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Services écosystémiques Les économistes et les écosystèmes

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La biodiversité était, il y a quinze ans, un sujet nouveau pour les économistes. Aujourd’hui, c’est la notion de services écosystémiques qui est étudiée. Des outils concrets se développent pour éclairer les décideurs et les acteurs sur les enjeux des politiques de préservation de la biodiversité. D’importants programmes français, européens et mondiaux sont en cours sur la question des services écosystémiques.

«Les économistes travaillent sur ces questions de politiques de préservation de la biodiversité depuis quinze ans. Et maintenant, on commence à pouvoir en tirer des outils opérationnels », a souligné Dominique Bureau, délégué général du CEDD, le Conseil économique pour le développement durable, rattaché au ministère de l’Écologie. Le CEDD vient de publier deux études (1) qui montrent en filigrane l’évolution de la façon dont les économistes ont étudié l’environnement. « Au début des années 2000, poursuit Dominique Bureau, on avait des calculs d’empreinte écologique » ; est ensuite intervenue la notion de services écosystémiques rendus par la biodiversité. De nombreux travaux d’économistes se sont donc attachés à évaluer sur un plan financier le coût de l’inaction ou celui des services écosystémiques eux-mêmes : services rendus par la pollinisation, préjudices liés à des accidents écologiques, valeur des services rendus par une zone humide… Le but était aussi « d’intégrer les enjeux liés à la biodiversité et aux écosystèmes dans l’analyse coût-avantage des politiques publiques », précise l’une des publications du CEDD (2). L’économie de l’environnement a poursuivi son évolution. Alors que les politiques de préservation de la biodiversité étaient souvent présentées comme « une fin en soi », censée « s’imposer à l’économique et au social », les économistes ont cherché à analyser les enjeux économiques et sociaux liés à ces politiques. Ils ont intégré l’idée que de nombreuses activités économiques dépendent de la biodiversité et analysé les effets sociaux des choix réalisés en terme de préservation des écosystèmes.

Evaluer les politiques publiques

Un autre pas a été franchi par exemple avec l’étude nationale des écosystèmes et des services rendus (NK-NEA) menée par le Royaume-Uni. « On s’est mis à avoir une description bien plus fine des territoires », précis Dominique Bureau. Le Royaume-Uni, dans son évaluation physique et monétaire des écosystèmes et des services qu’ils rendent, a imaginé des scénarios de politiques et étudié leur effet sur plusieurs aspects écosystémiques : production agricole, émissions de gaz à effet de serre, valeur récréative des écosystèmes, population d’oiseaux…

Cartes sur table

Un travail de cartographie permet de visualiser les effets sociaux et économiques des différents choix politiques possibles et leurs effets distributifs. Très concrètement, outre l’outil cartographique, cette étude a conclu « que le scénario qui maximise les bénéfices monétaires directs (notamment à travers l’augmentation de la production agricole) n’est pas le scénario qui procure le plus important bénéfice global pour la société, détaille Elen Lemaître-Curri, du CEDD. Le travail réalisé en Angleterre, d’évaluation ex ante des politiques, c’est-à-dire avant leur mise en place, permet aussi, « en mettant les valeurs sur la table, de donner aux acteurs une présentation plus objective des enjeux liés aux politiques et à leurs conséquences ». De plus, ce travail offre une vision « multicritère » des écosystèmes. Appliqué à l’agriculture, ce sujet est fortement lié à la question des paiements pour services environnementaux. Selon Dominique Bureau, on dispose maintenant de plus d’éléments pour réfléchir à cette question.

Monde, Europe et France au diapason

Certes, le sujet est technique. Mais il est loin d’être cantonné aux bureaux de recherche. Il est même complètement d’actualité : la France compte lancer prochainement une évaluation du type de celle qui a été réalisée par le Royaume-Uni. Baptisé Efese, le projet d’évaluation nationale des écosystèmes et des services est en cours de préfiguration. L’Europe, dans le cadre de son projet MAES (Mapping and Assessment of Ecosystems and their Services in Europe), partie intégrante de la stratégie communautaire 2020 pour la biodiversité, est aussi en train de plancher sur la question. Un groupe de travail est par exemple lancé pour valoriser les différentes expériences d’évaluation des services écosystémiques disponibles aux échelles nationales. À l’échelle internationale, la toute récente plateforme scientifique intergouvernementale IPBES (présentée comme le Giec de la biodiversité) se penchera aussi sur les questions des services écosystémiques.

(1) Le CEED a publié, le 12 mars, deux études intitulées Enjeux environnementaux et question sociale – Pourquoi et comment lier justice sociale et écologie (Patricia Crifo et Eloi Laurent) et Politiques de préservation de la biodiversité – Dimensions sociales et économiques (Dominique Bureau et Elen Lemaïtre-Curri)

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