Les effets des pesticides donnent du fil à retordre aux chercheurs. Les recherches sont complexes, les données rares et contradictoires. Beaucoup d’inconnues subsistent. Tel est le constat que viennent de rapporter sept professeurs en médecine lors de leur intervention le 8 septembre à la faculté de médecine de Tours sur les effets à long terme des produits phytosanitaires.
Le XXXIIIe symposium de l’Institut national de médecine agricole organisé à Tours à la faculté de médecine a donné l’occasion à des médecins spécialistes de faire le point sur l’état de leurs recherches concernant l’effet à long terme des produits phytosanitaires. Le docteur Christine Lorente, épidémiologiste à l’Institut de veille sanitaire conclut son exposé sur les risques pour la reproduction et le développement du fœtus humain : « Peu d’études ont été réalisées. Un lien semble pourtant ressortir entre les pesticides et la taille du foetus, le retard de sa croissance, la mortalité fœtale et les malformations congénitales. Aucun lien n’a cependant été constaté avec la prématurité. Des efforts sont à faire sur l’estimation de l’exposition aux pesticides et notamment l’exposition à domicile ». Le docteur Luc Multigner, spécialiste de la fertilité à l’Inserm de Rennes aboutit au même résultat : « Certaines matières actives ont conduit dans le passé à des atteintes de la fertilité masculine. Aujourd’hui, il subsiste des interrogations notamment pour des pesticides mis sur le marché depuis de nombreuses années et pour lesquelles les données toxicologiques sont déficientes ».
Difficulté de trouver des outils fiables de détection
Les chercheurs sont confrontés à la difficulté de trouver des outils fiables pour détecter l’effet d’un pesticide qui se manifestera 10 ou 20 ans après une exposition. « Aujourd’hui, affirme Isabelle Baldi, chercheur au laboratoire Santé, travail, environnement de l’Université de Bordeaux, il est difficile de reconstituer l’exposition d’un utilisateur de produits phytosanitaires mis à part pour les organophosphorés car ils sont persistants. Nous utilisons donc différents outils comme les questionnaires ».
L’équipe bordelaise travaille actuellement à la mise au point d’index emploi/exposition. Ces index devraient permettre la progression des connaissances sur les risques pour la santé, fournir des éléments objectifs aidant la prévention et la réglementation. Le premier index dont l’objet est la viticulture devrait être accessible fin 2007. Dans le cadre de ce projet et afin de vérifier les relations doses/effets, Isabelle Baldi et son équipe ont procédé à différentes mesures de contamination sur 200 applicateurs au cours de leurs différentes tâches. Les mesures ont montré que le viticulteur était contaminé davantage durant l’application (pour environ 2/3) que durant la préparation (pour environ 1/3). En grandes cultures, le schéma est inverse.
Certains résultats ont surpris les chercheurs : « L’impact du nettoyage sur la contamination peut être aussi important que l’application et la préparation dans le pire des cas, relate Isabelle Baldi. Le simple contact des viticulteurs avec les ceps quand ils reviennent dans leur vignoble suffit à les contaminer » de manière visible pour les scientifiques. L’incidence est encore visible 8 jours après le traitement sur une population qui dépasse largement celle des applicateurs.
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Dans le projet Pestimat auquel travaille aussi Isabelle Baldi, il est question de reconstituer l’historique d’utilisation des produits pour mesurer les expositions indépendamment de la mémoire des individus et ce depuis les années 50.
Une sous-mortalité globale par cancer chez les agriculteurs
Quant à Pierre Lebailly, chercheur au Centre de lutte contre le cancer François Baclesse à Caen, il participe à une enquête épidémiologique entamée depuis 10 ans et concernant 6 000 agriculteurs du Calvados. Les résultats sont connus depuis peu. L’analyse montre « une sous-mortalité globale par cancer chez les agriculteurs, avec une tendance à la surmortalité pour les cancers de la prostate et du cerveau et des cancers plus nombreux qu’attendu du sein chez la femme et des cancers cutanés et rénaux ». La plupart de ces résultats convergent avec ceux obtenus aux États-Unis, qui ont entrepris une vaste étude au début des années 90 sur 89 000 personnes (www. aghealth. org).
Toutefois souligne Pierre Lebailly, la situation diffère de celle de la France où les fongicides sont plus utilisés en tonnages et à des fréquences supérieures à celles des États-Unis. À travers l’étude des maladies neurodégénératives et l’impact des pesticides, Alexis Elbaz, chercheur à l’Hôpital de la Salpêtrière, a montré l’importance des interactions entre les différents facteurs de déclenchement des maladies : « Il est probable que pour certaines expositions, le risque ne soit pas très élevé à moins qu’il existe une forte susceptibilité génétique pour la toxicité aux pesticides, exposant ainsi à un risque augmenté de maladie même en présence de faibles doses ».