Avec une progression de 15% par an, le marché français des compléments alimentaires est dans une phase très dynamique et n’a pas encore fini de croître. Plusieurs facteurs devraient permettre en effet au secteur de continuer dans cette voie et ainsi de dépasser les 800 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2005 : en premier lieu l’évolution de la législation française, qui suite à l’application d’une directive européenne de 2002 va mettre les fabricants français sur un pied d’égalité avec leurs concurrents européens. D’autre part, une large frange de la population hexagonale reste encore à conquérir, puisque seulement 20% des Français consomment ce genre de produits et que le taux de pénétration du secteur reste encore assez faible.
Quelque 15% de croissance par an ; une taille qui a doublé en moins de cinq ans… Le moins que l’on puisse dire, c’est que le marché des compléments alimentaires se porte bien dans l’Hexagone. Et comparé aux 10,3 milliards d’euros du marché européen ou aux 34,5 milliards d’euros du marché mondial, les 800 millions d’euros du marché hexagonal laissent espérer de belles perspectives de croissance. Positionnés sur le créneau minceur, santé ou encore tonicité, les fabricants de ces produits devraient bénéficier encore d’une conjoncture favorable. Leur secteur, composé en majeur partie de PME, devrait être en effet « assaini » par l’application de la réglementation européenne.
La directive 2002/46/CE enfin appliquée
Deux ans après avoir été promulguée par Bruxelles, la directive 2002/46/CE « relative au rapprochement des législations des Etats membres concernant les compléments alimentaires » devrait enfin être appliquée. Jusqu’alors, « la France ne disposait pas de réglementation spécifique mais d’une sorte de doctrine administrative qui relevait de différents textes », affirme Jacques Karlsson, secrétaire général du syndicat national des fabricants en produits diététiques, naturels et compléments alimentaires (Synadiet). « Sous l’égide d’un décret datant de 1912, la notion de liste positive prédominait », régie par le principe du « tout ce qui n’est pas autorisé est interdit, à l’inverse des pays anglo-saxons » explique-t-il. La législation française, dans une logique de protection de la santé du consommateur, était ainsi décriée par la profession comme une entrave à la libre concurrence entre les producteurs européens, à la défaveur des français, bridés dans leurs recherches de nouvelles formulations.
Le décret qui vient de recevoir l’aval du Conseil d’Etat et qui est en cours de validation auprès de la Commission européenne devrait « prévoir des procédures simplifiées pour obtenir l’autorisation sur le sol français de produits ou substances déjà autorisées par un Etat membre de l’Union », selon Jacques Karlsson. Une harmonisation européenne va dorénavant mettre les produits français à égalité avec leurs homologues européens. Cette nouvelle réglementation plus précise et plus pointue, définit clairement la nature des compléments alimentaires et « va permettre de gommer une image négative donnée parfois par la presse», affirme Céline Grivet, chef de produit chez Oenobiol, un des leaders du secteur avec 40 millions de chiffre d’affaires, dont 90% réalisés dans l’Hexagone. « L’application de cette directive européenne va limiter l’entrée de produits sur le marché, dont les propriétés devront être justifiées », selon elle.
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Des consommateurs à convaincre
La récente condamnation de Max Rombi par le tribunal correctionnel de Nice a pu effectivement ternir l’image santé des compléments alimentaires. Poursuivi pour homicides involontaires, le fondateur et ex-Pdg d’Arkopharma, leader français du secteur avec 22,7% de parts de marché, a écopé d’une peine de prison avec sursis et d’amendes pour avoir vendu sous forme de gélules des produits importés à bases de racines de plantes chinoises, qui consommés dans le cadre d’un régime, auraient entraîné la mort de deux femmes.
Si la firme de Carros (Alpes-maritimes) a fait appel du jugement, « le niveau des ventes des produits à base de plante pourrait tout de même finir par être impacté », estime Xavier Benoist, directeur commercial de Bio Serae (5 millions d’euros de chiffre d’affaires), laboratoire basé à Bram, dans l’Aude, et fournisseur d’ingrédients d’origine naturelle. Mais l’image des compléments alimentaires reste de toute façon encore à façonner. « Le développement du marché va de pair avec le recrutement de nouveaux consommateurs », indique Céline Grivet. 20% seulement des Français consomment en effet des compléments alimentaires (dont deux fois plus de femmes) selon une étude Sofres de 2004. Oenobiol, numéro trois du secteur, n’atteint qu’un taux de pénétration de 17% dans son cœur de cible, les femmes de plus de 20 ans. Une large frange de la population reste donc à convertir. Et « la consommation pourrait être boostée par l’évolution des régimes de sécurité sociale, les Français se tournant petit à petit vers l’automédication » pronostique Xavier Benoist.
Concentration à venir
Très atomisé, ce marché qui compterait 200 producteurs selon Synadiet devrait être amené à terme à ce concentrer. « Même s’il y a encore de la place à prendre sur le marché français, on observe déjà certains regroupements, et un mouvement de concentration est inévitable », constate Jacques Karlsson. « Ce phénomène est déjà très fort aux Etats-Unis, où le marché est mature, mais viendra plus tard en France », analyse pour sa part Xavier Benoist. « Il y aura des alliances, mais pour l’instant, les acteurs sont dans une phase de capitalisation : il s’agit de faire appel au marché pour accroître son assise financière et sa force de vente et de se développer sur les Eldorados asiatiques », conclut-il.