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Airinov Les drones comme complément de revenu pour les agriculteurs

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Une start-up qui démarre dans une grange du Poitou ce n'est pas banal. Il y a quatre ans, deux ingénieurs, Florent Mainfroy et Corentin Chéron, ainsi qu'un fils d'agriculteur poitevin, Romain Faroux, s'associent pour créer la société Airinov. Leur objectif : créer des drones capables de faire un diagnostic pour apporter la bonne dose d'azote aux cultures. En association avec l'Inra, ils sont parvenus à leurs fins et ont analysé, à travers les quatre capteurs de leurs drones, 20 000 hectares de colza et de blé pour la campagne 2013-2014. Pour 2014-2015, ils espèrent survoler 100 000 hectares en équipant directement des agriculteurs avec des drones. Ce dernier pourra même être rémunéré jusqu'à 100 000 euros sur 5 ans pour les vols effectués. Explications avec Florent Mainfroy, ingénieur et président d'Airinov.

Vous lancez le réseau Agridrone. Ainsi, les agriculteurs pourront posséder leurs propres drones ?

Jusqu'à récemment il fallait qu'un salarié d'Airinov soit là pour faire fonctionner le drone. Désormais, le réseau Agridrone permet aux agriculteurs de s'équiper de drone. Ils pourront les faire voler au-dessus de leurs parcelles mais aussi au-dessus de parcelles voisines. En d'autre terme, Airinov pourra demander à l'agriculteur de survoler des cultures extérieures à son exploitation. Un service qui pourra être rémunéré jusqu'à 100 000 euros sur cinq ans. Il faut le voir comme un complément de revenu qui rentabilisera l'achat d'un drone car, un équipement complet (un drone, un capteur et deux jours de formation dans le Poitou), coûte 28 000 euros. Nous nous occupons aussi de la partie logistique et réglementaire. Le drone reste assez technique dans sa façon de fonctionner mais très simple d'utilisation.

Agridone permet d'avoir une utilisation raisonnée de l'apport en azote sur les cultures de blé et de colza. Vous vous inscrivez donc dans le plan Ecophyto ?

On s'inscrit parfaitement dans le plan écophyto avec une utilisation raisonnée des intrants et liée aux besoins réels de la culture. Aujourd'hui, on est capable de dire à l'agriculteur quelle dose d'engrais azoté il doit apporter sur le colza et le blé. On prend en compte l'état de la végétation et les besoins en azote mètre carré par mètre carré. Nous ne cherchons pas à faire de l'économie d'intrant à tout va car, la culture a aussi besoin d'intrants. On essaye simplement de rationnaliser en offrant un diagnostique factuel et concret à l'agriculteur.

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Justement, comment fonctionne le diagnostique des cultures ?

Le drone est entièrement automatique du décollage jusqu'à l'atterrissage. Ensuite on met la carte SD, où sont stockées les images, dans l'ordinateur, comme un appareil photo classique. Les images sont ensuite envoyées à Airinov, traitées, analysées et nous donnons un conseil en terme de fertilisation azotée dans les 3 à 4 jours. Beaucoup de drones font de jolies images, nous, on a insisté sur le côté scientifique. On engage tout de même la récolte de l'agriculteur à l'arrivée, on ne doit pas se tromper dans nos analyses. Pour ce faire, on s'est rapproché de l'Inra, on est parti d'une feuille blanche et on a conçu un capteur qui permet d'analyser au mieux l'état de la végétation, notamment en terme de surface de feuilles et du taux de chlorophylle.

Pour vous lancer dans cette aventure, il y a quatre ans, vous deviez avoir un bon bagage scientifique ?

Le début de l'aventure résulte vraiment de la rencontre entre Romain Faroux, fils d'un agriculteur céréalier, moi-même et Corentin Chéron qui étions diplômés d'une école d'ingénieur. De son côté, Romain voyait les exploitations s'agrandir d'années en années et les réglementations aux niveaux des intrants devenir de plus en plus compliquées. Avec Corentin, nous avions travaillé sur les drones à la fin de nos études. On s'est dit qu'avec l'émergence des drones il y avait sans doute quelque chose à faire en terme de diagnostic et d'inspection des parcelles. Nous sommes allés à la rencontre des agriculteurs pour nous rendre compte de leurs besoins. Rapidement, nous nous sommes aperçus que le drone ne devait pas faire juste de jolies photos mais réellement apporter un service de diagnostic de l'état de la culture à l'agriculteur. Nous étions trois associés fondateurs, aujourd'hui nous sommes 21 salariés et nous embauchons encore.