Les déchets alimentaires sont des gisements de plus en plus convoités pour produire de l'énergie propre. Denis Brosset, agriculteur vendéen qui a installé un méthaniseur sur sa ferme en 2007, a dû s'adapter à une concurrence croissante sur l'accès à cette ressource.
«PENDANT quatre ans, nous étions payés 15 euros la tonne par Super U pour récupérer les fruits et légumes impropres à la consommation. Depuis janvier 2012, Saria Bio Industries (1) s'est proposée pour les leur racheter », se rappelle Denis Brosset, agriculteur vendéen du GAEC du Bois Joly (85). Son unité de méthanisation à la ferme a été construite en 2007, apprend-on lors du colloque sur la méthanisation organisé par l'Ademe (2) à Paris, le 13 mai. Au départ, Denis Brosset l'alimentait avec le fumier produit sur son exploitation et avec ces fruits et légumes, le supermarché étant situé à cinq kilomètres de sa ferme. « On a commencé à s'approvisionner auprès de Super U en 2007. À l'époque, ça leur revenait deux fois plus cher de travailler avec un équarrisseur pour la gestion de ces déchets que de nous les vendre ». Il n'y avait pas « vraiment » de contrats, mais le système a fonctionné pendant quatre ans. En 2008, Saria Bio Industries a racheté Biogasyl, une unité de méthanisation d'une commune voisine de celle de Denis Brosset, aux Herbiers (85). « Ils se sont arrangés avec Super U. Et depuis 2012, ils achètent tous les ans leurs fruits et légumes impropres à la consommation pour faire tourner leur méthaniseur », explique-t-il. Biogasyl a une capacité de 25 000 tonnes de déchets agroalimentaires et de boues organiques par an. La production électrique est de 3 500 mégawatt chaque année. A titre de comparaison, l'unité de méthanisation de Denis Brosset a une capacité de 1 380 tonnes et produit 30 kilowatt par an. En cogénération, l'usine Biogasyl produit également de la chaleur (300 kilowatts par an). À la ferme, la chaleur récupérée est directement utilisée pour chauffer les bâtiments d'élevage.
À chacun ses déchetsFace au développement à grande échelle de la méthanisation, l'agriculteur n'est pas amer, rappelant qu'il reste agriculteur avant tout. « L'année qui a suivi la fin de notre collaboration avec Super U, le digesteur était un peu moins rentable », admet Denis Brosset. Mais il est parvenu à diversifier ses sources d'approvisionnement. « Nous récupérons le fumier de plusieurs agriculteurs et la commune nous donne ses déchets verts (pelouse, par exemple), ajoute-t-il, la concurrence se fait surtout sur les produits très méthanogènes (fruits et légumes par exemple) et entre les grandes structures ». Selon une étude de l'Ademe (3), les déchets organiques des grandes surfaces sont un substrat incontournable pour la méthanisation. Ainsi, en 2013, la grande distribution représentait un gisement brut de production de déchets organiques équivalent à 475706 MWh.
(1) Groupe international spécialisé dans la valorisation de la biomasse. Il appartient au groupe Rethmann, 5e rang mondial des entreprises du secteur de l'environnement.
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(2) Agence de l'environnement et de maîtrise de l'énergie
(3) Etude « L'estimation des gisements potentiels de substrats utilisables en méthanisation » - avril 2013