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Société Les éleveurs de bovins se sentent incompris

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Demandes jugées médiocrement satisfaites, critiques écologistes de l’élevage trop producteur de méthane, absence de transparence de la filière, surévaluation de leurs revenus… les éleveurs se sentent mal compris, tant par l’État français que par la société elle-même. Lors du deuxième jour de congrès de la FNB (Fédération nationale bovine), le 4 février à Angers, les syndicalistes ont également exprimé leur déconvenue suite à l’impossibilité de transparence des prix et marge dans leur filière. Mais aussi leur désillusion après les annonces du ministre de l’Agriculture la veille. Quant aux attaques environnementales dont ils sont la cible, les éleveurs se sentent injustement montrés du doigt.

Une réelle morosité a plané durant la majeure partie de l’assemblée générale les 3 et 4 février. Elle s’est largement exprimée au deuxième jour de congrès. Un exemple : l’impuissance de l’Observatoire des prix et des marges à donner davantage de transparence à la filière bovine. L’Observatoire de la formation des prix et des marges vient tout juste de démarrer en viande bovine et pourtant il rencontre déjà des freins. En effet, celui-ci « manque des données sur les prix sortie industrie », a expliqué Philippe Boyer, directeur adjoint des « Marchés, études et prospective » à FranceAgriMer et pilote technique de l’Observatoire. « Je mentirais si je disais que ça va se faire facilement, ça va être dur. Ce qu’on ne sait pas, c’est ce qui se passe par produits. » Face à ce constat d’impuissance, les éleveurs ne comprennent pas où se situe le blocage. « Nous avons besoin de savoir comment se répartissent les marges. Nous sommes les oubliés de l’Observatoire. La transparence est un sujet tabou », déplore Dominique Daul, responsable élevage de la FDSEA du Bas-Rhin. Face à ces remarques, Philippe Boyer a tenté d’expliquer : « L’arsenal législatif actuel est insuffisant. On n’est pas en URSS, l’Etat ne peut pas mettre son nez comme ça dans les comptabilités des entreprises. La LMAP devrait instaurer des enquêtes obligatoires soumises au secret statistique, mais il faut aussi une volonté professionnelle en plus de la coercition. Il faut que les entreprises consentent à communiquer leurs données. » Une explication qui ne satisfaisait quasiment personne. « France AgriMer ne peut pas faire son travail, regrette Jean-Pierre Fleury, vice-président de la FNB. Le pouvoir politique se retranche derrière l’Observatoire pour qu’on ait un os à ronger mais l’administration est dans l’incapacité d’avancer. Il faut un moyen législatif. »

Un ministre « qui n’a pas encore tout compris »

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Mais l’absence de transparence n’a pas été le seul point de déception des éleveurs lors de ce congrès FNB. « On est très déçus par l’intervention du ministre, déclarait Gérard Barthaud, de la FDSEA Côte d’Or (Franche Comté). Il n’a pas encore tout compris. Il n’a répondu à aucun problème. » Après avoir annoncé « qu’il était trop tôt pour alléger les tests de dépistage ESB », le ministre s’était fait huer, la veille, par quelques congressistes mécontents. Quant à ses promesses d’action, les éleveurs ne semblent pas plus convaincus. « En ce qui concerne la pesée-classement, l’annonce de renforcer le contrôle est une duperie », déclarait Laurent Bordeaux, de la FDSEA Sarthe.

« On est déçus sur les réponses mais aussi sur les non-réponses, a renchérit Patrick Benezit, secrétaire général de la FDSEA du Cantal. Nous souhaitions une année blanche et nous ne l’avons pas eu. Nous ne sommes pas convaincus par le discours sur la PHAE. Quant au photovoltaïque, on voit bien le choix du gouvernement qui réserve le photovoltaïque au sol à des parcs d’entreprises du type Veolia, GDF Suez, etc., les grosses structures du CAC 40. » Quant au plan de soutien, il est jugé insuffisant par une majorité. « Quand on est en bas, explique Laurent Bordeaux, il est difficile de tomber plus bas, donc on n’a pas accès au FAC du plan Sarko. »

Une campagne de communication pro-viande
Cette incompréhension, les éleveurs la ressentent aussi de la part de la société. Face aux attaques de plus en plus virulentes des militants « anti-viande », ils souhaitent se mobiliser afin de redorer la place de la viande auprès des consommateurs. C’est dans cet objectif que l’interprofession, réunie au sein d’Interbev, a prévu de lancer une campagne de communication grand public à partir de l’automne prochain. Conscients du temps nécessaire à l’évolution des mentalités, les professionnels du monde de l’élevage ont prévu d’étendre cette opération sur trois ans. « C’est une première pour l’interprofession », explique Louis Orenga, président du CIV (Centre d’information des viandes) à propos de cette campagne qui va couter 3 à 4 millions d’euros par an.
Face à ces différents constats, laissant entrevoir une profonde déception générale des éléveurs, Pierre Chevalier, président de la FNB a conclu : « Nous avons lancé un appel aux régions. Les attentes des éleveurs ont été bien identifiées. On va porter la détresse au ministère. »