteurs malheureusement mal payés de retour. L’ancien premier ministre insistait d’ailleurs sur « la caricature qu’en font les médias et les marchands de peur », se faisant applaudir lorsqu’il regrettait que « la parole de ceux qui vous représentent soit au même niveau que les élucubrations des autres ». François Fillon insistait tout au long de sa prestation sur le fait que les exploitants sont des entrepreneurs et doivent être considérés comme tels. Par exemple en étant éligibles au crédit impôt recherche disait-il. Il s’engageait à faire adopter une ordonnance pour supprimer toutes les normes rajoutées aux normes européennes, à augmenter de deux points le taux de TVA en réduisant les charges sociales, à promouvoir une « politique ambitieuse de stockage d’eau, à instituer un compte aléas permettant d’épargner hors impôts des sommes utilisables par une exploitation lorsque les temps sont plus durs ; François Fillon promettait de faire en sorte que le budget européen pour l’agriculture soit conservé, cette Pac étant destinée à gérer les risques et à soutenir les investissements. L’ancien premier ministre stigmatisait « la faiblesse de la position française à Bruxelles » et promettait d’y envoyer le prochain ministre de l’agriculture avec un vrai projet français pour la Pac. Il s’attirait bon nombre d’applaudissements en annonçant la suppression du compte pénibilité s’il était élu. Enfin, il se disait partisan d’une suppression des droits de succession si l’exploitation restait au sein de la famille. Autres applaudissements lorsqu’il résumait en s’engageant à « mettre fin au dogme des prix bas et à promouvoir la liberté d’entreprendre en agriculture ».

Emmanuel Macron pour le « juste prix » payé aux agriculteurs

Temps fort de la présentation du candidat Emanuel Macron, celui du « juste prix payé aux agriculteurs ». L’ancien ministre de l’économie a insisté longuement sur sa volonté d’assurer un redressement de ce prix. Par un Grenelle de l’alimentation dans un premier temps, Grenelle dont il a défini le principe d’une rencontre générale, devant des agriculteurs murmurant contre un événement qui ne leur laissa pas de bons souvenirs. Faute d’accord de ce Grenelle réunissant distributeurs, industriels et agriculteurs, Emmanuel Macron se dit prêt à légiférer et notamment à changer la LME (Loi de modernisation de l’économie) qui encadre aujourd’hui les négociations commerciales. Adepte d’un meilleur partage de la valeur, il promet de faire évoluer le droit, notamment européen pour mieux reconnaître les contrats de filière et encourager les organisations de producteurs. Il a même, en réponse à une question, évoqué l’hypothèse, au cas où des contrats de filière ne fonctionneraient pas, d’un retour à des prix administrés à partir des coûts de production agricole.

Deuxième axe de ses engagements, Emanuel Macron a rappelé son plan d’investissement de 5 milliards d’euros pour la modernisation des exploitations, le doublement des aides environnementales et le prêt d’honneur sans intérêt accordé à tout jeune qui s’installe en suivant le parcours d’installation. Pour améliorer la compétitivité des exploitations celles-ci profiteraient aussi de la baisse des charges grâce à la fiscalisation de certaines charges sociales. Enfin, plaidant pour une Europe « qui accompagne et protège davantage » il a promis qu’il mettrait fin à la surtransposition des directives européennes, bataillerait en faveur d’harmonisations sociales et fiscales des pays de l’UE. Il s’attira une salve d’applaudissements en promettant que le ministère de l’agriculture et de l’alimentation continuerait d’exister en dépit de la réduction du nombre de ministres à 15.

Marine Le Pen veut que les agriculteurs français décident pour eux-mêmes

La candidate du Front national s’est appuyée sur l’exemple, selon elle réussi, de la Grande-Bretagne, pour tenter de convaincre les congressistes des bénéfices d’une sortie de l’UE ; elle en a relativisé le coût, vantant par exemple une amélioration de la balance commerciale britannique depuis le référendum sur le Brexit. Fidèle au programme frontiste, Marine Le Pen continue de proposer, sous le slogan de « patriotisme alimentaire », une politique agricole « renationalisée », fustigeant une PAC « qui s’est écartée de la vision des français », qui a successivement glissé vers le libre-échange, puis vers « la politique de l’offre » et aurait vu son budget réduit année après année. « Nous devons être capables de nous protéger de ceux qui en Europe et en dehors ne respectent pas nos règles », a lancé la candidate nationaliste.
En dehors de son caractère « patriotique », le contenu de cette « PAF » reste vague, et verse parfois dans le corporatisme ; pour Marine Le Pen, les agriculteurs sont « plus légitimes que les technocrates européens pour décider » de la politique agricole à mener. Aussi promet-elle que « chaque filière doit être libre de décider pour elle-même la façon dont elle veut être soutenue ». Elle promet toutefois une intervention forte de l’État dans les négociations commerciales. Elle se fera même applaudir par les congressistes en déclarant que « c’est au politique de défendre le pouvoir d’achat des Français et pas à Michel-Edouard Leclerc », sans annoncer toutefois de mesure précise. Elle promettra ensuite une retraite minimum portée à 1 000 euros, une baisse des charges pour les TPE et PME, une suppression des droits de succession, et se positionnera contre la TVA sociale.

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Chambres d'agriculture France
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François Asselineau veut sortir d’une UE qui prône « l’agriculture productiviste »

L’autre « candidat du Frexit » - le seul selon lui - a fait de son discours devant les agriculteurs de la FNSEA une longue critique souverainiste des traités européens dont il regrette qu’ils confient « à la commission européenne le pouvoir de proposer les grandes orientations de la PAC », et dont il estime qu’ils prônent une « augmentation constante de la productivité ». Adversaire d’un « productivisme » qui ne serait pas français, il vise en particulier « l’article 39 » qui dirige, selon lui, l’Europe vers « le modèle des plaines de l’Oklahoma » et la France vers « quarante mille agriculteurs d’ici une quinzaine d’années ». « La demande des Français pour une agriculture raisonnée entre, selon François Asselineau, en choc frontal avec les traités qui prônent une agriculture productiviste ». Il a enfin fustigé le rachat d’exploitations viticoles de prestige par des fonds étrangers, ou le récent rachat de terres agricoles par des intérêts chinois.
Sur le plan commercial, il souhaite « n’autoriser les produits importés que lorsque l’on ne peut pas les produire en France ». Questionné par Christiane Lambert sur les conséquences de la sortie du marché commun pour l’agriculture française qui « dégage 10 milliards d’euros d’excédent commercial notamment vers l’Union européenne », il a répondu, à l’instar de ce qu’a défendu Marine Le Pen, que « sortir de l’Union européenne ne veut pas dire se refermer sur soi » et prôné les effets positifs d’une dévaluation compétitive sur la balance commerciale. Dépassant difficilement l’horizon du souverainisme, il a proposé d’utiliser le solde de contributeur net de la France au budget européen, pour « protéger l’agriculture familiale, en rétablissant certaines protections ».

Nicolas Dupont-Aignan veut des prix garantis et des quotas, ou la sortie de la PAC

À la différence de François Asselineau et Marine Le Pen, le candidat de Debout la France a expliqué, devant les congressistes qu’il souhaitait « donner une dernière chance à l’Europe » : « Soit nous retrouvons l’esprit de la PAC, soit nous partons. C’est la seule menace qui les fera évoluer ». Nicolas Dupont-Aignan a donc exposé ses conditions au maintien de la politique agricole commune en France : « la préférence communautaire, la mise en place de prix garantis, la restauration des quotas laitiers », le refus des accords de libre-échange et l’abrogation de la directive sur les travailleurs détachés. La marge de négociation est donc mince pour éviter la sortie de la PAC. Dans le scénario d’une PAF, Nicolas Dupont-Aignan souhaite « récupérer l’excédent français pour financer les retraites ». Il promet par ailleurs d’« assainir la dette de nos exploitations », de construire « un fonds de relocalisation » pour aider les entreprises à relocaliser leurs activités en France. Et, allant plus loin que François Fillon dans la baisse des charges, il propose sans ambages de « supprimer les cotisations sociales des agriculteurs et de les remplacer par une petite taxe sur la distribution ». Tout comme François Fillon et Emmanuel Macron, il est favorable à une baisse de l’impôt sur les sociétés. Mais à rebours de l’orientation de la FNSEA, il se dit favorable au principe de précaution « quand on n’a pas de recul » et défavorable « pour la recherche ».

Jean Lassalle veut faire de la campagne « une grande cause nationale »

Comme François Fillon, Jean Lassalle a été chaleureusement applaudi, sûrement avec un peu de légèreté, pour avoir apporté une note lyrique sur l’agriculture française dans son accent rocailleux inimitable. Présentant peu de mesures précises, le candidat centriste des Pyrénées Atlantiques, fils de berger, a surtout voulu se positionner comme le représentant de la ruralité et des agriculteurs, dont il estime faire partie intégrante : « Je suis des vôtres », « je ressens ce que vous ressentez », a-t-il lancé aux agriculteurs, après avoir salué « ses frères » en introduction de son discours, quitte à faire sourire. Parmi les mesures annoncées, Jean Lassalle a promis de faire de la « campagne de France, une grande cause nationale », de « reconstruire une administration bienveillante […] qui vous aide à monter des dossiers », de lever « des contraintes dont notre pays n’a pas besoin » et d’organiser dans les écoles une « visite mensuelle » dans une exploitation agricole ou chez un artisan. Sur la question européenne, il ne souhaite pas organiser de Frexit, « car la France n’a pas besoin de violence supplémentaire », mais il a annoncé qu’il demanderait à l’Europe « de récupérer une partie de ce que je donne (sic) ». Ce qui a marqué le discours de Jean Lassalle, ce sont surtout ses élans lyriques ; il a partagé avec les congressistes « le frisson de voir sa première culture, de la première pousse », sa volonté que les agriculteurs « retrouvent la fierté d’accomplir le premier métier du monde » dans le « plus bel espace du monde » et qu’ils retrouvent « leur tradition quasi charnelle avec la terre ».

Jacques Cheminade veut organiser un « moratoire de la dette des agriculteurs »

Le candidat de Solidarité et progrès, Jacques Cheminade, a inscrit l’agriculture dans ce qui constitue sa grille de lecture principale, « sortir de la pression financière à court terme » ; pour lui, « les répercussions de la soumission à la finance ont été dures pour l’agriculture ». Pour sortir de cette situation, il souhaite créer une grande banque publique, afin de pouvoir réinvestir et « mener une politique d’innovation sans complexe ». Il souhaite également faire du numérique un secteur public, pour lutter contre les déserts numériques. Dans le secteur agricole, il souhaite organiser un « moratoire de la dette des agriculteurs », et investir « 10 milliards d’euros pour nos agriculteurs, le double de monsieur Macron ». Plus original, il a vanté le travail des Maisons familiales rurales (MFR), dont il a loué « l’humanité » du travail ; d’ailleurs dans son schéma de banque publique nationale qu’il souhaiterait créer, il imagine « un lien fort de sa branche agricole avec les MFR ». Pêle-mêle, il s’est ensuite dit favorable aux mesures suivantes : soutenir les drones en agriculture, améliorer les réserves défiscalisées, ne pas bloquer les nouvelles biotechnologies (édition de gènes, mutagénèse etc.), associer l’Inra aux semenciers, développer la recherche, les interactions entre les sols et les champignons, lever les sanctions envers la Russie.