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Lait Les coopératives grossissent et lorgnent vers l’Asie

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Un phénomène de rapprochement a lieu entre les coopératives laitières françaises pour se positionner sur le marché mondial et profiter de la demande de poudre de lait chinoise.

Sodiaal qui se rapproche de 3A, Terra Lacta du privé Bongrain, Eurial d’Agrial, VPM de Coop’alliance : il y a du mouvement dans le secteur coopératif laitier français. Et tous les yeux sont tournés vers l’Asie, à l’image d’Isigny Sainte-Mère ou de Sodiaal qui se sont associées avec des entreprises chinoises, construisant en France des usines destinées à les fournir en poudre de lait infantile.
Damien Lacombe, secrétaire général de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) et président délégué de Sodiaal, explique ces mouvements par deux éléments : « Il y a un phénomène nouveau, qui est l’ouverture des marchés internationaux, avec l’appel des marchés émergents et notamment de l’Asie, qui offre des opportunités et un potentiel de marchés très valorisants pour nos adhérents », explique t-il. Et avec la fin des quotas laitiers, « il y a un raisonnement nouveau, avec la gestion des volumes et des prix par les coopératives ». Dans ce contexte, « une coopérative de taille internationale peut aller sur les marchés valorisants », développe l’éleveur. D’où les rapprochements des coopératives pour atteindre une taille critique. Ces nouveaux débouchés « offrent une capacité d’arbitrages entre les différents métiers et produits », et permettent de s’affranchir d’une trop grande dépendance à la grande distribution, auprès de laquelle les hausses de prix sont toujours difficiles à obtenir. Et si le marché mondial est volatil, « on doit être clair avec les adhérents sur les risques, mais la volatilité est autant à l’interieur que sur les marchés internationaux », argumente Damien Lacombe, qui ajoute que « dans les supermarchés chinois, on trouve du lait à 2 euros, alors qu’en France il est à 60 centimes ».
 
Impliquer les adhérents-coopérateurs
Ce mouvement de concentration inquiète la Confédération paysanne : « Dans ces très grosses structures, les cadres dirigeants risquent d’avoir un poids beaucoup plus important que les adhérents », craint Laurent Leray, responsable élevage.
Damien Lacombe pense au contraire que la sortie des quotas va resserrer les liens entre adhérents et coopérative. « 30 ans de quotas laitiers ont bridé les relations entre les coopérateurs et leur coopérative. La gestion des volumes et des prix revient dans le giron des coopératives : pour nous, c’est une véritable opportunité pour retisser le lien avec les adhérents. Il faut permettre à nos associés d’avoir une vision exacte du marché, que ce soit pour des appels de volume qu’on ira valoriser à l’export ou pour des arbitrages », développe-t-il. Mais les relations ne sont pas toujours apaisées avec les éleveurs, qui ont parfois du mal à comprendre la politique de leur coopérative. Ce sont par exemple les coopératives, plus que les privés, qui ont rechigné à appliquer la hausse du prix du lait préconisée par le médiateur, en avril. « Il faut remettre en avant la rémunération complète des coopérateurs et pas uniquement le prix du lait. Il faut aussi regarder les investissements que fait la coopérative pour sécuriser le revenu à long terme », réponds Damien Lacombe.
Pour Jérôme Chapon, vice-président des Jeunes agriculteurs, ces mouvements de coopératives semblent positifs, « à la seule condition que ça profite aux coopérateurs à tous les échelons ». Mais pour lui, « la taille n’a pas d’impact en termes de gouvernance, tout dépend de la volonté des coopérateurs et de l’équipe dirigeante ». Il préconise de « mettre en place des assemblées de section et de secteur pour que tous les coopérateurs puissent prendre part aux décisions économiques et stratégiques de leur entreprise ».
Laurent Leray n’est pas convaincu de l’intérêt pour le revenu des éleveurs. « Les coopératives sont dans une logique de collecter le maximum de lait, mais leur souci n’est pas le prix du lait. Produire plus, ça se fait par une restructuration permanente, par l’agrandissement des exploitations et la disparition de nombreux producteurs de lait ». En plus des producteurs de lait, les salariés disparaissent aussi. Terra Lacta a annoncé la suppression de 237 postes et la fermeture de l’usine de Mareuil-sur-Lay (Vendée), alors que Candia va fermer trois usines et supprimer 302 emplois.

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