Les Jeunes agriculteurs craignent que les producteurs de lait et leurs organisations n'aient pas pris la mesure de l'enjeu que constitue l'après-quotas laitiers.
PRODUIRE du lait est une chose, le vendre en est une autre. Et après la dérégulation du secteur laitier, avec la sortie des quotas en avril 2015, les producteurs devront prendre en main la commercialisation face aux entreprises de collecte. Les Jeunes agriculteurs s'inquiètent du manque de préparation des producteurs face à cet enjeu. Ils demandent aux organisations de producteurs de lait (OP) « d'être de véritables acteurs économiques », dans un communiqué du 2 octobre, alors qu' « un climat d'inquiétude persiste dans la filière ».
Faire changer les mentalités
« Nous sommes des producteurs, mais on ne sait pas être des vendeurs de lait », constate Etienne Fourmont, membre du conseil d'administration du syndicat. « On ne sent pas vraiment l'engagement des OP pour être prêtes à la fin des quotas », regrette-t-il, parlant d'un « constat général : on ne veut montrer du doigt personne ». Les Jeunes agriculteurs pointent en substance l'amateurisme de la profession et le risque de rater la sortie des quotas laitiers. « C'est de la faute des éleveurs mais aussi des syndicats », admet Etienne Fourmont. « Il faut se former pour être compétent et négocier, d'autant que nous discutons avec des entreprises très affutées à ça », développe-t-il. « C'est difficile de faire évoluer les mentalités », explique l'éleveur : les habitudes prises après 30 ans de gestion administrée ont la peau dure.
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LES Jeunes agriculteurs dénoncent le « flou inacceptable à six mois de la fin des quotas laitiers » quant au rôle des conférences de bassin dans l'installation des jeunes. Le syndicat a demandé au ministère de l'Agriculture « d'accélérer les procédures dans les bassins », car « il semble que certains préfets coordonnateurs tardent à mettre l'installation à l'ordre du jour des conférences de bassin ». Ces instances « ont un vrai rôle à jouer en ce qui concerne l'installation et l'organisation de la filière », rappellent les JA.
Avoir du poids face aux industriels
Les Jeunes agriculteurs appellent les producteurs à adhérer à une OP et à participer à la vie de leur entreprise ou de leur coopérative. « C'est en ayant des relations commerciales saines et d'égal à égal que nous pourrons avoir du poids dans les négociations avec les entreprises et ainsi les contraindre à intégrer les indicateurs des coûts de production », pour « tirer la filière laitière vers le haut et donner envie aux générations futures de s'engager », ajoutent-ils. Le syndicat « n'est pas contre » la création d'OP horizontales, par territoires et pas seulement par entreprises, ajoute Florian Salmon, membre du bureau des JA et producteur de lait en Ille-et-Vilaine. « Les OP doivent au moins se parler, et faire des choses ensemble si besoin », explique-t-il.