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Monde Les coopératives argentines se lancent dans l’éthanol pour valoriser leur maïs

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L’investissement des coop argentines dans une usine d’éthanol illustre l’industrialisation en cours d’un secteur encore tourné vers l’exportation de graines non transformées. Entretien exclusif avec Daniel Bertone, directeur général de l’Association argentine de coopératives (ACA).

Le mot d’ordre en Argentine est « la création de valeur ajoutée sur place ». La devise du gouvernement de Cristina F. Kirchner est aussi celle du secteur privé. Un objectif qui se situe dans un contexte de disputes politico-financières autour de la rente des exportations agricoles. Aussi, coopératives et entreprises investissent dans la production de biocarburants pour transformer le soja et le maïs sur leur lieu d’origine. Le cas d’ACA illustre la tendance.
ACA regroupe 160 coopératives de Buenos Aires, Santa Fe, La Pampa, Córdoba et Entre Ríos, et négocie environ dix millions de tonnes de graines par an soit une position de leader dans le pays. Elle s’est lancée récemment dans l’élevage de porc et la fabrication d’éthanol de maïs. Son directeur général, Daniel Bertone, explique pourquoi.

– L’Argentine est devenue depuis peu le premier producteur mondial de biodiesel de soja, pourquoi avez-vous choisi de parier sur l’éthanol de maïs ?
D’une part, nous ne disposons pas d’usine de trituration de soja. D’autre part, nous croyons que l’éthanol de maïs a un grand avenir en Argentine qui est le deuxième exportateur mondial de cette céréale. Notre volonté est de transformer le maïs et le sorgho de nos associés sur place au lieu de les exporter en grains. Nous sommes le troisième du pays à avoir investi dans une usine d’éthanol de maïs. Elle est en cours de construction, à Villa María, dans la province de Córdoba, une région céréalière et d’élevage laitier. Elle sera approvisionnée par 63 coopératives et transformera 380 000 t de maïs par an, soit 145 000 mètres cube d’éthanol et 145 000 t de grains distillés pour l’alimentation animale. Deux soucis majeurs qui sont l’approvisionnement de la matière première et la vente du sous-produit seront résolus grâce à l’implication de ces coopératives de premier niveau qui ont elles-mêmes apporté 40% de cet investissement total de 60 millions d’euros.

– Hormis la production de biocarburant, avez-vous d’autres projets agro-industriels ?
Parallèlement, nous avons aussi investi 18 millions d’euros dans un élevage de porc industriel qui accueille 1 300 truies, à Villa Mercedes, dans la province de San Luis. Cette unité est la deuxième du genre en Argentine. Elle pourrait accueillir 5 000 truies d’ici cinq ans. Notre pays importe du Brésil des volumes considérables de pulpes pour les porcs. C’est insensé, vu notre production nationale de soja et maïs.

– Votre cœur d’activité est l’exportation de matières premières agricoles. Quelles sont-elles et d’où sont-elles expédiées vers l’étranger ?
Pour l’heure, nous exportons le tiers des récoltes qu’on nous confie : du blé, du maïs, du soja, du sorgho, du riz, des farines et de l’huile de soja fabriquées à façon, du miel et des fruits. Nous disposons de deux installations portuaires à San Lorenzo, en amont du fleuve Paraná, et à Quequén, sur la façade atlantique, au sud de Buenos Aires. Généralement, le soja s’exporte depuis San Lorenzo, tandis que le blé et l’orge partent de Quequén.

– Quel bilan tirez-vous de la récolte de blé qui vient de s’achever en Argentine ?
La moisson a été médiocre. Cette année, nous n’exporterons pas de blé en Égypte, ni au Maroc ni en Algérie. Le Brésil captera tout notre excédent. La distance qui nous sépare de l’Afrique et l’absence de droits de douane sur le blé au sein du Mercosur explique cette situation. À présent, nous nous attendons à une grand récolte de soja. En céréales comme en protéagineux, notre futur est en Asie avec les achats de soja de la Chine et ceux de l’Inde, qui est également preneuse de nos pois.

– Quel est la faiblesse de la filière grandes cultures en Argentine?
Le fret routier. À cause de son coût croissant, l’Argentine fait face à un problème de viabilité économique des productions. Le fret pèse de plus en plus dans le total des charges. Nous avons les sols, le climat et la technologie pour produire non pas 100 millions de tonnes de graines comme actuellement, mais 150 millions dès 2020. Le problème ne sera pas de les produire mais les transporter jusqu’aux ports à un prix raisonnable. D’où l’importance de valoriser le maïs cultivé à Córdoba et San Luis, qui sont deux grandes provinces agricoles éloignées de la côte. »

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