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Vin rosé Les craintes françaises sur le coupage mal comprises en Europe

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Contrairement aux producteurs français de vin rosé et au gouvernement français, l’industrie européenne des vins ne considère pas que le projet de règlement de Bruxelles sur les pratiques œnologiques, autorisant le coupage du blanc et du rouge, puisse porter préjudice à la filière européenne. En revanche, elle ne voit pas d’inconvénient à l’introduction dans la future législation d’un étiquetage spécifique pour les vins rosés français pour les démarquer des autres vins obtenus par mélange.

Les inquiétudes tardives des producteurs français de vin rosé traditionnel, relayées par le ministre de l’agriculture Michel Barnier, ne sont pas du tout comprises par les représentants de l’industrie vinicole européenne. « Nous sommes très surpris de l’attitude des professionnels français qui veulent revenir sur une décision que les autorités françaises elles-mêmes ont soutenue en janvier dernier. Il y a eu des consultations de toute la filière européenne avec la Commission européenne et à aucun moment les représentants français n’ont levé le doigt pour exprimer une quelconque crainte concernant le projet de règlement et la question du coupage des vins », nous a expliqué José Ramon Fernandez, le secrétaire général du Ceev (Comité européen des entreprises de vins). Ce dernier considère que le projet de règlement de Bruxelles sur les pratiques œnologiques, qui prévoit notamment le coupage des vins blancs et rouges, « ne remet nullement en cause les pratiques spécifiques à certaines productions de qualité de vin rosé ». A ses yeux, ce projet pourrait même permettre à l’ensemble de la filière européenne « de bénéficier des technologies les plus récentes pour préserver la qualité des vins et mieux répondre aux attentes des consommateurs ».

Le lobby de l’industrie européenne du vin considère que la levée de l’interdiction actuelle du coupage des vins rouges sans indication géographique (IG), avec des vins blancs sans IG (en vigueur jusqu’au 31 juillet 2009) constitue « une évolution positive » dans la mesure où les instruments de soutien (distillation aidée, différenciée selon la couleur des vins, etc...), qui justifiaient cette interdiction, n’existent plus dé-sormais au niveau européen. Non seulement le nouveau cadre réglementaire européen est conforme aux règles définies au niveau international par l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) mais il permet de mieux prendre en compte « l’évolution des attentes des consommateurs et procurer une plus grande compétitivité aux productions européennes, deux des objectifs essentiels de la réforme de l’OCM Vin, tout en promouvant l’excellence dans la qualité des vins européens », estime le Ceev. Celui-ci se plaît à rappeler que le coupage a été de tout temps accessible aux vins avec indication géographique (dont les VQPRD), dès lors que les réglementations nationales le permettent. Une pratique reconnue par l’OIV (Résolution3/85) depuis plus de 20 ans et largement utilisée dans le monde entier pour les vins tranquilles et les mousseux. « Conserver l’interdiction seulement pour les vins sans IG de l’UE condamnerait irrémédiablement une partie de ces productions par rapport à ce que peuvent faire la plupart des pays tiers », soulignent les responsables du Ceev.

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Le texte sur les pratiques œnologiques, qui a fait l’objet d’un vote indicatif au sein du Comité de gestion « vin » de l’UE, le 27 janvier dernier, fait l’objet actuellement d’une notification à l’OMC/TBT sur les entraves techniques aux échanges. Le vote formel interviendra à l’issue de cette procédure. La procédure normale ne prévoit pas qu’il puisse être réexaminé lors du vote définitif prévu le 27 avril, sauf en cas d’observations des pays tiers. Dans tous les cas de figure, le nouveau règlement sur les pratiques œnologiques et l’étiquetage des vins devra être prêt à temps et en tout cas avant le 1 er août 2009, date de l’entrée en application de la réforme de l’OCM Vin (adoptée fin 2007).

Une solution possible : l’étiquetage

La seule solution envisageable aujourd’hui selon la Commission européenne serait de prévoir la possibilité de distinguer les rosés de coupage des rosés traditionnels en autorisant la mention « rosé traditionnel » sur les vins élaborés selon cette technique. Une idée qui ne pose pas de problème aux membres du Ceev qui soulignent qu’une telle solution colle parfaitement à leur philosophie et qu’elle permettrait « d’assurer une plus grande compétitivité de la filière tout en promouvant l’excellence dans la qualité des vins européens ». Cette solution est encore possible puisque le projet de règlement sur l’étiquetage n’a quant à lui pas encore été voté au niveau du Comité de gestion « vin » de l’UE. Une réunion de ce Comité le 24 mars a mis à son agenda une première discussion sur cette question de l’étiquetage. En marge du Conseil des ministres de l’agriculture du 23 mars, Michel Barnier, nous a par ailleurs indiqué qu’il attendait de voir les propositions concrètes de la Commission européenne sur ce point et qu’il en discuterait avec les professionnels français. « Je ne souhaite pas pénaliser les producteurs de vins rosés qui coupent leurs vins selon des méthodes très agressives comme les Australiens mais je n’accepterais pas que l’on décourage les efforts en matière de qualité des efforts des professionnels français », a-t-il souligné.