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Production bovine Les éleveurs commencent à faire leurs comptes

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Sur le terrain, les éleveurs s’interrogent quant au coût financier de la sécheresse. Xavier Beulin, président de la FNSEA, parle d’un surcoût de 270 euros par Unité de gros bovins (UGB). Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine, évoque un coût de 200€ par vache. Pour eux, le montant des aides européennes, notamment la prime au maintien du troupeau de vache allaitante, sera « avalé » par les surcoûts alimentaires du fait du déficit hydrique. D’autres sources annoncent un déficit fourrager dont la facture atteindrait 2,2 milliards d’euros. La pluie, même tardive, ne résoudra pas les difficultés.

«Quelle quantité de paille va consommer mon exploitation dans les mois à venir ? Et combien cela va-t-il me coûter ? » Ces questions, tous les éleveurs laitiers comme allaitants se les posent. La diversité des systèmes de production rend les calculs difficiles. Pour autant, en partant d’un élevage allaitant moyen, constitué de 80 vaches mères, le calcul est faisable. L’objectif de l’élevage est d’obtenir un veau par vache et par an, donc 80 veaux sont théoriquement présents sur l’exploitation. Deux groupes de 25 génisses de renouvellement (1 an et 2 ans d’âge) vont remplacer les mères âgées. Les mâles sont parfois engraissés en jeunes bovins, soit près d’une quarantaine d’animaux supplémentaires. Avec ces hypothèses et en prenant les chiffres publiés par l’Institut de l’élevage dans son dossier sécheresse (www.inst-elevage.asso.fr) sur les besoins en paille pour alimenter les animaux, l’élevage va nécessiter autour de 15 à 20 tonnes de pailles par mois. La période des vêlages (automne ou printemps) va cependant influencer fortement la consommation puisque la vache va devoir nourrir son veau et donc augmenter sa quantité d’aliment ingéré.

La paille, un aliment non équilibré et pauvre en énergie

Par ailleurs, la paille n’est pas suffisamment énergétique pour nourrir les animaux, ce que ne manque pas de faire remarquer Bernard Lannes, président de la Coordination rurale. Le foin est plus riche en énergie (0,70 unité fourragère pour le foin contre 0,40 environ pour la paille), mais il reste actuellement inexistant. Aussi l’éleveur devra compléter les rations de ses bovins avec d’autres aliments comme des céréales, du tourteau de colza et/ou de soja, de la luzerne déshydratée ou des co-produits de biocarburants. D’où également les revendications de la FNSEA et de Bruno Le Maire, pour une contractualisation avec les industries des biocarburants afin que les co-produits restent en France et ne partent pas à l’export. Le ministre souhaitait, le 31 mai, « que l’on mobilise les co-produits pour qu’on en mette à disposition de l’alimentation animale ». Mais « le cours des drèches (250€/tonnes) est largement supérieur à celui du blé qui rentre dans l’industrie (115€/tonne) alors que ces drèches sont faibles en énergie à l’inverse du blé entier », constate Bernard Lannes. Un paradoxe qui l’amène à se demander pourquoi le blé destiné au biocarburant n’est pas détourné directement vers les éleveurs.

La paille sert également à la litière

Au-delà de cette problématique alimentaire, l’utilisation de la paille comme litière est aussi à prendre en compte. Si actuellement les mères et leurs veaux sont aux prés ainsi que les futurs reproducteurs, les animaux à l’engraissement restent en bâtiment. En fonction du mode de stabulation, la quantité utilisée varie de 3 à 8kg par animal et par jour, soit pour la quarantaine de jeunes bovins de l’exploitation moyenne, de 4 à 10 tonnes de pailles supplémentaires à chercher par mois. Pour les animaux aux champs, Guy Hermouët, vice-président de la Fédération nationale bovine, révèle même que « pour éviter toute perte de nourriture », il parque ses animaux sur de petites parcelles. Il « rationne » ainsi leur alimentation car « on ne peut pas se permettre de gaspillage ».

Un surcoût alimentaire de 270€/UGB

Bruno Le Maire, lors de son déplacement en Seine-et-Marne, le 30 mai, s’exclamait : « Je ne veux pas voir de spéculation sur la paille, ce n’est pas 30€, 40€ ou 60€ la tonne mais 25€ la tonne ! ». Il parlait du prix de la paille récoltée en andain chez les céréaliers. Avec ce tarif revendiqué par Bruno Le Maire, pour alimenter l’élevage, il faudra environ 25 tonnes par mois, soit 625€ sans oublier de rajouter le prix du transport (environ 20e/tonne si transport local) et du pressage (environ 20€/tonne). Tous les professionnels reconnaissent que le coût du transport va faire fluctuer lourdement la facture.

Peu ou pas de stocks de report

Reconstituer les stocks pour passer l’hiver est également une priorité. Le peu de fourrage restant ou récolté cette année a déjà été consommé. Dans sa description de la situation nationale, l’Institut de l’élevage note qu’« à la mi-mai, les stocks d’ensilage d’herbe récoltés en 2010 sont comme les autres années totalement consommés. Les stocks de foin récoltés en 2010 et d’ensilage de maïs sont beaucoup moins importants que les années précédentes et souvent insuffisants pour attendre la prochaine récolte, voire déjà totalement épuisés. » Agreste, dans une publication du 27 mai sur la production fourragère des prairies, constate également que dans les régions les plus touchées, les stocks sont déjà entamés par les animaux alors que leur reconstitution « est impossible ». Et même si la pluie arrive, l’herbe nouvelle ne permettra pas de faire des stocks car elle sera consommée immédiatement par les animaux. « Il ne faut pas négliger non plus le rôle du maïs ensilage », explique Guy Hermouët. Une petite pluie d’ici 15 jours serait la bienvenue pour ne pas perdre ce fourrage providentiel dont la récolte est plus tardive.

Des pluies tardives ne résoudront pas la situation

Au final, l’éleveur doit préparer ses achats pour les stocks d’hiver et anticiper la demande de ses animaux du fait de la sécheresse (maïs ensilage perdu ou non, herbe ou pas d’herbe…). « Le surcoût d’alimentation lié à la sécheresse est estimé à 270€/unité gros bovin », avance Xavier Beulin, lors d’une conférence de presse le 27 mai. « Pour une exploitation type de l’Aveyron, hors effet de la décapitalisation, le surcoût s’élève à 19 000€ », complète-t-il. Pour lui, « cela va avaler toute la PMTVA d’octobre ». Guy Hermouët précise également que même si la pluie s’installe et que des cultures en dérobées permettent de récupérer un peu de fourrage, il faudra de toute façon plus de paille car « il n’y a pas de foin. » Avec un hiver de 5 mois, de novembre à mars, et une sécheresse durant l’été, plus de 200 tonnes de paille seront nécessaires pour une exploitation de 80 vaches mères, un coût de 17 000€, sans spéculation et sans transport sur de longues distances.

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