Agacé par les critiques sur la qualité des miels, le Syndicat français des miels (conditionneurs) demande une analyse pour tous les miels mis en marché. Une proposition décriée par les producteurs, alors qu’un nouveau décret sur l’étiquetage est attendu pour la fin octobre.
Ajouts de miels, ou origines incertaines : agacés par le dernier livre de la directrice de Foodwatch Ingrid Krag et de récentes interventions sur la télévision publique, les conditionneurs de miel veulent mettre un terme à la crise de confiance sur leur produit. « Ce n’est pas parce qu’un miel est chinois qu’il est de mauvaise qualité, pas plus qu’un miel français n’est forcément de bonne qualité », résume David Besacier, président du Syndicat français des miels (SFM, conditionneurs).
Depuis 2019, c’est toujours le même rapport de la DGCCRF qui agite les débats dans la filière. Régulièrement citée dans les médias, l’étude avait montré que 43 % des miels commercialisés en France présentaient des anomalies, dont les trois quarts étaient dus à l’étiquetage. La fréquence d’anomalie, estimée à 22 % chez les grossistes et 10 % en GMS, s’élevait en revanche à 48 % chez les apiculteurs. « En tant que conditionneurs, nous dépensons beaucoup d’argent en analyses pour nous assurer que les miels que nous achetons ne sont pas adultérés. Pourquoi serions-nous les seuls acteurs à faire cet effort ? », s’interroge David Besacier.
Un marché structurellement déficitaire
Comme le rappelle David Besacier, la demande française, de l’ordre de 45 000 tonnes par an, ne peut être couverte par la production hexagonale, qui représente à peine la moitié de ce volume. « En France, la plupart de la production est constituée de miels de grandes cultures, colza ou tournesol. Mais nous recherchons aussi des miels d’oranger, de citronnier, et des volumes importants de miels d’acacia, de thym, ou de châtaignier, que les conditions climatiques ne nous permettent pas forcément de trouver localement », détaille David Besacier.
Face à cette dépendance aux exportations de Chine, ou d’Europe de l’Est, les grands conditionneurs ont peu à peu mis en place des contrôles stricts. Les fûts de miel sont analysés par les fournisseurs, mais également par les conditionneurs eux-mêmes à l’arrivée en France dans des laboratoires indépendants. « Dans mon entreprise, nous retournons rarement les lots. La plupart du temps, les anomalies sont liées à l’inadéquation entre la commande et les pollens retrouvés dans le miel, et nous nous arrangeons avec l’exportateur », détaille David Besacier.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Sur les miels français, souligne-t-il, « les retours sont plus fréquents, car nous réalisons les premiers contrôles nous-mêmes ». Des problèmes que les producteurs pourraient résoudre en se structurant en coopératives notamment, pour mutualiser les coûts d’analyse. Si la DGCCRF, dans son rapport de 2019, avait reconnu que les anomalies étaient les plus nombreuses chez les apiculteurs vendant directement leur production, elle avait cependant recommandé de relativiser cette observation. « Une fraude réalisée par un opérateur industriel aura un impact nettement plus important, puisque 73 % des volumes de miels sont distribués via des circuits longs », souligne le document.
Mécontentement des producteurs
Le Syndicat national d’apiculture (SNA), par la voix de son président Franck Alétru, refuse pour l’heure les contrôles systématiques de tous les miels, estimant que la proposition « est une façon de détourner les regards, et de mettre le doute sur les petits apiculteurs ».
Reconnaissant les efforts des conditionneurs sur les contrôles, il prévient : « De nombreux acteurs continuent de multiplier les stratégies pour faire rentrer du miel frauduleux en France ». Issus du riz, du maïs ou du blé, la variété des sucres faciliterait aujourd’hui d’après lui la créativité des fraudeurs, et le contournement des garde-fous mis en place par la répression des fraudes comme par les conditionneurs. « Les efforts devraient plutôt se concentrer dans les pays exportateurs », tranche Franck Alétru.
Le SFM aurait présenté ses propositions au sein de l’interprofession, ainsi qu’auprès du ministère, sans réponse pour l’heure. Autant de discussions qui interviennent alors que le décret issu d’Egalim imposant la mention de l’ensemble des origines sur les pots de miel devrait être publié courant octobre. Une nouvelle réglementation que les conditionneurs avaient critiquée, et qui pourrait aboutir selon David Besacier à une « concurrence déloyale » si elle n’est pas mise en œuvre dans toute l’Europe.