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Congrès du SNDF Les déshydrateurs de luzerne se disent « sereins » malgré la Pac

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Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Pour une fois, l’Espagne, en proie à une grave sécheresse, n’est pas venue concurrencer la France sur le marché de la luzerne déshydratée. Les Français ont pu gagner des parts de marché dans l’UE et sur les pays tiers. Le syndicat des déshydrateurs ne prévoit pas de baisse des surfaces de luzerne malgré le recouplage partiel des aides Pac, dont ils attendent la remise en cause.

Le Syndicat national des déshydrateurs de France (SNDF), qui tient son assemblée générale le 26 janvier à Paris, se montre plutôt serein en termes de commercialisation, tant pour la campagne en cours (2005/2006) que la suivante. Les pays du sud de l’UE prévoient pour cette campagne de baisser leur production. L’Espagne estime que sa production de luzerne devrait reculer de 12 % en raison de la sécheresse. L’Italie, quant à elle, a prévu un recul de 29 % en raison de l’application pour la première année en Italie de la réforme de la Pac, avec un découplage à 100 %. Les agriculteurs italiens se sont davantage orientés vers la luzerne séchée plutôt que déshydratée. De fait, cela a ouvert de nouvelles opportunités de marché pour la luzerne française, notamment vers le Maghreb. « Nous espérons conserver des parts de marché par la suite », se réjouit Manuel Balesdent, directeur général de France Luzerne. La question est de savoir si l’Espagne, qui n’a cessé d’augmenter sa production de luzerne chaque année depuis 1986, a entamé un mouvement structurel de recul ou bien s’il s’agissait uniquement d’un recul conjoncturel en 2005.

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Pas favorable au recouplage partiel des aides

Quant à l’application de la réforme de la Pac en France, le SNDF souligne que le recouplage partiel défavorise la luzerne, au profit des céréales et des oléoprotéagineux. Malgré tout, le syndicat estime que les surfaces de luzerne devraient se maintenir. En tout état de cause, il prévoit que ce système de recouplage ne devrait pas perdurer longtemps et risque fort d’être remis en cause dès 2008 ou 2009. Pour l’heure, la campagne en cours se déroule plutôt bien, avec des prix stables et des enlèvements de marchandises conséquents et réguliers depuis le début de la campagne 2005/2006 (qui se déroule du 1er mai au 30 avril).

L’augmentation du coût de l’énergie pèse lourd

Les déshydrateurs français ont beaucoup misé sur la segmentation du marché. Ils proposent aujourd’hui à leurs clients une quarantaine de produits selon l’espèce animale et les spécificités nutritionnelles. Mais le coût de l’énergie pèse de plus en plus lourd, avec la hausse du pétrole. Le SNDF réfléchit à remettre au goût du jour le préfanage, c’est-à-dire le séchage au soleil, afin de réduire les coûts de séchage, mais au risque de perdre la valeur alimentaire (vitamines, sels minéraux, pigments). « Il va falloir recalculer un optimum entre l’excellente qualité et la qualité que les consommateurs sont prêts à payer », souligne Guillaume Forzy, président du SNDF. Le syndicat des déshydrateurs vient de publier un « guide environnement », avec la collaboration du Corpen (comité d’orientation pour les pratiques agricoles respectueuses de l’environnement). La filière met en avant la technicité de la culture et l’intérêt agronomique de la luzerne. En effet, cette plante ne nécessite pas d’engrais azoté et de très peu de pesticides, ce qui en fait une culture « qui correspond aux attentes de la société », insiste Guillaume Forzy.