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Journée laitière des Jeunes Agriculteurs Les coopératives laitières sur le grill

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Les Jeunes Agriculteurs ont organisé une journée nationale laitière, le 29 novembre, intitulée « Génération 2016 ». Les invités : les représentants des entreprises privées et coopératives sans oublier tous les syndicats agricoles. Les thèmes de discussion : la stratégie des entreprises face aux évolutions des marchés ; la gouvernance de la filière ainsi que l’organisation collective des producteurs. Les coopératives ont été la cible de l’incompréhension voire des critiques des participants quant à leur stratégie et leur gouvernance alors qu’au même moment se tenait le congrès de Coop de France.

«On ne doit pas être des consommateurs de coopératives mais des acteurs ! », a lancé Patrick Ramet, de la FNPL, lors de la journée nationale des Jeunes agriculteurs consacrée au secteur laitier. « Etre coopérateur, c’est un engagement supplémentaire », a-t-il ajouté. Ce responsable syndical l’avoue : « Avec le temps, les relations se sont tendues avec la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) ». « La différenciation des volumes et des prix (défendue par la FNCL : ndlr) » n’est pas un sujet « tabou », mais « il faut respecter certains principes, dont les accords interprofessionnels », explique-t-il.
Pour Patrick Ramet, « il faut exiger une transparence sur les volumes, mais c’est aussi une illusion : on ne pourra pas exiger une transparence totale des entreprises ». L’idée est d’appliquer aux volumes ce que l’interprofession fait en publiant des tendances de marchés jugés représentatifs et pertinents dans la composition du prix du lait payé aux producteurs. « On ne discute pas assez de ce sujet avec les coopératives », constate-t-il. Tout en admettant que les producteurs « doivent être force de propositions » face à des coopératives « en retard de restructuration et d’investissement ».

Retour sur investissement

« Moi, je ne vois pas beaucoup de retour de dividendes dans les coopératives », souligne Daniel Condat, président de l’OPL (Coordination rurale). « Si un producteur agricole va à sa coopérative pour sécuriser son approvisionnement, il en est aussi actionnaire », explique Patrick Ramet. « Il devrait être exigeant quant au résultat de sa coopérative ». « Je côtoie des coopérateurs qui me disent qu’ils ne savent pas grand-chose », insiste Daniel Condat. Même constat pour Yves Sauvaget de la Confédération paysanne. « Vu les dimensions qu’atteignent les coopératives, les paysans ont du mal à s’y retrouver », constate-t-il. « Dans certaines régions, on n’est pas coopérateur par choix mais parce qu’il n’y a pas d’autres alternatives », souligne-t-il. « Il faut que la place des producteurs dans les coopératives réapparaissent », insiste-t-il « Lorsqu’on évoque 720 millions d’euros de plus-value chez Yoplait, il y a des choses que je ne m’explique pas », lance Daniel Condat. « J’en traduis qu’il faut un rapport de force entre les producteurs et les coopératives comme avec les entreprises privées », conclut le syndicaliste. Gilbert Keromnes, de la coopérative Laïta, constate que « beaucoup d’adhérents ne viennent pas aux réunions d’informations organisées pour les producteurs ». « Chez Laïta, on sort d’une série de réunion avec les producteurs, d’assemblées générales de section, de réunions intermédiaires », précise-t-il. « Est-ce que vous avez 40 % de participation à vos AG syndicales ? », questionne Damien Lacombe de Sodiaal.

Rétablir le lien

Suite à cette journée, les Jeunes agriculteurs ont établi des « priorités de travail », notamment celle de « la gouvernance des coopératives ». « Il faut rétablir le lien entre les coopérateurs et la coopérative », soulignent les Jeunes agriculteurs. Le syndicat « sera force de proposition auprès de la FNPL et de la FNCL pour lancer une nouvelle dynamique entre les producteurs et leurs coopératives, et faire en sorte que les coopératives s’insèrent pleinement dans la construction des politiques de bassins ». A ce sujet, Henri Hedouin, d’Agrial, voit mal une « coopérative qui est une organisation de producteurs adhérer à une organisation de producteurs transversale de bassin ». Le débat ne fait que commencer. Dominique Brinbaum, conseillère spéciale à la direction générale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires a précisé que depuis le 1er avril 2011, 750 000 tonnes de quota ont été redistribuées dont 90 000 tonnes dans le cadre du fonds Jeunes agriculteurs, suite aux décisions des conférences de bassin.
Alors que la fin des quotas approche, « on entend parler d’un afflux de lait phénoménal », raconte Damien Lacombe, de Sodiaal. Les producteurs français échapperont à partir de 2015 au carcan des quotas de production. « On n’a pas de chiffres aussi importants. Cet afflux de lait sera moins important que celui attendu », prévient-il. Du côté des entreprises privées, le président du groupement Danone Bailleul prédit qu’« il ne se passera rien en 2015 ». Mais il appelle les éleveurs à prendre leur destin en main. « Nous, les producteurs de base, nous ne devons pas vivre ce que les producteurs de porcs ont vécu en 30 ans ! ».

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