Réduction des droits de douane, suppression à terme des subventions à l’exportation… les grandes lignes d’un accord à l’OMC sont connnues. Encore fallait-il peser les conséquences, secteur par secteur, des négociations en cours dans le cadre du dycle de Doha. C’est ce qu’a fait l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) pour sa session semestrielle qui s’est tenue à Paris les 20 et 21 juin. A quelques jours d’une nouvelle réunion à Genève (du 29 juin au 2 juillet), les chambres consulaires ont aussi invité le ministre de l’agriculture pour « sonder » la capacité de résistance du gouvernement français et de l’Union européenne. « M. Mandelson n’a plus de marge de flexibilité », a-t-il répondu à Luc Guyau, président de l’APCA, voulant dire qu’il n’était pas question d’accepter de céder un iota de plus à Genève.
Tous les secteurs agricoles ne seront pas touchés de la même manière par un accord éventuel à l’OMC. C’est notamment ce que montrait une analyse conduite par Daniel Bigou, chargé des questions internationales à l’APCA. Selon l’importance des droits de douane de l’Europe, selon, les différentiels de prix dans le monde, selon la nature de l’accord éventuel et les stratégies des pays exportateurs, les secteurs agricoles seront plus ou moins sensibles à la conclusion du cycle de Doha.
Viande bovine : 25% de la consommation importée
Exemple, la viande bovine. Ce secteur cumule deux aspects qui le rendent très sensible, expliquait en substance Pierre Chevallier, président de la Fédération bovine devant les présidents des chambres d’agriculture : le différentiel de prix entre l’UE et l’Amérique du Sud est très élevé (de 1 à 3 euros par kilo vif) et les droits de douane sont également importants. Or, le projet d’accord prévoit que plus les droits de douane son élevés et plus ils seront abaissés. D’où le risque évident : on ira vers 1,3 million de tonnes importées, des découpes désossées surtout (soit 25% de la consommation européenne), voire 2 milllions de tonnes prévoit Pierre Chevallier. Et de conclure : « Les résultats de l’OMC préfigureront la physionomie de la viande bovine en Europe. » Et la France, dans ce contexte, risque bien d’en payer le prix fort, étant le principal pays producteur. D’où l’idée de demander le classement en produit sensible, c’est-à-dire échappant à la baisse douanière de principe mais avec un contingent à droit réduit.
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Précaution pour les produits sensibles
Les autres domaines agricoles seront, avec des intensités diverses, également touchés. En production ovine, la question est de savoir si les systèmes de contingents sous lesquels nous appprovisionnent les grands pays producteurs seront maintenus. Pour le porc, la protection européenne actuelle repose sur des normes de qualité sanitaire, la protection douanière étant déjà très faible. Avec des droits de douane déjà faibles, la volaille demeure un produit vulnérable compte tenu de l’agressivité commerciale des deux grands pays producteurs, Brésil et Thaïlande. Pour les produits laitiers, ce sont surtout les matières grasses qui seraient touchés par un accord, de même que, dans les fruits, les pommes ou dans les grande cultures, les céréales de qualité moyenne (blé, orge, maïs). Mais les producteurs de céréales y sont réticents à demander un classement en produits sensibles. Cette catégorie est d’ailleurs à considérer avec précaution : un contingent à faible droit peut être aussi dévastateur sur les prix intérieurs européens qu’une baisse moyenne des droits de douane.
Mauvais accord quel qu’il soit
Les portes de sortie, en cas d’accord à l’OMC, sont donc très étroites. « Quel que soit l’accord, celui-ci risque fort d’être mauvais », concluait Luc Guyau en accueillant le ministre de l’Agriculture. En réponse, Dominique Bussereau s’est voulu rassurant. Selon lui, l’Union européenne n’a plus de marge de flexibilité. « L’UE est aux limites de son mandat», disait-il. Sa crainte, comme celle des professionnels est que les États-Unis fassent « une avancée cosmétique », que le négociateur de l’UE Peter Mandelson en profite pour demander une rediscussion de son mandat et une nouvelle position qui permette un accord. C’est pourquoi les ministres français comptent être particulièrement vigilants, notamment lors des conseils européenns qui se réuniront chaque jour à Genève. Il a aussi garanti qu’un échec global à l’OMC remettrait en cause les avancées accordées à Hong Kong sur la suppression à terme des subventions à l’export. « Ce qui a été décidé sur les restitutions ne se fera que si des efforts parallèles des autres membres sont effectivement constatés », a-t-il dit.