Abonné

Observatoire des prix Les écarts entre prix agricoles et alimentaires appellent plus de concurrence, selon le rapport Besson

- - 4 min

Il est classique de se renvoyer la balle, au sein de la chaîne agroalimentaire, à propos des hausses ou de la timidité des baisses de prix payés par les consommateurs. Les sautes d’humeur des cours des denrées agricoles depuis deux ans n’ont en rien calmé le jeu, mais l’heure est peut-être venue d’objectiver un peu plus les choses. C’est ce à quoi servira l’Observatoire des prix et des marges qui vient de démarrer sous l’égide des ministères de l’Agriculture et de l’Economie qui ont installé son comité de pilotage le 11 décembre. Une première base de travail lui est d’ailleurs fournie par un rapport que Michel Barnier a commandé à la Mission d’évaluation des politiques publiques et qui cible un certain nombre de produits phares et permet des comparaisons avec trois pays européens voisins.

Hormis pour les denrées périssables et donc non stockables (salade, tomates), les prix alimentaires sont déconnectés des cours agricoles, et dépendent souvent du niveau de concurrence sur le marché, tels sont les premiers enseignements solides tirés du rapport sur les prix alimentaires présenté le 16 décembre par Eric Besson, le secrétaire d’Etat à la prospective et à l’évaluation des politiques publiques : « Renforcer cette dernière est nécessaire là où elle est insuffisante, c’est à dire entre les enseignes de grande distribution, mais elle ne doit pas se faire au détriment des industriels, des agriculteurs, ni de la qualité des produits », a aussitôt commenté le ministre de l’Agriculture Michel Barnier devant la presse.

Autre leçon du rapport, les pâtes sont le produit qui a le plus augmenté avec l’envolée des prix alimentaires, mais cette hausse n’a pas été perçue par les consommateurs. En tout cas pas autant que celle des fruits et légumes frais, sur lesquels il n’y a pas eu de pic, mais qui sont communément cités comme des produits qui ont énormément augmenté. Si le récent regain d’inflation a marqué les consommateurs, préoccupés par leur pouvoir d’achat, il ne les a pas plus éclairés sur la réalité des prix.

En quelques exemples (pâtes, jambon, lait UHT,…), le rapport de la Mission d’évaluation des politiques publiques, aidée du cabinet Roland Berger pour l’analyse des marges et les comparaisons internationales, montre à quel point la formation des prix est particulière à chaque secteur, et à chaque pays, et donne quelques repères, parfois contraires aux idées reçues. Ainsi son décorticage du prix du jambon permet de comprendre que celui-ci se forme aux étapes de la transformation et de la distribution, dépendant des innovations ou du nombre d’intermédiaires et non du prix du porc au kilo qui est perçu par les éleveurs. Les prix de détail peuvent donc augmenter quand les prix à la production baissent.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

grande distribution
Suivi
Suivre
concurrence
Suivi
Suivre

Trop faible poids du hard discount

Le rapport constate que «les marges dans la distribution sont en moyenne assez fortes en France», du fait d’une concurrence modérée, d’un faible poids du hard discount, et de chaînes d’intermédiaires parfois longues. Mais elles sont variables : faibles pour les fruits et légumes ou les produits industriels, élevées sur la viande de porc.

La faiblesse de la concurrence est la principale raison au maintien de prix élevés. Si les prix français ont rejoint les prix allemands, ils restent supérieurs aux prix espagnols et néerlandais. Eric Besson conclut qu’une baisse de prix durable ne pourra être obtenue sans accroissement de la concurrence. Les solutions pour faire baisser les prix alimentaires en faveur des consommateurs incombent à la distribution, notamment par une concurrence accrue entre enseignes, suggère en fait ce rapport qui fait trois recommandations : développer les magasins hard discount, accroître la concurrence entre enseignes localement, faire en sorte que cette concurrence ne s’exerce pas au détriment des producteurs et des transformateurs.