Des prix plus volatils, une demande plus importante pour la consommation, moins d’outils de régulation en Europe… Les céréaliers affrontent depuis deux ans un nouveau contexte de marché. Ils vont devoir s’y habituer. C’est ce qu’ont conclu, en substance, les experts invités, le 21 janvier, dans le cadre du Sommet du végétal, à Strasbourg.
Les prix des céréales seront-ils durablement plus élevés qu’avant ou vont-ils descendre sous les niveaux de l’intervention ? Pour les experts invités le 21 janvier à Strasbourg dans le cadre de la table ronde sur les « perspectives pour les grandes cultures françaises » organisée lors du Sommet du végétal, il faut garder un peu d’optimisme malgré les incertitudes. Au moins une chose est claire : « Il va falloir nourrir demain sept milliards d’habitants, a rappelé Sylvie Brunel, professeur de géographie à La Sorbonne. Ces personnes seront de moins en moins dans les campagnes et les utilisations agricoles non alimentaires vont se multiplier ». Pour la géographe, « la sécurité alimentaire, demain, ce seront les échanges ».
Multiplier la production par deux en deux générations
La production agricole mondiale va donc devoir s’ajuster pour répondre à ces nouveaux besoins. Des zones tempérées comme l’Europe auront un rôle important à jouer. Pour Philippe Chalmin, professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, il faudra « être capable dans deux générations de multiplier par deux la production à surface constante ». De quoi tirer les prix vers le haut. « Nous avons vécu trop longtemps dans une illusion d’abondance », a-t-il souligné. Ce contexte de tension à long terme justifie, selon lui, une baisse des prix moins forte en céréales et en oléagineux que dans d’autres productions, malgré une récolte record. Et pour l’expert, « ce n’est pas un hasard si les marchés agricoles sont la seule catégorie d’actifs à laquelle les financiers et d’autres continuent de s’intéresser ».
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Le marché à terme amplifie la volatilité
Il n’empêche. Le paysage a changé. « Aujourd’hui, nous devons gérer la volatilité partout, dans le fret, dans les prix agricoles, les monnaies…,a remarqué Bernard Sargis, directeur général d’Epis-Centre. Nous sommes dans un univers de plus en plus incertain ». De fait, l’augmentation de la volatilité fait consensus au sein des experts, comme l’a rappelé Philippe Chalmin. Et le phénomène va s’accentuer avec le développement du marché à terme. « Toutes les études montrent que ce marché amplifie la volatilité quotidienne mais que les extrêmes sont plus marqués lorsqu’il n’y en a pas », a pour sa part précisé le professeur. Pour Bernard Sargis, les agriculteurs doivent s’armer : « Vous, producteurs, vous ne ferez plus l’économie d’une formation économique approfondie », a-t-il lancé à la salle.
Une Pac qui doit orienter plutôt que compenser
Cette nouvelle réalité de marché ne doit pas, selon Jean-Pierre Langlois Berthelot, président de France export céréales, occulter la nécessité d’une régulation. « Nous avons aussi besoin d’une politique agricole », a-t-il souligné. Car personne n’est à même d’anticiper l’évolution des prix, et le marché à terme ne peut pas suffire pour se couvrir contre les baisses de cours. Sauf que, pour Philippe Chalmin, défendre en Europe une politique fondée sur la garantie des prix constituerait une erreur stratégique et politique. « Si on veut sauver la politique agricole en 2013, il faut davantage aller vers une politique d’orientation et de compensation », plus efficace qu’un « illusoire filet de sécurité », a-t-il affirmé.