Pacifica, filiale d'assurance dommages du Crédit agricole, a livré à Agra Presse les contours de son produit d'assurance fourrages (prairies permanentes, temporaires, estives, légumineuses), déjà testé auprès de 200 agriculteurs en 2013, et qui pourrait, selon la volonté des pouvoirs publics et des professionnels, être commercialisé dès la campagne fourragère de 2016 ou 2017.
Cela fait cinq ans que l'assureur travaille à un produit d'assurance fourrages fonctionnel, depuis qu'en 2009 le ministère de l'agriculture a lancé un appel à projets sur le sujet à l'occasion du bilan de santé de la PAC. Aujourd'hui, après l'avoir testé en 2013 auprès de 200 agriculteurs français, Pacifica s'estime assez au point pour présenter les contours de cette nouvelle assurance destinée aux éleveurs.
Le produit développé par Pacifica couvre la production des prairies à hauteur de son coût de substitution. En cas de sécheresse par exemple, l'assureur assure le coût des aliments qu'il faudrait acheter à l'extérieur pour remplacer ceux qui auraient été apportés par les prairies. Il couvre ainsi les prairies permanentes, temporaires, estives, légumineuses, mais pas le maïs fourrager ni la betterave fourragère qui sont déjà inclus dans l'assurance récolte.
Une prime comprise entre 15 et 30 €/ha lors des essaisLe montant de la cotisation par hectare dépend du niveau des capitaux assurés et des franchises choisies. L'agriculteur peut faire varier le capital couvert, comme c'est le cas en assurance grêle, et le niveau de franchise, de 10 à 40 %. Certaines exploitations font déjà de la couverture elles-mêmes en prévoyant – à divers degrés – des surfaces supplémentaires en cas de coups durs. Les agriculteurs n'ont pas attendus les assureurs pour se couvrir. « Chez certains éleveurs, un cinquième de la production est utilisée pour couvrir le risque », assure Bruno Lepoivre, en charge du développement de ce produit chez Pacifica.
En 2013, le produit était en phase de test auprès de 200 agriculteurs de toute la France. Ils ont assuré leurs prairies pour un capital compris entre 600 et 1000 €/ha, et pour une prime (nette des 65 % de subventions à l'assurance récolte) comprise entre 15 et 30 €/ha. Une des originalités du produit, c'est que l'indemnité n'est pas évaluée par un expert dans chaque exploitation mais sur la base d'un indice de pousse communal évalué par satellite.
Mesure des pertes par satelliteIl s'agit d'une assurance indicielle, à l'inverse d'une assurance indemnitaire qui nécessite une expertise dans chaque exploitation. Pour évaluer les pertes de rendements, le Crédit agricole a créé, en collaboration avec Airbus (Spotimage), un indice satellitaire, l'Indice de production fourragère (IPF). Cet indice fonctionne avec la technologie fCover, déjà utilisée pour l'application Farmstar, familière des céréaliers.
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Une technologie qui mesure la biomasse, plus précisément la fraction de couvert vert, et dispose d'un historique remontant à 2003. Ainsi Pacifica utilise des images satellites qui lui permettent de disposer de références de pousses des prairies pour toutes les communes d'élevage en France. Dans le détail, fCover collecte des photos carrées de 6 km par 6 km, composées de pixels de 300 m par 300 m. Un logiciel retire les pixels qui ne sont pas principalement constitués des prairies, et établit un indice de rendement des prairies pour chacune des 36 000 communes françaises.
Ni intervention d'expert, ni déclaration de sinistreSouscrit avant le 31 janvier, le contrat couvre la période de production entre le 31 janvier et le 31 octobre. L'indemnisation se déclenche si la perte de rendement (la baisse des indices pondérés de ses surfaces dans chaque commune) dépasse le niveau de franchise demandé par l'assuré (de 10 à 40 %). Pas d'intervention d'expert, ni de déclaration de sinistre. L'indemnité est calculée au 31 octobre comme suit : indemnité = capital total assuré * (taux de perte mesuré (somme des taux de pertes dans chaque commune – franchise) A tout moment, l'agriculteur peut consulter son contrat, sur un site internet. « Nous voulons en faire un vrai outil de gestion. L'agriculteur va pouvoir anticiper », souhaite Bruno Lepoivre.
Durant la phase de test, l'assureur a compté six cas de réclamation. Deux portaient sur l'indemnisation de couts supplémentaires de récolte, notamment en cas d'inondation. Dans ce cas, le satellite n'a pas mesuré de baisse de rendement, mais l'agriculteur était dans l'incapacité d'entrer dans la parcelle. Le test grandeur nature a été reconduit en 2014. Pacifica se dit prêt techniquement à sortir le produit, mais l'assureur attend l'aval des pouvoirs publics pour deux raisons. D'abord pour que les éleveurs puissent bénéficier, comme les producteurs en grandes cultures et viticulture, d'une prise en charge partielle de leurs primes d'assurance.
Ensuite parce que le ministère de l'Agriculture cherche à élargir le déploiement des assurances récoltes, encore insuffisamment utilisées par les agriculteurs. Pour cela, il veut mettre en place un contrat socle, moins couteux. Au lieu de prendre en compte les prix historiques de vente de l'exploitation, on prendrait en compte le coût de production. L'assurance fourrage pourrait s'intégrer dans ce projet. Un grand chantier s'annonce en septembre qui associera la profession agricole, les assureurs et l'Etat.