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Perspectives Les céréales profitent du « boom asiatique »

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L’Asie produit 50% des céréales mondiales mais reste un importateur majeur. En effet, 40% des céréales importées dans le monde le sont par le continent asiatique. Une croissance forte de la démographie et de l’économie tire la demande de cette zone. Si les Amériques profitent de cette opportunité de marché, l’Europe semble difficilement accéder à ces débouchés. Le Vieux continent est davantage tourné sur l’Afrique du nord, le Proche-Orient et sur son marché intérieur. Cependant, la croissance de ces zones est moins prometteuse qu’en Asie.

« La zone du monde où la progression de la demande en grande culture est la plus forte est l’Asie, et notamment l’Inde et la Chine », explique Sébastien Poncelet, consultant analyste en matières premières chez Agritel. L’Amérique du nord et du sud sont les premiers exportateurs de grandes cultures dans le monde en cumulant 45% des exportations mondiales de céréales et 84% des exportations d’oléagineux en 2010 selon l’Agence des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). De son côté, l’Union européenne voit sa part stagner en ce qui concerne les exportations de céréales à 26% et à 10% pour les oléagineux.

L’Asie consommera plus que l’Afrique

La croissance démographique au Maghreb et au Proche-Orient est, certes, porteuse pour les débouchés des grandes cultures européennes, mais Sébastien Poncelet explique que l’Asie cumule croissance démographique et économique. Ainsi, le changement de régime alimentaire lié à l’élévation du niveau de vie en Asie devrait engendrer une hausse de la consommation de viande et continuer à démultiplier la demande en céréales de la zone. Au Maghreb et au Proche-Orient le niveau de vie est plutôt stable et ne permet pas à des millions de personnes de changer radicalement de régime alimentaire. Pour Sébastien Poncelet, en Asie la consommation quotidienne de viande se fait souvent sur le lieu de travail, dans les cantines, et cela augmente l’inélasticité de la demande. « Lorsque l’on quitte la monotonie alimentaire du bol de riz quotidien, il est difficile de faire marche arrière », explique-t-il. Pour le moment, les Amériques sont les principaux bénéficiaires de ce « boom asiatique » en raison d’un accès logistique facilité à la zone via l’océan Pacifique. Pour preuve, les flux de produits agricoles exportés depuis les principaux exportateurs américains vers le Japon et la Chine totalisaient 62,3 milliards de dollars en 2011, lorsque l’Europe des 27 atteignait 18,8 milliards d’euros. Si les Etats-Unis restent prédominants sur les échanges agricoles mondiaux, l’Amérique du sud gagne des parts de marché en représentant en 2010 13% des exportations mondiales de céréales, contre 9% en 2000. La progression de l’Amérique du sud est encore plus forte sur les oléagineux, passant de 27% des exportations mondiales en 2000, à 38% en 2010.

L’Europe mise à l’écart du commerce agricole mondial

Réalisant les trois quarts de ses échanges agricoles en interne, les parts de marché de l’Europe, hors zone euro, stagnent sur les produits agricoles. De plus, elle ne dispose pas des réservoirs de productivité dont jouissent l’Amérique du sud ou la mer Noire, Russie et Ukraine en tête. Cette capacité à produire sur toujours plus de nouvelles surfaces de façon extensive permet d’améliorer la compétitivité des productions de ces nouveaux champions de l’agriculture mondiale. D’ailleurs, la mer Noire vient concurrencer l’Europe sur ses débouchés céréaliers à l’export, notamment en Afrique du nord, mais aussi sur son marché intérieur. Si la création de valeur ajoutée peut être la solution pour se différencier à l’export et accéder aux marchés lointains en limitant l’effet des coûts de frets sur les marges, en céréales « le marché asiatique n’est pas prêt », selon Sébastien Poncelet. « La Chine importe des graines de soja pour les transformer chez elle, avec de nombreuses usines de trituration sur la côte Pacifique, tournées vers les Amériques », souligne-t-il. Une situation que confirme Philippe Chalmin, économiste et historien, en indiquant que, « historiquement les pays importateurs se dotent d’outils de transformation, comme des moulins, et importent des commodités ».

Le premier importateur mondial de céréales reste l’Afrique

En ne considérant que les céréales, hors oléagineux, l’Asie est plus autonome et l’Afrique apparaît comme structurellement déficitaire. Ainsi, selon les chiffres de la FAO, le continent africain représentait 20% des importations mondiales de céréales en 2010. Si ce marché aux portes de l’Europe est une opportunité pour les céréales de l’Union, celle-ci importe autant de céréales que l’Afrique. La péninsule ibérique importe notamment une large part de son maïs depuis l’Amérique du sud, et la mer Noire vient aussi jouer sur le marché intracommunautaire des céréales. « Une situation favorisée par des taux de fret particulièrement bas au niveau mondial en raison d’une surcapacité des transports maritimes », explique Philippe Chalmin. Il indique d’ailleurs qu’aux niveaux de prix actuels sur les marchés mondiaux des céréales, l’Europe est compétitive pour exporter, même sur des destinations lointaines, pourtant elle n’y arrive pas, ou de façon très ponctuelle. Pour Sébastien Poncelet, « l’Union européenne (UE) n’affiche pas la volonté politique de produire plus pour exporter, contrairement à ses concurrents ». Selon lui, dans un marché ouvert, le manque de compétitivité peut déstructurer les productions locales par des importations en provenance de zones compétitives. « La solution pour l’UE peut être de travailler sur la qualité pour répondre à des demandes sur des marchés de niches », indique Sébastien Poncelet. Mais il souligne qu’elle doit aussi cultiver une proximité commercial avec le bassin méditerranéen, via des exportations de grains notamment, afin d’y conserver une stabilité géopolitique et d’éviter des flux migratoires qui pourraient déstabiliser la zone euro.

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