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Filières animales Les détails du plan de continuation de Gad

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L’abandon de créances pour le sauvetage de Gad a été massif. Agra alimentation a pu se procurer le rapport des administrateurs judiciaires, qui constatent que dans une filière en crise, Gad a souffert de son manque d’intégration vers l’aval ou vers l’amont mais aussi d’un positionnement qui ne lui offre ni la force de négociation d’un leader ni la souplesse d’acteurs plus petits. En attendant, l’entreprise fait scandale avec l’emploi de travailleurs détachés roumains, alors que près de 900 emplois sont supprimés.

Agra alimentation a pu se procurer le rapport des administrateurs judicaires de Gad et en livre les principaux enseignements. Pour les administrateurs judiciaires, en l’absence de toute offre de reprise autre que celle formulée par la Cecab, il n’y avait pas d’alternative à la fermeture du site de Lampaul et à la concentration des activités sur celui de Josselin.
Le document revient sur les difficultés de l’ensemble de la filière porcine française (compétitivité, contraintes environnementales, dumping social…) et cible précisément les raisons des difficultés de Gad. Pour les experts judiciaire, Gad souffre d’un positionnement qui n’est intégré ni à en amont (comme Cooperl), ni en aval (comme Kerméné - Leclerc et Gatine - Intermarché), ainsi que d’une taille intermédiaire, qui ne lui offre ni de la force d’entreprises plus importantes sur le marché national ou européen, ni la réactivité d’acteurs de plus petites tailles. Autre difficulté, un modèle mono-espèces qui n’a pas permis de diversifier les risques. Un observateur pointe aussi la mauvaise intégration de Gad à Cecab, qui s’est traduite par une perte de l’expertise dans la filière porcine avec le départ de la famille Gad et des cadres de l’entreprise.
 
Un problème de positionnement
Le rapport mentionne plus précisément les difficultés des dernières années comme le recul des volumes en GMS (- 6 % annuels depuis 2009), lié à la perte de volumes chez Intermarché suite à la mise en place de l’outil d’abattage Gatine, et chez Auchan, du fait d’une position géographique défavorable. Le canal salaisonnerie souffre d’un nombre peu important de clients et sur ce segment, la part de chiffre d’affaires réalisée avec Brocéliande est passée de 12 % en 2010 à 7 % en 2012 suite au rachat de l’entreprise par Cooperl. Le canal grossistes est également caractérisé par un faible nombre de clients (ils ne sont que deux). L’export a toutefois permis de compenser la baisse des volumes en France.
 
Un abandon de créances massif
Au final, le résultat net s’est creusé : - 13 millions d’euros en 2010, - 15,5 millions d’euros en 2011 et - 19,3 millions d’euros en 2012 (pour un chiffre d’affaires passé de 437 à 459 puis 455 millions d’euros). Au 30 septembre 2013, le passif était de plus de 108 millions d’euros. Au 7 octobre, à partir d’une dette définitive de l’ordre de 70 millions d’euros, les remises et abandons atteignaient 50 millions d’euros. L’abandon de créances a été massif : abandon total des créances groupe (Cecab) pour environ 35 millions d’euros, abandon de 70 % des créances des établissements de crédits et organismes sociaux et fiscaux avec étalement du solde sur dix ans et étalement sur dix ans des créances fournisseurs. La créance auprès de l’AGS (association de garantie de salaires ; créance estimée à 12,5 millions d’euros avec la prise en charge du plan social) sont, elles, étalées sur 36 mois.
 
Un prévisionnel optimiste ?
Le plan de continuation prévoit l’abattage de 40 000 porcs par semaine pour renouer avec les bénéfices. Il vise un Ebitda de 23,5 millions d’euros sur trois ans et 7,5 millions d’euros dès le terme de l’exercice 2015. Un objectif qui paraît difficile à atteindre pour un observateur qui connaît bien le dossier. 35 millions d’euros d’investissements sont prévus sur trois ans, dont 18 millions seront notamment destinés à des travaux d'extension et d'amélioration sur la partie découpe (mécanisation-automatisation).
 
Des relations fragiles avec l’amont
Prestor, actionnaire à hauteur de 36 %, s’est engagé à fournir 80 % des approvisionnements, mais seulement dans la limite des disponibilités (contre 60 % au total précédemment, soit en direct, soit via le marché du porc breton). Il convient de noter que cette question des approvisionnements a précipité les difficultés de Gad qui résident justement dans ses relations avec les groupements d’éleveurs qui fournissent l’entreprise. En 2012, Gad a abattu 46 500 porcs par semaine, en baisse de 7 % par rapport à 2011 et de 15 % par rapport à 2008, soit une baisse beaucoup plus prononcée que celle des abattages dans la région, alors même que l’entreprise compte un groupement d’éleveurs à son capital (Prestor). La fragilité des relations avec l’amont s’est aussi illustrée par le comportement d’Aveltis, qui s’était engagé sur des approvisionnements avant l’ouverture du redressement judiciaire, mais n’a finalement pas tenu ses engagements. Au total, le nombre de porcs abattus par semaine a baissé de 5 000 têtes en moyenne après le lancement de la procédure.
 
Concurrents, syndicats : chacun pour soi ?
Le rapport souligne aussi la stratégie court-termiste des acteurs de la filière porcine qui ont vu dans les difficultés de Gad et dans la fermeture de d’un abattoir une façon de résoudre les surcapacités, ce qui ne règle en rien le problème de compétitivité de la filière. Les administrateurs judiciaires mentionnent aussi le comportement des élus FO. Assistés par un expert, ils n’ont plus posé aucune question, ni à l’entreprise, ni aux administrateurs judiciaires, après le 14 août, alors que le plan de continuation était loin d’être bouclé à l’époque.
Au final, les salariés paient un lourd tribut dans ce dossier. Pour rappel, 889 postes sur 1 562 sont supprimés, même si le plan de continuation prévoit la création de 343 nouveaux postes à Josselin d’ici fin 2014. Pour l’heure, très peu de salariés de Lampaul semblent intéressés par un départ à Josselin, ce qui pourrait poser des problèmes de recrutement d’une main d’œuvre qualifiée sur le site. Il est prévu 18M€ d'investissements, qui serviront à des travaux d'extension et d'amélioration sur la partie découpe (mécanisation-automatisation). En attendant, pour palier le manque d’effectif alors que la production remonte en puissance à Josselin, l’entreprise a fait appel à 80 travailleurs détachés roumains affectés à la découpe et au désossement des carcasses. Une pratique qui n’est pas nouvelle, mais qui a cette fois été pointée du doigt par les médias généralistes compte tenu du contexte social.

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