Pour garder leur place dans la grande compétition mondiale, les éleveurs français doivent poursuivre leurs investissements. Mais à la crise financière internationale s’ajoutent toute une série d’événements qui handicapent la filière. Les exploitants doivent donc faire un choix difficile entre investissement et maintien de leur revenu.
«Aujourd’hui les éleveurs doivent choisir entre préserver leur revenu ou investir », constate Céline Joly, chargée de mission au centre régional de l’aviculture (Cravi) du Pays de Loire. « Le parc français est vieillissant, il faut anticiper les prochaines mise aux normes (bien-être animal notamment) et moderniser les outils de production pour maintenir un bon niveau de compétitivité face à la concurrence étrangère », souligne-t-elle. On estime qu’il faut un résultat net équivalent à deux Smic par an pour assurer le revenu de l’exploitant. A cela il faut également ajouter une somme nécessaire aux investissements.
Une rentabilité en baisse
D’après les résultats de l’enquête avicole 2007/2008 – réalisée annuellement par les chambres régionales d’agriculture du Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Centre, Normandie et Picardie Nord-Pas-de-Calais) auprès de 713 éleveurs –, le solde disponible moyen (toutes charges déduites) des élevages est passé de 14,30€ par m 2 et par an au début des années 90 à 9,9€ en 2007/2008. En moins de 20 ans les éleveurs ont donc perdu un tiers de leur rentabilité au m 2 avec des charges qui n’ont cessé d’augmenter (énergie, alimentation…). Un élevage de 3 000m 2 environ est donc nécessaire pour dégager un revenu net équivalent à deux Smic.
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Concours de circonstances
En moyenne, les élevages français s’étendent sur 2 000 m 2. Pour le poulet label, ils sont limités à quatre bâtiments de 400 m 2 maximum (soit 1 600 m 2). « La plupart des éleveurs ne sont donc pas spécialisés, ils complètent généralement leur revenu avec une autre activité d’élevage », précise Céline Joly. En plus de la compétition mondiale, les éleveurs sont confrontés à des retards dans les enlèvements des animaux. Plusieurs causes expliquent cette situation. Bien sûr, en premier lieu, les difficultés liées à la crise financière internationale (baisse de consommation, dévaluation des monnaies dans les pays importateurs…). D’autre part, suite à la découverte d’un canard atteint d’une souche de virus H5 « faiblement pathogène » dans une exploitation vendéenne, le Japon a suspendu ses importations de foie gras cru et de volaille. La Russie a, quant à elle, fermé en partie ses frontières à cause de contrôles sanitaires jugées insuffisants.
La dinde en queue de peloton
Mais ce sont surtout les producteurs de dindes qui souffrent aujourd’hui. Entre 1998 et 2008, la production est passée de 728 000 à 452 000 tonnes. Pourtant les performances technico-économiques des exploitants, avec 25,9€/m 2/an de marge brute, sont proches de celles des éleveurs de poulets certifié (25,6€/m 2/an), de poulet label (27,8€/m 2/an) ou de poulet standard (28,6€/m€/an). Seulement, ce sont les importations qui explosent (+9,6% en 2008) principalement pour entrer dans la préparation de produits élaborés.