Un plan de vaccination contre la fièvre catarrhale ovine (FCO) doit intervenir dans les élevages français entre le printemps et l’été 2008. Attendu avec impatience, ce plan suscite toutefois l’inquiétude des éleveurs quant à sa mise en œuvre : ceux-ci redoutent que la profession vétérinaire ne puisse massivement et rapidement vacciner les animaux avant la reprise d’activité du moucheron vecteur de la maladie. Les éleveurs souhaiteraient pouvoir eux-mêmes vacciner leurs animaux.
Touché massivement par la fièvre catarrhale ovine en 2007, l’élevage français attend avec impatience la mise en place du plan de vaccination destiné à lutter contre les deux types de virus présents sur le territoire métropolitain : le sérotype 1 et le sérotype 8. Suite aux appels d’offre lancés en 2006 par les pouvoirs publics, les premières doses de vaccin devraient être mises sur le marché à partir du printemps. Monique Eloit, chef des services vétérinaires français (DGAL), l’a confirmé le 17 janvier lors de l’assemblée générale de la Fédération nationale des groupements de défense sanitaire (FNGDS) à Paris.
Des dizaines de millions de doses
La première campagne de vaccination, ciblée sur le sérotype 1, interviendra dans le Sud-Ouest français sur un million de petits ruminants et 700 000 bovins. La vaccination nécessitera deux injections. Concernant le vaccin contre le sérotype 8, les choses sont un peu moins avancées. Le (ou les) laboratoire (s) chargé (s) de produire le vaccin n’est pas encore arrêté. « On attend des informations sur le fait de savoir si les vaccins proposés par les laboratoires nécessiteront une ou deux injections, car cela modifie sensiblement le coût. Par ailleurs, il n’est pas exclu qu’une entreprise soit choisie pour les bovins et une autre pour les ovins », explique Monique Eloit. La décision devrait être prise « d’ici environ 8 jours », avant le dépôt du plan de vaccination à Bruxelles au courant du mois de février. Au total, 30 millions de doses seront produites pour les bovins et 11 millions pour les petits ruminants, précise Michel Cadot, le directeur de cabinet de Michel Barnier, venus clôturer le rendez-vous annuel de la FNGDS.
Or, si les éleveurs attendent avec impatience cette campagne de vaccination, sa mise en œuvre suscite l’inquiétude. Première raison : la fenêtre de vaccination est courte, « entre mai et août », avant la reprise de l’activité la petite mouche vecteur du virus, précise Monique Eloit. Il va donc falloir faire vite. Deuxième raison : la production de doses de vaccins sera échelonnée sur 3 à 4 mois, « car les installations de production ne sont pas dimensionnées pour mettre à disposition en une seule fois 20 millions de doses ». Il faudra donc fixer des zones de vaccination prioritaires. Seize départements du nord-est de la France sont déjà sélectionnés.
Les éleveurs redoutent des tensions sur le terrain entre ceux qui, par exemple, réussiront à faire vacciner leurs animaux début mai et ceux qui n’en bénificieront qu’à la fin du mois de juillet. On fera « au mieux », « en peu de temps »et « avec les doses qu’on recevra progressivement » a résumé Monique Eloit. « Il ne faut pas exclure qu’il y ait des bugs » a-t-elle ajouté.
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Les éleveurs craignent surtout un manque de disponibilité de vétérinaires pour assurer la vaccination. Soucieux d’apaiser cette crainte, Michel Cadot explique que Michel Barnier « ne s’interdit pas, dans un cadre contrôlé, la possibilité d’associer un certain nombre de professionnels ou de structure à la vaccination ». Une réflexion est en cours. Mais en déclarant qu’une réunion avec les vétérinaires et les écoles de vétérinaires est prévue le 30 janvier – laissant entendre que les étudiants pourraient être mobilisés –, Monique Eloit a provoqué la grogne des éleveurs. Les professionnels, dubitatifs quant à la capacité des étudiants à manier la seringue correctement, s’estiment bien plus aptes à le faire. « Restons prudents », leur a répondu la chef des services vétérinaires : la vaccination doit se réaliser dans un cadre légal, à défaut de quoi le soutien financier de la Commission européenne annoncé le 16 janvier (100% du coût du vaccin et de 50% de celui de l’opération de vaccination en 2008) pourrait être remis en cause.
Revalorisation des indemnisations
Au chapitre des annonces, le directeur de cabinet de Michel Barnier a promis une revalorisation prochaine des indemnisations pour les animaux morts de la FCO. Cette revalorisation, « autour d’un doublement des valeurs », ne concernera que les animaux adultes. Cette indemnisation s’élève pour l’heure à 228 euros pour les bovins morts de FCO, et à 45 euros pour les petits ruminants.
Michel Cadot et Monique Eloit ont enfin alerté les professionnels de la sortie prochaine d’un rapport de l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) de l’Union européenne sur la gestion de la FCO en France. Un rapport rédigé à la demande de l’Italie. « Ce rapport n’est pas très bon. On en prend tous pour notre grade, et nous devons faire une réponse d’ici 10 jours » ; a commenté Monique Eloit, précisant qu’il faudrait sans doute « serrer des boulons ». Selon elle, le rapport estime que la surveillance de la FCO en France n’est pas conforme à ce qu’elle devrait être. La fermeture des frontières italiennes aux broutards français reste une épée de Damoclès.