D’après les chiffres publiés par Agreste début mai, la France aurait produit 15 755 tonnes de miel en 2019. Certains acteurs de la filière, comme l’Unaf, avaient pourtant annoncé dès l’automne « la plus mauvaise récolte des annales », avec 9 000 tonnes.
Le chiffre officiel est tombé début mai : selon Agreste, l’organisme de statistique du ministère de l’Agriculture, la France aurait produit 15 755 tonnes de miel en 2019. Un chiffre loin des 9 000 tonnes qui avaient été annoncées à l’automne par l’Unaf, avant d’être repris par de nombreux médias, dont le nôtre.
Pour Henri Clément, porte-parole du syndicat, l’estimation officielle ne change rien : « Malheureusement, ça ne correspond pas à la réalité », déplore-t-il. Maintenant l’estimation de son syndicat, il n’hésite pas à dénoncer les méthodes d’évaluation du ministère de l’Agriculture. « Ils font des sondages auprès des apiculteurs, avec des moyennes, sans prendre en compte des ruches qui ne produisent pas », détaille Henri Clément.
Les chiffres de son syndicat, précise-t-il, sont basés sur une enquête auprès des 20 000 adhérents, l’avis des conditionneurs, et les chiffres des importations. « En 2018 c’était pareil, on avait sorti entre 18 000 et 20 000 tonnes, et eux avaient sorti 28 000 tonnes », souligne Henri Clément.
L’interprofession tempère
L’interprofession du miel, Interapi, retient de son côté le chiffre officiel, soit « une année moyenne-basse par rapport à ces dix dernières années », selon Éric Lelong, son président. Il appelle de son côté à adapter les indicateurs utilisés pour juger les récoltes aux nouvelles contraintes du secteur.
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« On ne peut pas comparer les productions actuelles à celles des années 1980, ou 1990. Il y a de moins en moins de colza et de tournesol, ce qui a une grande influence sur les miellées de printemps. Et beaucoup d’apiculteurs vont chercher les miels monofloraux, plus complexes, ce qui entraîne des volumes réduits », analyse le président d’Interapi.
Pourquoi les cours n’ont-ils pas permis de valider l’estimation de l’Unaf, ou celle du ministère ? Déçus par des prix en baisse, les producteurs ont de plus en plus recours au stockage, explique Éric Lelong, mais l’ampleur du phénomène demeure inconnue. « On ne sait pas quel est le volume stocké : 5 000, 10 000 t ? Nous espérons lancer une enquête sur le sujet au sein de l’interprofession », prévoit Éric Lelong.
Les chantiers prioritaires, précise-t-il, demeurent l’augmentation de la production, et sa valorisation, face à la concurrence de l’Amérique du Sud. « Ce n’est pas qu’une problématique pour les apiculteurs eux-mêmes. Si on ne nous achète pas notre miel au juste prix, les ruches françaises disparaîtront, et ce ne seront pas les abeilles mexicaines ou argentines qui viendront polliniser les vergers et les champs français », insiste Éric Lelong.
« On ne sait pas quel est le volume stocké »