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Crise viticole Les coopératives se veulent force de proposition

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Réunis le 28 février dernier, les Vignerons coopérateurs de France (CCVF) se sont mis d’accord sur des mesures à soumettre au gouvernement. Dans un rapport rendu au Premier ministre, la CCVF estime que la distillation devrait être rendue obligatoire à hauteur de 4 millions d’hectolitres – moitié pour les AOC, moitié pour les vins de table et de pays. Ses membres sont tombés également unanimement d’accord sur l’urgence de simplifier l’offre de vins français, en organisant la production en trois blocs distincts (AOC, grandes marques et production à destination de l’industrie) et sur la nécessité de structurer le marché en créant des organisations régionales fortes, chapeautées par un arbitre national.

Alors que l’horizon ne s’éclaircit guère pour les viticulteurs, les Vignerons coopérateurs de France (CCVF) se font force de propositions. Réunis le 28 février dernier, leurs représentants ont mis sur le papier une série de mesures à prendre pour « changer fondamentalement de système viticole et engager une réforme lourde de la filière », explique Denis Verdier, président de l’organisation. « Mis à part quelques exceptions comme les chablis ou les champagnes, chaque vigneron perd de 500 à 1 000 euros par hectare… cela ne peut plus durer », s’insurge-t-il. Et comme les « réformes structurelles sont longues à mettre en œuvre», il s’agit avant toute chose d’assainir le marché. « Puisque chacun attend que le voisin “y aille le premier”, il faut obtenir de Bruxelles que la distillation soit rendue obligatoire dans les bassins », affirme Denis Verdier, qui précise que « le million d’hectolitres de bordeaux a été évoqué». Les volumes à distiller sont en effet estimés à 4 millions : 2 millions de vins de table et de vins de pays, et 2 millions d’appellations d’origine contrôlée (AOC). Vouloir distiller certes, mais « à un prix valorisé », ajoute le dirigeant, soit « entre 3,5 et 4 euros le degré par hectolitres ».

Au chapitre des mesures conjoncturelles, la CCVF juge également que les sommes déjà mises en jeu devraient inciter à l’arrachage – même s’il ne s’agit pas d’ « être la variable d’ajustement du commerce mondial», comme le précise Denis Verdier. La confédération réclame également une poursuite du dispositif d’aides engagé : reconduction du plan Bussereau 2005 et un allègement des charges d’exploitation.

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Segmenter l’offre

Mais pour sortir de la crise, il faut s’adapter au marché et « changer fondamentalement la donne». « Nous avons 450 AOC et 150 vins de pays. Nos produits sont tellement compliqués que personne n’y comprend quelque chose ! », reconnaît Denis Verdier. Pour simplifier l’offre, les Vignerons coopérateurs avancent de nouveau l’idée d’une refonte des vins français en trois blocs distincts : des AOC « revues et corrigées », des vins qui s’inscrivent « dans une réelle démarche marketing », selon le dirigeant, disposant de marques fortes et d’une souplesse qui puissent faciliter la mise en marché, et enfin, un espace de production « à caractère industriel », dédié au moût concentré rectifié. « Il ne doit pas y avoir de honte à tenter de gagner des parts sur ce marché avec des parcelles qui n’ont pas vocation à faire de l’AOC », explique Denis Verdier.

Organiser le marché

« Au-delà de la segmentation de l’offre, il faut penser à la régulation du marché», poursuit-il. Son organisation prône ainsi la création de « Comités de bassin » qui gèreraient et équilibreraient la production au niveau régional. Un tel découpage prend forme actuellement, autour des préfectures. Le tout chapeauté par un organe national, « instance de coordination et de gestion de la filière », disposant d’un observatoire, qui puisse être un lieu d’arbitrage et éviter toute guerre rangée entre les régions. Enfin, la CCVF veut fédérer les forces françaises. Avec ses 900 caves coopératives, le tissu industriel hexagonal est en effet loin de pouvoir rivaliser avec les grands groupes internationaux. « On paye les pots cassés d’une politique qui n’a pas vu venir la concurrence internationale», constate Denis Verdier. L’organisation appelle donc de ses vœux la création de « leaders capables d’exporter» et d’un négoce mieux structuré. A l’instar de la filière viticole, les vignerons coopératifs en restent donc au débat d’idée, qui ne sont pas toutes inédites. Ou moins se sont–ils mis d’accord, puisque ce rapport remis au Premier ministre ainsi qu’à Dominique Bussereau, a été voté à l’unanimité. Une table ronde est d’ores et déjà prévue le 5 avril avec les représentants de la filière et les pouvoirs publics.