La Fédération nationale des Cuma ne doit pas avoir peur des nouveaux services de location qui se développent sur internet, comme Wefarmup en France ou Machinery Link aux États-Unis, estime son tout nouveau président, Luc Vermeulen. Parmi les objectifs de son mandat, la présence des Cuma dans l’économie collaborative.
Quels sont les objectifs de votre mandat ?
Le premier objectif sera de renforcer l’action des Cuma – dans ce contexte de crise, elles ont un rôle de levier à jouer dans la diminution des charges des exploitations. Le second sera de renforcer l’organisation du travail autour des outils agricoles, et enfin de développer le réseau en tant que tel ; suite à la loi Notre (sur la réforme territoriale, ndlr), nous devions nous mettre en ligne avec la nouvelle organisation à treize régions. C’est chose faite, nous avons aujourd’hui dix fédérations régionales et interrégionales. Cela va nous permettre de dialoguer avec les conseils régionaux, mais aussi de monter en compétence. Nous voulons également être présents sur l’économie collaborative, avec la nécessité de la conjuguer avec nos valeurs. Il n’y a pas d’investissement à venir mais une volonté forte affichée.
Les Cuma sont-elles menacées par le développement des services de location de machines agricoles en ligne comme Wefarmup en France, ou Machinery Link aux États-Unis ?
Je ne les vois pas comme des concurrents. La mutualisation est une chose, mais l’efficience de la mutualisation en est une autre, qui passe par de l’organisation du travail. Nous avons des atouts à faire valoir, et nous ne devons pas avoir peur des services locatifs en ligne. Mais nous devons être en veille, car le numérique n’est qu’à ses balbutiements en agriculture. Et nous aurions beaucoup à perdre si nous n’y prêtions pas attention.
Les entreprises de travaux agricoles (ETA) proposent aujourd’hui de la gestion de A à Z d’exploitations, notamment en grandes cultures. Les Cuma en sont-elles capables ? Est-ce une piste de développement pour votre réseau ?
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La délégation complète de certains travaux aux Cuma est un gros enjeu pour notre réseau. De plus en plus de Cuma se dirigent vers ce type de prestations complètes, car plus le matériel se complexifie, plus les besoins de connaissances sont forts. Et vu la rapidité de certains travaux, et le temps qu’il faut pour un agriculteur d’appréhender le fonctionnement du matériel, la délégation de travaux se développe. Cela renvoie chez nous aux développement de l’emploi partagé, à l’étude des complémentarités entre exploitations, dont certaines sont moins spécialisées que d’autres. La gestion complète, de A à Z, inclut la gestion des intrants, pour lequel notre statut n’est pas adapté. Mais notre travail c’est aussi de faire émerger des dynamiques collectives qui vont au-delà du statut de Cuma, de nouveaux types de coopératives.
Les Cuma se développent-elles aussi vite que les ETA ?
L’idée n’est pas d’opposer l’un à l’autre, il y a de la place pour tout le monde. Tous les agriculteurs ne sont pas enclins à utiliser les leviers collectifs. Cela se passe en général très bien sûr les territoires entre les Cuma et les ETA. Sur l’année 2015, il y a eu une augmentation de 20 % des investissements dans les Cuma, il y a une vraie dynamique. Le nombre de Cuma diminue, mais moins vite que les exploitations. Le chiffre d’affaires par Cuma progresse, il est de 50 000 euros en moyenne.
Êtes-vous satisfait de la nouvelle façon dont vous êtes soutenus par l’État, non plus via des prêts bonifiés, mais des financements de formations, de créations d’emplois et de constructions de hangars ?
Le nouveau dispositif, Dina-Cuma, se veut plus efficient, pour accompagner le développement des Cuma dans leur développement et leurs mutations. Elle nous renvoie à l’idée qu’il faut que les Cuma montent en compétence. Ce dispositif sera décliné dans les Cuma à partir du second semestre. Là où il y a de l’accompagnement dans la formation, l’emploi, il y a du développement et de la pérennité. Il faut saisir cette chance.