Pas question d'accepter des négociations commerciales annuelles qui seraient tripartites, distributeurs, industriels et producteurs. Tel est le message fort qu'a voulu lancer le président de la fédération des coopératives laitières (FNCL), Dominique Chargé, en clôture de son assemblée générale le 21 avril.
S'il y avait un message fort que Dominique Chargé voulait transmettre à ses invités et aux membres de la fédération des coopératives laitières, c'est le refus des négociations commerciales tripartites. Tout en voulant défendre les prix payés aux producteurs de lait, le patron des coop laitières estime « dangereuse » l'idée d'avoir des négociations commerciales annuelles à trois, c'est-à-dire d'introduire les éleveurs, d'une manière ou d'une autre, dans les négociations entre distributeurs et industriels. Ou encore, d'intégrer le prix du produit agricole dans les conditions générales de vente. « Ces propositions sont dangereuses et aberrantes, tant pour le modèle coopératif que pour l'acte économique lui-même », insiste Dominique Chargé.
ARBITRAGES IMPOSSIBLES
Ce que craint Dominique Chargé, si le prix payé aux agriculteurs se décide dans ces réunions tripartites, c'est de rendre impossible pour les coopératives, et leur conseil d'administration en particulier, des arbitrages entre court terme et long terme, entre tels prix pour tels marchés. Arbitrages qu'il estime indispensables pour maximiser les prix payés aux éleveurs. En somme, de transformer la coopérative en une institution neutre, sans liberté de mettre en place une stratégie qui implique des différences selon les produits. Poussant la logique au bout, le président de la FNCL craint en fait que ce système n'accentue la mainmise des grandes surfaces sur les transformateurs. Attendons en tout cas, expliquait Dominique Chargé, l'audit demandé par Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie, sur l'application de la LME, la loi qui régit notamment les rapports entre distributeurs et fournisseurs.
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STRATÉGIES INNOVANTES
Tout le contenu de l'assemblée générale de la FNCL montrait à quel point les coopératives laitières ne doivent pas perdre leur autonomie afin de continuer de mener des stratégies souples et audacieuses. D'une part, les marchés sont en profonde mutation, expliquait Céline Laisney, une experte des tendances de la consommation. Les produits bio, par exemple, connaissent un développement qui ne se cantonne pas aux seuls pays occidentaux. Les aliments santé restent aussi un marché qui continue de croître. De même que les alternatives aux produits laitiers. Autre mutation, celle de la distribution, bouleversée par les nouvelles formes numériques, conciliant marchés de masse et proximité. Une distribution qui intègre de plus en plus des notions de service et qui n'est pas sans poser des problèmes de logistique. La table ronde de la matinée réunissait des professionnels qui montraient à quel point les coopératives développaient des stratégies nouvelles. Thierry Blandinières (InVivo) décrivait ses investissements dans la distribution avec son enseigne Frais d'Ici. Qui l'amènera sans doute à développer une « place de marché » internet pour la région parisienne ; Christian Couilleau (groupe Even) montrait la portée du développement de sa coopérative dans la distribution vers la restauration hors domicile ; Guillaume Fortin, directeur général de France Frais, montrait comment ce ténor de la distribution à destination du petit commerce avait été développé par les Maîtres laitiers du Cotentin. Autant d'investissements de nature à améliorer les résultats des coopératives qui ensuite doivent remonter auprès des adhérents, expliquait Christian Couilleau. De quoijustifier le plaidoyer de Dominique Chargé pour une réelle autonomie de gestion pour les coopératives et leurs conseils d'administration.